Une Bérézina oubliée…

Détente?

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Peut-on, sans crainte du ridicule, vouer aux gémonies une nation toute entière, et dans le même temps se tourner vers cette même nation afin de sauver la sienne? A n’en pas douter, certains philosophes pourraient en écrire tout un chapitre, mais je vais tenter de faire plus court.

L’Ukraine, car il s’agit bien de ce pays, est en proie à une pénurie de charbon. Ce charbon a trois utilités aussi importantes l’une que l’autre:
1- approvisionner les centrales électriques,
2- approvisionner les chauffages urbains,
3- acheter la paix sociale.

Tout est partie d’une loi votée par le parlement de Kiev et qui déclare criminel tout achat de marchandises et/ou de services aux provinces autonomes de Donetsk et Louhansk, petit souci, le charbon utilisé dans les centrales ukrainiennes provient de ces deux régions; donc, impossible d’en acheter. Et l’hiver est là…

Dans un élan de compassion, Moscou vient de proposer aux dirigeants pro-occidental de Kiev de leur vendre la précieuse marchandise. Cette initiative est à mettre au crédit du président russe lui-même. D’après son porte-paroles – Dmitri Peskov – Vladimir Poutine a parlé d’un geste de bonne volonté, ajoutant que la Russie n’exigerait pas de paiement préalable. « Poutine a pris la décision d’entamer les livraisons en raison de l’urgence de la situation (…) et malgré l’absence de pré paiement »

La livraison porte d’ors et déjà sur 500 000T/mois et pourrait doubler en cas d’accord durable. A n’en pas douter les dirigeants ukrainiens vont sauter sur l’occasion – au mois jusqu’au dégel – et lâcheront peut-être un peu de lest. Il est aussi à noter que cette transaction a été officialisée le lendemain d’un échange de prisonniers entre Kiev et les séparatistes de l’Est; 145 militaires ukrainiens ont été échangés contre 222 rebelles, le plus gros échange depuis le début des hostilités.

Lors de la Guerre Froide, deux épisodes ont été qualifiés de « Détente ». Le premier débuta après la crise de Cuba (1963) et prit fin avec les prémices de la guerre d’Afghanistan (1979); le deuxième commença avec l’arrivée de Mikhaïl Gorbatchev à la tête du Kremlin en 1985 et vit la chute de l’URSS (1991).
Vladimir Poutine serait-il en train d’instaurer une troisième « détente » au sein de cette Guerre Froide 2.0? Mais surtout, l’Occident saura-t-il saisir la balle au bond? Pas certain. Quand à Kiev, je ne me fais aucunes illusions; coincé entre le bloc atlantiste et le peuple (qui pourrait demander des comptes aux dirigeants nouvellement élus en cas de pénurie effective de charbon), Porochenko et ses ministres n’ont pas fini de jouer aux girouettes; d’autant plus qu’il y a quelques semaines de ça, le président ukrainien exprimait sa volonté de posséder la plus grande armée d’Europe – en plus d’intégrer l’OTAN…

Connaissez-vous l’ « Unanimous Consent »?

Non?
Et pourtant, vous devriez vous en inquiéter, puisqu’elle peut permettre le lancement d’une guerre à l’échelle mondiale à la vue de tous, et sans recours possibles… Ceci étant dit, elle n’est que rarement utilisée, puisque les conditions de sa mise aux votes sont assez hasardeuses; en effet, pour que le « Consentement Unanime » soit voté, il faut qu’un représentant en fasse la demande (exemple: « Je soumets au consentement unanime une motion concernant une loi ayant le potentiel de ramener la Russie à l’âge de pierre ») et qu’aucun des autres membres de cette Chambre ne dise: « I object! » (auquel cas la motion est enterrée, définitivement); ce qui, dans la réalité, est assez difficile à mettre en œuvre, vous en conviendrez, surtout au pays des Lobbies tout puissants… Et pourtant, cette semaine, elle est à l’origine du nouveau paquet de sanctions US envers la Russie.

Le Congrès des États-Unis est composé de deux chambres: le Sénat, et la Chambre des représentants. Cette dernière est elle-même composée de 435 membres; je vous ferai grâce des nombres de sièges attribués à chaque partie, cela n’a pas une grande importance ici.
Ce qui nous intéresse c’est passé le 11 décembre dernier, ce jour-là les 425 représentants présents devaient voter le budget alloué à l’administration – 1 100 milliards de $. Une fois le vote entériné, les représentants se sont dispersés, même si la séance n’était pas encore levée. Et voilà que trois petits malins en profite pour retourner dans l’hémicycle déserté; l’un d’eux soumet au vote unanime un projet de loi concernant de nouvelles sanctions envers Moscou. Les deux autres politiciens ne sont pas allés jusqu’à dire « I object », il se sont contentés de parler de la pluie et du beau temps juste histoire de rendre le débat plus « crédible ». Vu qu’aucunes objections n’avaient été formulées, la Chambre des représentants a adopté le projet de loi à l’unanimité… de trois représentants!

Quand je vous disais que certains sont prêts à tout pour faire tomber Moscou…

Divorce consommé?

Ce n’est pas tout à fait officiel, mais comme cette déclaration vient de Vladimir Poutine lui-même, on peut supposer que ce ne sont pas des paroles en l’air: Le gazoduc South Stream est abandonné!

Donc, après l’abandon du projet Nabbuco – soutenu par les États-Unis – voici le tour du projet russe. Le projet (bien plus qu’un projet en fait, puisque sa construction avait déjà débuté) devait relier la Russie à l’Europe en passant par la Mer Noire, histoire de court-circuiter l’Ukraine.

Deux petits problèmes sont venus se greffer là dessus:
1- Une loi européenne de 2007 interdit à une compagnie exploitante de gaz de posséder aussi les principaux pipelines au sein de l’Union. Ce qui aurait été le cas pour Gazprom, mais aussi pour l’italien ENI, instigateur du projet.
2- La Bulgarie (qui devait être le point d’entrée du gazoduc en Europe) a suspendu les permis de construire cet été, sous la pression des USA et de l’UE d’après certains (ce qui n’étonnerait personne).

Du coup, le président russe à dit ceci:

« (…) la Russie ne pouvait pas poursuivre la réalisation du projet compte tenu de la position actuelle de la Commission européenne ». Nous allons dérouter nos ressources énergétiques vers d’autres régions du monde et l’Europe ne recevra plus les mêmes volumes de la Russie, mais c’est le choix de nos amis européens (…) »

Quelle autre solution pour l’Europe?

La semaine dernière, la question d’un gazoduc israélo-européen a été remis sur la table. A ce titre, les ministres de l’énergie israélien, chypriote et grec se réuniront le 9 décembre prochain, avec le vice-président de l’UE pour les questions énergétiques – Maros Sefkovichem. Ce projet, d’un coût avoisinant les 15 milliards de dollars, relierait les sites du « Leviathan » et les exploitations de Chypre en passant par le fond de la Méditerranée, Chypre et l’Italie.

Problème de taille, l’autorité palestinienne refuse d’ores et déjà de signer l’accord avec l’Union Européenne. Mais ce n’est pas tout, le parlement français vient de reconnaitre officiellement l’Etat Palestinien (ce qui n’engage que les parlementaires, le président Hollande ne le reconnaitra jamais, ni le premier Ministre, encore moins le Ministre des affaires étrange(ère)s), et Tel-Aviv traverse une crise politique majeure, Bibi venant de limoger deux de ses ministres (centristes, Tzipi Livni et Yair Lapid) et appelant à des élections anticipées…

Il y a quelques mois, tous les regards étaient tournés vers l’Ukraine et tout le monde se demandait comment Kiev allait bien pouvoir subvenir aux besoins en gaz de ses citoyens. Grâce à l’UE et aux USA, la solidarité a fait son œuvre; maintenant ce sont les citoyens européens dans leur ensemble qui se demande avec quoi ils vont bien pouvoir se chauffer dans les années à venir… Merci!

Un cadeau empoisonné?

Depuis quelques temps, Pékin se rapproche petit à petit de Séoul. C’est un fait, notamment au niveau de la coopération économique. Mais ces tractations font des jaloux, un surtout, Kim Jong-un, le leader stalinien nord-coréen.

Du coup, le dictateur de Pyongyang semble faire les yeux doux à Moscou. En plus des concessions minières que le gouvernement nord-coréen envisage d’accorder à la Russie, cette dernière lorgne sur l’exploitation de gisements.

Un autre accord est à l’étude quand à la construction d’une ligne de chemin de fer et d’un pont afin de relier les villes de Khassan et Rajin ainsi que la construction d’un gazoduc acheminant le gaz russe vers la Corée du Sud.

Si ces études aboutissent à des réalisations concrètes, nul doute que chaque partie y trouvera son compte. On peut cependant se demander ce qui peut bien motiver Moscou à agir de la sorte? Vladimir Poutine veut développer la région extrême-orientale de son territoire et pour arriver à ses fins il a lancé la « Réunion du comité intergouvernemental sur la coopération dans les domaines du commerce extérieur, de l’économie et des sciences et technologies à Vladivostok » (cette année étant la sixième saison). Lors de cette réunion, les deux pays ont décidé de régler les échanges commerciaux uniquement au moyen de la monnaie russe.

Mais en finalité, que va gagner Moscou dans cette affaire? Sur le plan politique pas grand chose, cela risque même d’enfoncer un peu plus la Russie dans le bourbier de la diplomatie internationale. Et même avec les meilleurs intention du monde, je ne pense pas que Sergueï Lavrov puisse tirer ne serait-ce qu’une once de positivité à cette alliance économique.

Ceci étant, Kim le troisième semble bien décidé à tourner le dos – au moins provisoirement – à la Chine. Il ne digère pas le fait que le président chinois – Xi Jinping – prévoit bientôt un déplacement à Séoul, tandis qu’il n’accepte pas le voyage de Kim Jong-un en Chine. Et pour couronner le tout, le ministre nord-coréen du Commerce a effectué à la mi-mai dernier une visite en Syrie et en Russie à la tête d’une délégation d’officiels responsables de l’économie. Il est rentré hier à Pyongyang.

Va y’avoir du sport…

Connaissez-vous cette technique de récupération qui consiste à réunir deux personnalités opposées sur le même plateau médiatique, afin de les réconcilier? En général, un des deux invité (le plus virulent) n’est pas au courant de cette table ronde, effet de surprise garanti (très rares sont ceux qui quittent ledit plateau, c’est très mal perçu par l’opinion) et donc récupération…

En politique, les choses sont un peu différentes; puisque les deux volontaires (ils le sont généralement) doivent avoir le même temps de parole. Mais que se passerait-il, si les deux protagonistes se retrouvaient lors d’une fête, prévue de longue date? Ils tâcheraient de s’éviter, certainement.

Mais imaginez maintenant que cela se produise lors d’un évènement d’ampleur mondiale. La commémoration du débarquement allié en Normandie, par exemple.
Si vous avez encore en tête les sanctions qui avaient été mises en avant pour punir Moscou de son ingérence dans la politique ukrainienne, vous devez vous souvenir de la possible non-invitation de Vladimir Poutine à cet évènement. Bien entendu, Hollande ne voulant pas vexer outre mesure le président russe, il reçut sa carte d’invitation, qu’il renvoya avec la mention: « Sera présent ».

Jusqu’ici, tout va bien; l’honneur est sauf. Sauf qu’entre-temps les élections présidentielles ont eu lieu en Ukraine et que le grand gagnant est (comme c’est étonnant!) le candidat pro-européen – cela dit, il aurait été dommage pour l’Union Européenne de voir un candidat pro-russe gagner lesdites élections; après tout, si les ukrainiens en sont là aujourd’hui, c’est parce que Bruxelles a tout fait pour virer l’ancien président pro-russe.

Or, que vient de faire notre président préféré? Rien de moins que d’inviter le président nouvellement promu – Petro Porochenko – aux festivités qui auront lieu sur les plages normandes, la semaine prochaine.

Réunir, sur une même plage, les dirigeants (quasi au complet) du monde Occidental, le président russe et – objet de la discorde – le président ukrainien; voilà qui pourrait nous donner droit à un remake du jour le plus long…

Le ridicule ne tue pas…Dommage!

Jean-Yves Le Drian a entamé une visite expresse dans les pays Baltes et en Pologne. A cette occasion il a déclaré, ce matin, en Estonie:

La France va proposer aux pays Baltes et à la Pologne d’envoyer 4 avions de combat (Rafale et Mirage 2000) pour renforcer, dans le cadre de l’Otan, la surveillance aérienne au-dessus de ces pays.

Quatre avions de chasse? C’est énorme! Inutile de vous dire que Vladimir Poutine ne doit pas en mener bien large. Ceci étant dit, la France a été jusqu’à proposer d’envoyer un AWACS au-dessus de la Pologne, deux fois par semaine (en espérant que l’armée russe décide d’attaquer ces jours-là), et à partir de la France.

Petite précision, ce ne sont que des propositions, elles ne deviendraient réelles que si l’OTAN en fait la demande.

Au cours de son voyage en Estonie un membre du cabinet du ministre de la défense a dit ceci:

L’Awacs resterait basé en France. Les avions de l’OTAN qui assurent la police du ciel balte sont stationnés sur la base de Siauliai en Lituanie. Cela fait aussi partie de la gesticulation: rassurer les voisins de la Russie et montrer aux Russes qu’on se prépare en cas de besoin.

Gesticulation. C’est le mot que je cherchais depuis que l’Occident a décidé d’imposer des sanctions à Moscou…

Gagner la guerre sans combattre selon Sun Tzu : l’exemple de La Russie en Crimée

Et si la stratégie russe à l’égard de la Crimée était directement issue de « L’art de la guerre », célèbre ouvrage de stratégie militaire écrit par Sun Tzu, général chinois du VIe siècle av. J.-C. ? Jean-Paul Pougala, enseignant en Géostratégie Africaine à l’Institut Supérieur de Management ISMA à Douala, au Cameroun, livre son analyse, que nous reproduisons ici avec son autorisation.

Qu’est-ce qu’on enseigne dans les écoles de stratégie militaire ? Installez-vous bien dans votre fauteuil. Je vais vous amener avec moi dans un voyage sur les bancs d’une école de stratégie militaire comme si vous y étiez. Nous allons étudier la crise ukrainienne en nous servant d’un livre de stratégie militaire largement utilisé dans la formation des militaires russes et chinois. Mais aussi dans certaines écoles de commerce dans le monde. Ce livre s’appelle : « L’art de la guerre » écrit par le penseur et stratège militaire chinois Sun Tzu (544–496 avant notre ère). L’idée centrale du modèle de stratégie militaire de Sun Tzu est d’utiliser la ruse pour amener l’ennemi à déposer les armes et se rendre avant même d’avoir commencé à combattre. En d’autres termes, pour Sun Tzu, le meilleur stratège militaire est celui qui gagne une guerre sans avoir besoin de la combattre, tout simplement en jouant sur la ruse, les bluffs, les fausses informations distillées au bon moment pour désorienter l’ennemi, en donnant de faux espoirs à l’ennemi au début des hostilités avant de le désillusionner complètement à la fin. Analysons maintenant la crise ukrainienne en étude de cas, comme on le fait dans les écoles militaires. Nous allons nous servir des 10 principales stratégies préconisées par Sun Tzu pour gagner une guerre sans combattre, pour savoir, en Ukraine, qui a le plus de chance de gagner le bras de fer en cours entre les Etats Unis d’Amérique et la Russie.

1 – « Quand vous êtes capable, feignez l’incapacité. Quand vous agissez, feignez l’inactivité. Quand vous êtes proche, feignez l’éloignement. Quand vous êtes loin, feignez la proximité. » Lorsque vous avez identifié les projets de l’ennemi, pour vous battre, vous devez constamment lui donner l’impression d’aller à contre-courant de l’attitude belliqueuse qu’il attendrait de vous en pareille circonstance. Ainsi, vous devez savoir vous rendre invisible dans votre contre-offensive, savoir mentir et surtout, ne donner à l’ennemi aucune chance de vous situer ou de situer votre vraie réaction face à son intention guerrière, que vous devez constamment feindre de ne pas savoir. Dans ce dossier, l’objectif des Occidentaux est celle de partir d’un Accord d’association entre l’Ukraine et l’Union Européenne pour (…) faire adhérer l’Ukraine à l’OTAN afin de la couper complètement de la Russie et donc, de ne plus renouveler la location de la base marine de Sébastopol en Crimée à l’armée de la marine russe, c’est-à-dire, de priver la Russie de toute possibilité d’intervention rapide en mer Méditerranée en cas de guerre avec l’OTAN, comme lors des récentes opérations d’intimidation dans les ports syriens, lorsque le président français Hollande voulait bombarder le pays et les Egyptiens lorsqu’à la chute du président Morsi, les Etats-Unis d’Amérique menaçaient l’Egypte de sanction sur les fournitures militaires.

Le président Ianoukovitch a feint de ne rien comprendre quant aux conséquences néfastes de la signature de l’Accord d’association. Et s’est arrêté à la dernière minute. Et c’est à ce moment que les Occidentaux entrent en jeu, en inventant la révolution populaire. Selon la télévision Euronews, une conversation interceptée entre le ministre estonien des Affaires étrangères Urmas Paet et madame Catherine Ashton, la chef de la diplomatie européenne, les 88 morts de la place de l’indépendance ne sont pas l’œuvre du président Ianoukovitch mais des paramilitaires de l’opposition, commandités par les membres de l’actuelle coalition au pouvoir à Kiev pour porter un coup fatal à la présidence hostile à l’Union Européenne et à l’OTAN. Mais comment en est-on si sûr ? Voici à propos, ce que déclare Euronews : « Un ou plusieurs snipers ayant tiré sur les manifestants d’EuroMaïdan s‘étaient installés dans le siège de la banque d’Ukraine, à Kiev. Les enquêteurs y ont découvert des douilles correspondantes aux balles retrouvées dans les corps des victimes. Ce sont par ailleurs les mêmes balles qui ont servi pour attaquer les forces de police anti-émeute et les opposants. » Total : 88 morts.

Devant tout cela, la Russie sait tout ce qui se passe, mais fait semblant d’être invisible, inaudible, absente. Et laisse faire. Et pour cela, c’est la deuxième stratégie de Sun Tzu qui va nous apporter plus d’éclaircissement sur le comportement du président Poutine de Russie dans cette crise.

2 – « Une armée victorieuse l’est avant même de livrer bataille. Une armée vaincue se lance d’abord dans la bataille et ensuite recherche la victoire. » Selon ce principe, Sun Tzu nous explique qu’en guerre, on n’attaque que lorsqu’on est certain de gagner. Sinon, on attend le temps qu’il faudra que la situation tourne à notre avantage.

Sur la place Maïdan de Kiev, la capitale de l’Ukraine, ont défilé durant la révolte de nombreux politiciens occidentaux, comme le Sénateur américain MacCain le 15 décembre 2013, pour soutenir et encourager la foule en colère, une colère bien entretenue et guidée. Le 19 février, les manifestants dits pacifistes vont lancer un assaut sur la police. A la fin des émeutes, il y a 26 morts dont neuf policiers. Et voici ce que déclare le président Obama depuis le Mexique où il se trouve en visite officielle : « Je veux être très clair, nous allons observer de près les développements des prochains jours en Ukraine et nous attendons du gouvernement ukrainien qu’il fasse montre de retenue, qu’il n’ait pas recours à la violence face à des manifestants pacifiques ». Plus tard dans l’avion de retour du Mexique, selon une dépêche AP, c’est au tour de Ben Rhodes, conseiller spécial du président Obama de faire un point de presse dans Air Force One pour affirmer ceci : « Nous sommes opposés à la violence, d’où qu’elle vienne, mais c’est le gouvernement qui doit retirer les membres de la police anti-émeute, décréter une trêve et entamer des discussions dignes de foi avec l’opposition (…) Il est évident que les Ukrainiens estiment que leur gouvernement ne répond pas à leurs aspirations légitimes à l’heure actuelle ».

Ces 3 personnalités américaines sont dès lors déjà entrées dans le piège : ils ont clairement choisi leur camp. Par leurs actions et leurs propos, ils ont signé sans se rendre compte la paternité des manifestations sur la place de l’Indépendance à Kiev. Cette signature sera ensuite utilisée par la Russie pour discréditer les interlocuteurs occidentaux dans la suite des évènements qui semblent complètement imprévus par les deux camps, mais jusqu’à quel point ? Nous allons voir dans la prochaine stratégie qui privilégie le résultat final recherché aux multiples pseudos victoires temporaires.

3 – « Pour le bon stratège, l’essentiel est dans la victoire, non pas dans les opérations prolongées ». C’est à dire que pour un bon stratège militaire, ce qui compte ce sont les éléments pris dans leur globalité, c’est le résultat final de l’ensemble des opérations et non des petites victoires sporadiques au quotidien. Nous sommes partis des objectifs des uns et des autres : à terme, l’Occident veut l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, afin de priver la Russie de son accès à la Méditerranée. La Crimée est en effet le seul accès de la Russie en mer chaude.

Ailleurs, au Nord, c’est la mer froide et si l’Occident déclenche une guerre contre la Russie en hiver, tous ses bateaux sont bloqués dans des eaux gelées de la Baltique ou de la mer du Nord. Ce serait donc une défaite même avant de combattre.

Dans les opérations qui vont se succéder à Kiev jusqu’au renversement du président, c’est l’Occident qui semble avoir les meilleures cartes en main, puisque c’est lui qui dicte le tempo des événements, jusqu’au choix des nouveaux dirigeants, reconnus à la vitesse de la lumière. Même s’ils viennent à peine de renverser un gouvernement démocratiquement choisi par le peuple, qu’importe, la démocratie est un gros mensonge qui vit au dépend de ceux qui y croient. Surtout que les élections normales étaient prévues dans un an. Et dans les négociations, le président Ianoukovitch avait accepté d’anticiper ces élections. Et cela n’a pas suffi au tempo occidental qui l’a fait renverser en à peine 24h après la signature de cet accord avec l’opposition. Là, c’est l’Occident qui s’installe dans les opérations prolongées. Moscou est muet.

Le président Poutine est coincé à Sotchi pour les Jeux Olympiques d’hiver. C’est la suite des évènements qui nous fera comprendre que ce mutisme était bien calculé.

4 – « Celui qui pousse l’ennemi à se déplacer en lui faisant miroiter une opportunité s’assure la supériorité. » Pour Sun Tzu, vous devez toujours pousser l’ennemi dans une plus forte mobilité, afin de l’orienter vers là où vous voulez le conduire, pour le finir. Le 6 Février 2014, c’est la secrétaire d’Etat américaine adjointe, Victoria Nuland, qui arrive à Kiev et rencontre les trois principaux dirigeants de l’opposition ukrainienne : Oleg Tiagnibok, Vitali Klitchko et Arseni Iatseniouk, qui deviendra Premier Ministre par la suite. Le lendemain, dans un entretien au quotidien Kommersant Ukraine, le conseiller spécial du président Poutine, Sergueï Glaziev déclare : « Autant que nous sachions, Madame Victoria Nuland a menacé les oligarques ukrainiens de les placer sur une liste noire américaine si le président Ianoukovitch ne cède pas le pouvoir à l’opposition. Cela n’a rien à voir avec le droit international. (…) Il semble que les Etats-Unis misent sur un coup d’Etat. (…) les Américains dépensent 20 millions de dollars par semaine pour financer l’opposition et les rebelles, y compris pour les armer ».

Pour commenter la visite du sénateur américaine McCain sur la place de l’indépendance le 15 décembre 2013, Alexeï Pouchkov, député au Parlement russe (la Douma) déclare au quotidien ukrainien Kievski Telegraf ceci : « Les représentants de l’Union européenne et des Etats-Unis sont directement impliqués dans le bras de fer politique en Ukraine. (…) Veulent-ils y établir un nouveau régime colonial ? » Ayant poussé les Occidentaux à être plus mobiles et à se rendre plusieurs fois à Kiev, alors qu’ils ne bougent pas d’un millimètre depuis Moscou, ils arrivent à contraindre les Américains à choisir une priorité : le changement de pouvoir à Kiev. C’est dans ce piège que les Russes vont les y conduire.

5 – « Le bon stratège est si subtil qu’il n’a plus de forme visible. Le bon stratège est si discret qu’il en est inaudible. Ainsi il se rend maître du destin de l’ennemi. ». Le bon stratège doit être insaisissable pour l’ennemi. Il doit communiquer le moins possible et pratiquer la rétention de l’information. Et lorsqu’il communique, c’est pour transmettre à l’ennemi une information inexploitable ou fausse.

Lorsque le président Poutine fait la seule conférence de presse, le 5 mars, il jure qu’il n’a pas de troupes en Crimée. Vu de l’Occident, il s’agit d’un mensonge. Mais à bien y regarder, le président Poutine leur fournit une information capitale qui n’est pas comprise par les stratèges occidentaux.

A Paris, on a transformé une conférence dédiée au Liban à une conférence de sanctions contre la Russie si elle n’est pas suffisamment gentille et retirer ses militaires de la Crimée pour rentrer dans leur base.

Le lendemain à Rome, on a transformé une conférence pour parler du chaos laissé par l’OTAN en Libye, en un débat pour expliquer à l’opinion publique européenne que l’Europe comptait quand même quelque chose.

On a continué d’organiser des conférences inutiles, à aller et venir entre les capitales européennes et Kiev, alors que le barycentre de la crise s’était déplacé depuis des lustres de Kiev en Crimée. Même un mini-sommet extraordinaire sur l’Ukraine est organisé à Bruxelles le 6 mars 2014. C’est en pleine réunion. La dépêche tombe sur les téléscripteurs à 12h de Bruxelles qui dit que le Parlement de la Crimée a voté à l’unanimité le rattachement de la Crimée à la Russie et qu’un référendum pour valider ce choix sera organisé à peine 10 jours plus tard.

6 – « Remporter 100 victoires après 100 batailles n’est pas le plus habile. Le plus habile consiste à vaincre sans combat. » Un bon stratège n’est pas violent, il n’humilie pas son adversaire. Il amène son adversaire à se transformer pour reconnaître son infériorité. Ainsi, il n’a plus besoin de combattre. En Crimée, les forces spéciales russes sont arrivées dans une tenue sans étiquette et ont encerclé toutes les bases militaires ukrainiennes, mais sans les contraindre à quitter la base. Le problème est que les habituels occupants de ces bases ne pouvaient plus être libres d’entrer et de sortir. Il fallait alors choisir : ou attendre que les événements à Kiev permettent de déloger les russes, ou bien se rendre. Beaucoup ont préféré se rendre sans même tenter de se défendre. De toutes les façons, ils n’étaient pas attaqués. Au même moment, sans même attendre le référendum, à l’aéroport de Simferopol et de Sébastopol, tous les vols pour Kiev ont été dès le vote du parlement de Crimée, programmés comme des vols internationaux. La monnaie ukrainienne a été progressivement sortie de la circulation et remplacée par le rouble russe. C’est la première fois dans l’histoire qu’on assiste à un sans faute dans l’application des théories de Sun Tzu : Gagner sans combattre. Les Etats-Unis n’y ont vu que du feu.

7 – « Jadis, les guerriers habiles commençaient par se rendre invincibles, puis attendaient le moment où l’ennemi serait vulnérable. L’invincibilité réside en soi-même. La vulnérabilité réside en l’ennemi. »Un vrai stratège joue sur le timing pour gagner toutes ses batailles. Il redouble de ruse pour ne pas être affecté par les menaces ou les actions belliqueuses de l’ennemi. Ainsi, il devient d’abord invincible. Mais cela ne suffit pas. Il faut ensuite gagner. Pour cela, un bon stratège doit savoir attendre le moment où ses ennemis sont affaiblis pour passer à l’action et leur donner le coup de grâce. La Russie sait que l’opération en elle-même va drastiquement affaiblir le coté occidental dans la suite des opérations.

Poutine a déstabilisé pendant longtemps ses adversaires incapables de prendre des initiatives novatrices. Le président Obama a annoncé une série de sanctions d’abord sur les visas.

En réalité, le Président Obama ne peut pas faire grand chose. En ce moment, c’est le président russe qui est le seul maître du jeu. Il a toutes les bonnes cartes en main. Il fait ce qu’il veut, quand il veut et comme il l’entend. Le pire est que les gesticulations des occidentaux trahissent au fond leur impuissance.

D’abord parce qu’ils n’ont pas d’argent pour mener la moindre guerre contre une puissance comme la Russie, mais aussi parce que la moindre sanction économique se retournerait immédiatement contre eux. Par exemple, selon une information publiée par le journal économique français Challenges du 7 mars 2014, à la seule menace du président Obama de geler les avoir russes, la Banque Centrale de Russie a déplacé dans la seule journée du jeudi 6 mars 2014, une somme gigantesque de plusieurs dizaines de milliards de dollars des comptes bancaires détenus aux Etats-Unis vers la Russie et les paradis fiscaux. Ce genre d’opérations, si elle continue dans le moyen terme, peut causer un véritable séisme bancaire et financier aux Etats-Unis. C’est la classique histoire de l’arroseur arrosé.

Toujours vendredi 7 mars 2014, c’est l’Agence Bloomberg qui fait d’autres analyses et prévisions. Selon elle, au 1er septembre 2013, la Russie détenait dans les banques de 44 pays la somme de 160 milliards de dollars, alors qu’à la même date, 24 pays avaient déposé dans les banques russes la somme de 242 milliards de dollars. Les pays occidentaux peuvent geler jusqu’à 160 milliards de dollars d’argent russe. Et la Russie peut geler jusqu’à 242 milliards de dollars d’argent des Occidentaux. Selon Bloomberg, celui qui a plus à y perdre serait la France, dont les banques ont investi 50 milliards de dollars en Russie, suivie par les Etats-Unis, dont les banques ont investi pour 35 milliards de dollars. Le pire nous vient du conseiller du président russe Sergueï Glaziev, rapporté par la même Agence Bloomberg : « En cas de sanctions américaines, la Russie serait obligée de renoncer au dollar au profit d’autres monnaies et de créer son propre système de paiement. (…) Si les Etats-Unis gèlent les avoirs d’entreprises publiques et d’investisseurs privés russes, Moscou recommandera à tout le monde de vendre les titres du Trésor américain. En outre, les sanctions, si elles sont infligées, amèneront la Russie à renoncer au remboursement des prêts octroyés par les banques américaines ». La messe est dite. La Russie est invincible et a même identifié le point de faiblesse de l’ennemi.

Et là nous arrivons à l’autre stratégie de Sun Tzu.

8 – « Pour avancer irrésistiblement, attaquez les points faibles de l’ennemi. Pour battre en retraite sans être rattrapé, soyez plus rapide que votre ennemi. » Pour avancer, il faut éviter le corps à corps avec l’ennemi et se limiter à le toucher uniquement dans ses parties non protégées. Et pour des replis stratégiques, il faut se mettre dans les coins qui échappent au contrôle ou à la connaissance de l’ennemi.

Depuis la guerre éclair du mois d’Août 2008 contre l’allié des Etats-Unis d’Amérique, la Géorgie de Saakachvili, les territoires conquis sont le point faible de l’Occident.

9 – « Ne répétez pas les mêmes tactiques victorieuses, mais adaptez-vous aux circonstances chaque fois particulières. ». Il faut toujours adapter les tactiques et les stratégies aux situations nouvelles. Ce n’est pas parce qu’une solution a marché hier qu’elle marchera toujours. Si on répète les tactiques victorieuses du passé, on court le risque de trouver un ennemi plus aguerri, qui aura passé du temps à étudier et à faire face à votre stratégie. Pour un bon stratège, chaque situation est unique et mérite une stratégie unique. Alors que les Américains ont répété en Irak et en Afghanistan les mêmes recettes ruineuses du Vietnam, la Russie a évité de répéter en Ukraine ses tactiques sur la Géorgie. Car il est évident que si en Géorgie, les alliés américains, n’étaient pas préparés, rien ne dit qu’une nouvelle fois, on les trouverait aussi passifs parce que surpris. En effet, on nous annonce que les F16 américains sont partis vers les ciels estoniens et polonais.

Aujourd’hui, personne ne sait quelle stratégie Poutine a préparé pour les régions russophones de l’Est de l’Ukraine.

10 – « Qui connaît l’autre et se connaît lui-même, peut livrer 100 batailles sans jamais être en péril. Qui ne connaît pas l’autre mais se connaît lui-même, pour chaque victoire, connaîtra une défaite. Qui ne connaît ni l’autre ni lui-même, perdra inéluctablement toutes les batailles. » Le bon stratège doit toujours avoir en tête trois soucis : bien maîtriser l’environnement, le terrain de la bataille, connaître l’ennemi dans ses détails et se connaître lui-même pour surtout desceller avant l’ennemi ses propres faiblesses. Pour faire partie des stratèges des services secrets russes, il faut bien parler plusieurs langues donc l’anglais. Au même moment, tous les textes et communications entre les membres du FSB sont exclusivement codés en russe. A la CIA, il existe un département Russie qui ne peut pas faire le poids face à l’imposante stratégie russe de maîtrise de l’anglais par tous ses espions. Et donc, de connaitre les Américains dans leurs plus petits détails. Il existe aussi un réseau composé par des Russes américains qui, avec le passeport US, accèdent à tous les postes de l’administration américaine.

C’est ce qui explique que pour le président russe, on a l’impression que rien de ce que dit son homologue américain ne le surprend ou ne l’émeut. Sur le plan de l’environnement, la Russie, c’est 17 millions de km2, les USA, la moitié. Alors que les Américains en Russie sont concentrés dans quelques grandes villes de l’Ouest, les Russes aux Etats-Unis d’Amérique sont répartis sur tout son territoire. Ils sont devenus des Américains à tous les effets. Il suffit pour Moscou d’étudier leurs comportements pour savoir tout des Américains. Pour revenir à l’Ukraine, les zones qui intéressent la Russie sont les régions où l’on parle russe, où les populations sont russes, donc avec une parfaite maîtrise même sociologique de la part de la Russie. Ce qui n’est pas le cas des USA qui en Ukraine comme en Afghanistan ou en Irak, donnent toujours l’impression de s’engager sur des éventuels théâtres de guerres sans jamais maîtriser le terrain, n’importe où sur la planète comme s’il s’agissait d’un jeu vidéo où il suffirait de remplacer une carte par une autre et continuer à appuyer sur la gâchette au maximum. Ce qui a porté à des guerres inutiles qui ont littéralement ruiné les Etats-Unis d’Amérique.

Et le président Poutine a bien compris que de l’autre côté, il y a une véritable navigation à vue, du dossier iranien et syrien hier et à celui ukrainien aujourd’hui. Au final, devant le désarroi du président américain avec ses menaces rhétoriques et sa totale incapacité à placer la moindre initiative dans le dossier ukrainien, s’il y a un maître du monde aujourd’hui sur le plan de stratégie militaire, ce maître s’appelle Vladimir Poutine. Il connait son ennemi, les Etats-Unis d’Amérique, il connait bien le terrain, l’Ukraine et il connait la nouvelle force de son pays, les nouveaux moyens militaires du pays, depuis la guerre en Libye. Le président Obama, de son côté, donne l’impression de ne comprendre ni son homologue russe, de ne pas connaitre la complexité ukrainienne, sinon, il n’aurait pas suggéré à ceux qu’ils ont mis au pouvoir à Kiev comme première action, de supprimer la langue russe. Et pire, il semble ne pas connaitre ses propres faiblesses, d’un pays ruiné et qui ne pourra rien offrir à 47 pays africains qu’on invite à Washington, juste pour mimer les rencontres tous les deux ans entre les dirigeants africains et chinois.

(Texte incomplet)

Olivier Siméon

La Voix de la Russie

Comment faire pour retrouver une virginité – toute relative – diplomatique?

Attention! La solution proposée dans cette article est aussi valable pour vous. Cependant, il vous faudra être totalement dénué d’amour propre…

Si il est un fait avéré qui a fait couler beaucoup d’encre, c’est bien la présence de snipers sur la place Maïdan à Kiev. Entre les pro-européens qui accusaient le gouvernement en place de les tirer comme des lapins, et ce même gouvernement qui niait tout déploiement de tireurs d’élite; la vérité n’avançait pas très vite.

Jusqu’à ce que le Ministre des affaires étrangères russe, Sergei Lavrov, en appel à l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) afin qu’elle mène une enquête sur ces tueries. même chose pour Vitaly Churkin, le représentant de la Russie à l’ONU, qui lui a demandé qu’une enquête soit diligentée le plus rapidement possible sur les évènements de la place Maïdan, et sur les manifestations en général. Les images des tirs ont été analysées – principalement par la Russie, mais aussi par d’autres, non-alignés – et il en ressort que les tireurs faisaient partie des pro-européens.

Si, lors de « l’affaire du gazage de la population syrienne », la voix de Moscou n’avait pas été entendue (Moscou qui déclarait, preuves à l’appui, que le tir de l’obus venait de la rébellion); il n’en est pas de même à Kiev,maintenant. Les enjeux ne sont identiques, certes, mais justement, le fait que tout ceci pourrait mal finir (mais j’en doute, de plus en plus) a donné plus de poids à Vladimir Poutine. Du coup, tout le monde y va de son petit commentaire.

L’entité européenne, qui avait largement appuyé les manifestants, se contentait de noyer le poisson à l’aide de déclarations toutes plus inutiles les unes que les autres. Mais voilà, comme rien ne bouge, ni l’ONU, ni l’OTAN, ni même les USA; l’Union Européenne est obligé de se plier aux désidérata de Moscou, et cela, juste pour ne pas perdre la face. Donc, en toute logique, la chef de la diplomatie européenne, vient de demander l’ouverture d’une enquête concernant les connexions entre les snipers et l’opposition ukrainienne.

Cependant, n’allez surtout pas croire que Bruxelles s’aligne sur la ligne diplomatique du Kremlin, non, on en est pas encore là; si Mme Ashton en est arrivée à cette extrémité, c’est suite à un échange téléphonique avec le Ministre des affaires étrangères de l’Estonie – Urmas Paet. Dans la conversation de 11 minutes, Paet a déclaré que les tueries de février étaient à blâmer car les tireurs d’élite étaient engagés par la coalition Maïdan. Paet a également déclaré que le président ukrainien Viktor Ianoukovitch n’était pas derrière les tirs mortels et que les tireurs avaient été embauchés par l’opposition.

Et oui, toute honte bue, l’Europe bombe le torse, se redresse, et demande qu’on lui apporte les responsables sur un plateau. Il faut comprendre l’UE, en cas d’échec des « sanctions » contre la Russie, il lui faudra trouver une porte de sortie honorable (!). Donc si en toute logique Vladimir Poutine gagne la partie, Bruxelles pourra toujours se faire les dents sur les Timochenko, Vitali Klitschko et consorts. Si l’opposition ukrainienne n’était pas très compétente en politique, elle risque d’avoir un cours accéléré sur la diplomatie européenne…à ses dépends.

Une conséquence inattendue du conflit ukrainien

Oui, voici une conséquence pour le moins inattendue du déploiement de troupes russes en Crimée. Et cela se déroule quasiment aux antipodes de Kiev, au Japon.

En 1945, quelques jours trois jours après la capitulation du Japon impérial, l’armée russe envahissait les îles Kouriles du Sud. Dix-sept mille japonais furent chassés, ou bien placés dans des camps. Cette annexion est restée une plaie béante dans la vie nippone. Les relations russo-japonaises ont été mises à mal durant plusieurs décennies, mais depuis un an le premier ministre japonais, Shinzo Abe, s’est rapproché de Moscou.

En douze mois, il a ainsi rencontré pas moins de cinq fois le président russe. A la base, il s’agissait surtout, pour le chef du gouvernement de Tokyo, de trouver du gaz; car suite à l’accident de Fukushima – en 2011 – et la mise à l’arrêt des centrales nucléaires du pays, la crise énergétique devenait plus que préoccupante. Cependant, afin de faire avancer les accords sur les livraison de gaz naturel liquéfié, il a bien fallu que les deux parties fassent des concessions. Et elles étaient en bonnes voies, d’après certains experts.

Mais voilà, la crise ukrainienne s’est invitée dans les débats. Shinzo Abe n’a pas eu d’autre choix que de signer le communiqué du G7 annonçant la suspension des réunions préparatoires au G8 prévu en juin à Sotchi.

On pourrait penser que le Japon avait le choix, et qu’il aurait tout aussi bien pu s’aligner sur Moscou. Mais cela l’aurait éloigné de Washington. Si une partie (de plus en plus grande) de la population japonaise verrait bien les GI’s rentrer chez eux, les dirigeants nippon n’en ont pas encore les moyens. Et les auront-ils un jour?

De fait, les 7.000 ex-îliens qui espéraient encore pouvoir revenir s’installer sur leurs îles, voient leurs rêves s’envoler. Shinzo Abe se retrouve coincé entre son allégeance à l’Occident, son besoin vital de gaz russe, et l’absence de dialogue avec la Chine et la Corée du Sud. Reste à savoir si Vladimir Poutine fera preuve de compréhension envers Tokyo. Mais, en attendant, la Crimée vient de faire une nouvelle victime…

Ukraine: Le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent. L’Occident creuse…

La balle est dans le camp occidental. Ne croyez pas que je prends les évènements à la légère, loin de là, mais Vladimir Poutine vient de démontrer – encore une fois – que les actes sont plus utiles que les tergiversations.

Voilà où nous en sommes: Suite au vote par la Haute Chambre de la Fédération de Russie de l’autorisation du déploiement de troupes sur le sol ukrainien; l’Occident balbutie, gesticule, et se prend les pieds dans le tapis. Tout le monde y va de sa déclaration; l’ONU tiendra une séance extraordinaire dans les heures à venir, Catherine Ashton va réunir les Ministres des affaires étrangères de l’Europe; Le secrétaire général de l’OTAN aurait lui aussi convoqué une réunion de crise; la Pologne crie haro sur Moscou, l’ancien boxeur ukrainien reconverti dans la politique – Vitali Klitschko – demande la mobilisation générale*; Ban ki-Moon, quant à lui, essaye désespérément d’appeler au calme et au dialogue.

Hollande et Merkel se disent préoccupés par la tournure des évènements. On le serait à moins, à leur place. Du coup François Hollande s’emmêle les pinceaux et confond  les risques que fait courir l’Union Européenne à l’Ukraine avec ceux de la Russie:

La décision du Conseil de la Fédération de Russie d’autoriser l’envoi de troupes russes en Ukraine fait peser des menaces réelles sur l’intégrité territoriale et la souveraineté de l’Ukraine

Moscou vient de prendre la main. Mais ce poker n’est plus vraiment un jeu, et il pourrait bien déboucher sur une remise en question des prétentions atlantico-européennes quant aux anciennes provinces russes. A force de croire que le président russe n’avait plus les moyens de nuire, l’Occident en a perdu tout sens de la modération. Mais l’Ours russe n’est pas mort, loin de là, et il fera tout pour protéger ses intérêts, comme la France le fait en Afrique, les USA en Amérique du Sud, etc…

L’ingérence n’est pas la chasse-gardée de l’Occident, et il vient d’en faire l’expérience.

  • Merci à Ampipeline pour les informations.

Dernière minute: la Russie autorise le déploiement d’unités militaires en Ukraine

Une fois n’étant pas coutume, je vous livre une dépêche de l’AFP concernant la situation en Ukraine.

Le recours à l’armée russe en Ukraine a été approuvé à l’unanimité par le Conseil de la Fédération à Moscou. La chambre haute du Parlement russe s’est prononcée samedi à Moscou, suite à une demande en ce sens du président Vladimir Poutine.

Réuni en session extraordinaire, le Conseil de la Fédération a approuvé la demande présentée peu auparavant par le président russe. Ce dernier souhaite « le recours aux forces armées russes sur le territoire de l’Ukraine, jusqu’à la normalisation de la situation politique dans ce pays ».

Vladimir Poutine justifie cette mesure par « la situation exceptionnelle en Ukraine, la menace sur les vies de citoyens de la Fédération de Russie, sur nos compatriotes et sur le personnel des forces armées de la Fédération de Russie » en Crimée, indique un communiqué du Kremlin.

La formule employée laisse entendre que la Russie peut aussi bien utiliser les forces de la Flotte russe de la mer Noire, qui se trouvent déjà en Crimée aux termes d’un accord bilatéral signé entre Moscou et Kiev, qu’envoyer d’autres troupes, venant elles de Russie.

A noter, aussi, que le gouvernement de Kiev, vient d’annoncer le placement de l’armée ukrainienne en état d’alerte renforcé dans la région autonome de Crimée.

Ukraine: escalade militaire en Crimée

Suite à l’appel à l’aide du nouveau Premier Ministre de Crimée, Sergiï Aksionov:

«Prenant en compte ma responsabilité pour la vie et la sécurité des citoyens, je demande au président russe Vladimir Poutine d’aider à assurer la paix et le calme sur le territoire de Crimée »

Des mouvements de troupes (russes?) ont été rapportées. Notamment un convoi de transports de troupe et de camions vendredi soir sur la route entre Sebastopol et Simféropol. Simféropol étant le théâtre d’un déploiement de soldats n’ayant aucuns signes distinctifs et qui patrouillent dans le centre-ville; mais on rapporte aussi que des mitrailleuses ont été installées de manière à pouvoir défendre le bâtiment du Parlement.

La zone de l’aéroport est aussi concernée par cette démonstration de forces. Des dizaines d’avions-cargo militaires auraient atterris dans un aéroport militaire près de Simféropol. La Russie a – dans le cadre de son inspection militaire – aurait assuré des transports aériens en début de semaine depuis une base aérienne près de Moscou, dont notamment le transport de forces spéciales aéroportées pour la ville d’Anapa, au bord de la Mer Noire. Six hélicoptères de transport « Mil MI-8 » auraient également été envoyés sur le secteur en crise.

Le Ministre des affaires étrangères ukrainien a convoqué (Jeudi dernier) le chargé d’affaires russe Andreï Vorobiev, pour lui rappeler que la Russie était garante de son intégrité territoriale et demander que les militaires de la flotte de la mer Noire « s’abstiennent de tout mouvement en dehors du périmètre où ils sont cantonnés ». De son côté, Alexandre Tourtchinov, président ukrainien par intérim, a lancé un appel devant le Parlement à Kiev : « Je m’adresse aux dirigeants militaires de la flotte de la mer Noire : tous les militaires doivent rester sur le territoire prévu par les accords. Tout mouvement de troupe armé sera considéré comme une agression militaire ».

Cependant, le Premier ministre Arseni Iatseniouk a affirmé samedi que l’Ukraine avait refusé de répondre par la force à la provocation russe. Répondre par la force? Quelle force? La « Grande Muette » n’a jamais aussi bien porté son nom. Qui, parmi vous, a entendu la voix de l’armée durant les manifestations de Kiev? Vous me direz que ce n’est pas son rôle, certes, mais elle était néanmoins absente des débats. A ce propos, le secrétaire général de l’OTAN avait déclaré, le 23 Février:

I commend the statement of the Ukrainian army that it will in no way intervene in the political crisis. It is important that this continues to be the case.

De plus, face à l’armada russe basée à Sebastopol, l’Ukraine peut seulement espérer lui opposer son unique frégate U130 Hetman Sahaydachniy, son seul sous-marin de classe Foxtrot U01 Zaporizhzhia (que l’on doit entendre évoluer à des kilomètres à la ronde) et ses trois ou autre corvettes datant de la période soviétique ».

Les dirigeants ukrainien devraient faire attention à leurs déclarations. Si l’Occident lui a donné un coup de main pour renverser le gouvernement pro-russe de Ianoukovitch, ce même Occident réfléchira à deux fois avant de s’engager dans une guerre ouverte contre la Russie.

Le bal des vampires

Haaaaa, ils ont été nombreux les politiciens de tous bords – et même un philosophe français, enfin, il me semble – et de tous les pays; à se précipiter au chevet de l’Ukraine malade. Ils ont été nombreux, aussi, à déclarer que l’Ukraine devait intégrer l’Union Européenne. Ils se sont tous indignés de voir les morts civils en omettant volontairement les policiers tués. Ils ont consciencieusement fermé les yeux sur les idéaux politiques d’une certaine partie de l’opposition. Et maintenant que le président est tombé, qu’on assiste à une chasse à l’homme du genre de celle de Louis XVI, ou de Ceausescu, ce même beau monde félicite l’opposition pour son courage, sa ténacité, son abnégation, etc, etc…

Oui, mais voilà, les dés étaient pipés d’avance. L’année dernière lors des négociations sur l’accord d’association, l’UE avait proposé 610 millions d’euros d’aide financière à l’Ukraine. En décembre, après l’échec de l’accord, Kiev avait chiffré à 20 milliards d’euros l’aide financière dont le pays avait besoin. Une petite différence mais qui n’a pas mis la puce à l’oreille de l’opposition. La Russie a alors sorti son as de sa manche, et a proposé quinze milliards d’Euros, et une baisse de 30% du prix du gaz russe (qui représente 60% du gaz consommé en Ukraine); elle a donc logiquement remporté le contrat. C’est à mon avis ce qui a précipité les évènements et la chute du régime: l’impossibilité pour l’UE de s’aligner sur la proposition russe.

Problème à venir pour Bruxelles, réussir à garder Kiev dans son giron. Le ministre des Finances par intérim Iouri Kolobov a évalué lundi à 35 milliards de dollars dans les deux années à venir les besoins d’aide financière de l’Ukraine et a réclamé l’organisation d’une conférence internationale de donateurs. De son côté, le porte-parole du Fonds monétaire international – Gerry Rice – dit discuter avec toutes les parties concernées, mais le FMI préfère attendre la formation d’un gouvernement avant de se prononcer. Autre intervenant, Gernot Erler, le chargé des relations avec l’Europe de l’Est du gouvernement allemand, qui lui n’y va pas par quatre chemins:

« Il y a trois donateurs potentiels: l’Union européenne, le FMI et bien sûr la Fédération de Russie, et jusqu’à maintenant le problème principal est qu’il faut négocier des conditions, mais avec qui? Personne ne va signer un chèque en blanc ».

« Les manifestants du Maïdan ne s’attendent bien sûr pas à devoir se serrer la ceinture, mais j’ai bien peur qu’à terme (les Ukrainiens) ne puissent pas y couper »

Je ne suis pas certain que Vladimir Poutine soit d’accord pour donner un Rouble pour sauver un futur gouvernement qui lui serait hostile…Mais l’UE peut toujours rêver. Même le principal lobby bancaire y va de ses prédictions, en effet, l’Institut de la finance internationale (IIF, qui représente quelque 450 banques à travers le monde),à souligne la gravité de la situation:

« Afin d’éviter un effondrement total non pas dans les prochains mois mais dans les prochaines semaines, l’Ukraine a besoin d’argent maintenant« .

« Les caisses de l’Etat sont vides« , a souligné Lubomir Mitov, économiste en chef à l’IIF pour les pays émergents en Europe. Les défis économiques en Ukraine sont « gigantesques« . 

Thomas Gomart, directeur du développement stratégique de l’Institut français des relations internationales, y va aussi de ses analyses:

Un montage avec le FMI « ne se fera pas sans l’acceptation de réformes extrêmement profondes avec un coût social extrêmement élevé » (cela ne vous rappelle rien? NDLR), dit-il, alors que les nouvelles autorités sont « issues de la Rada (le Parlement), le lieu par excellence de la corruption ukrainienne ».

Cette « hypothèse est assez peu probable en réalité », conclut-il au sujet d’une aide du FMI et de l’UE: « Les désillusions risquent d’être rapides et la situation reste très inflammable en Ukraine ».

De son côté, « Moscou est très silencieux et attend son heure pour le retour » et ne manquera pas de rappeler que la Russie « reste le principal partenaire commercial de l’Ukraine ».

Ainsi soit-il. L’Occident a tout fait pour faire basculer l’Ukraine à l’Ouest, mais quand il s’agit de passer à la caisse, il y a beaucoup moins de volontaires. Et, à mon avis, la Russie n’a pas dit son dernier mot. Si elle a perdu la bataille de la rue, elle pourrait emporter la guerre économique, faisant ainsi subir une défaite humiliante pour l’UE et ses sbires. Sans oublier la communauté russophone qui, elle non plus, n’a pas dit son dernier mot, puisqu’elle est simplement muselée par les médias occidentaux, mais cependant, bien présente…

2013, l’année Poutine? par Alexandre Lasta

Les années passent et se ressemblent pour le président russe. D’après certains médias, en 2011, il était contesté par des manifestants volontairement présentés comme une sorte d’avant-garde sociétale représentant la Russie du futur.

En 2012, d’après les mêmes médias, sa réélection à la présidence russe s’était faite sur des bases contestables, on se souvient du gentleman agreement avec Dimitri Medvedev, et le nouveau président russe faisait soit disant face à de nouveaux dilemmes, intérieurs comme extérieurs, et à une baisse de confiance de la population russe à son égard.

En cette fin 2013, force est de constater que soit la situation a totalement changé, soit la grille de lecture de ces médias, pour les événements de 2011 et 2012, n’était pas la bonne.

Sur le plan intérieur, l’opposition de rue de 2011, composée de groupes politiques de droite et de gauche radicale et aussi de manifestants plutôt apolitiques issus de la classe dite créative, est semble-t-il morte et enterrée. Un commentateur inconnu du grand public à d’ailleurs tracé un portrait assez juste de cette classe créative russe, en la comparant avec humour aux Bobos français.

Cette « Classe Créative » principalement moscovite n’est finalement arrivée à rien. Ni à créer un parti politique cohérent, ni à prendre le pouvoir à Khimki  ou à Moscou, soit la ou ses leaders se sont présentés. Ce n’est pas faute de démocratie, puisqu’en Russie, des candidats issus de l’opposition traditionnelle ont réussi à se faire élire démocratiquement dans des villes assez symboliques comme Petrozavodsk ou Perm ou encore Iaroslav.

Aujourd’hui, le niveau de confiance envers le président russe reste stable et proche des 60% ce qui après 13 ans de gouvernance est assez remarquable. Les lecteurs russophones peuvent en savoir un peu plus dans cette série d’analyses assez intéressantes.

Bien sur le grand défi de la Russie pour ces prochaines années reste le choix d’une politique économique (dont est en charge le gouvernement) permettant d’accélérer la modernisation économique du pays et de relever un niveau de croissance trop bas cette année puisqu’il devrait avoisiner 1,5%. C’est bien moins que les années précédentes et c’est sans aucun doute très insuffisant pour permettre le développement du pays selon les objectifs fixés par les élites russes.

Mais le grand évènement de 2013, c’est surtout la conséquence de la gouvernance Poutine sur le plan extérieur et la réapparition en position de force de la Russie dans la diplomatie internationale.

Il y a tout d’abord l’affaire Snowden qui a fait apparaître la Russie aux yeux du monde comme un Etat accordant protection à celui que beaucoup considèrent comme un héros de la défense des droits individuels.

Et puis ensuite il y a eu la crise Syrienne. Depuis le début de cette crise, la Russie mène une politique équilibrée et surtout stable de soutien plus ou moins discret au pouvoir Syrien au nom de l’ordre constitutionnel, tout en dénonçant les ingérences extérieures, au nom du respect de la souveraineté nationale Syrienne.

L’activité diplomatique de la Russie a finalement obtenu trois résultats :

– Empêcher  un bombardement de la Syrie par la coalition occidentale et l’Otan et donc une guerre régionale au minimum.

– Obtenir un accord international sur le désarmement chimique de la Syrie.

– Obtenir un accord pour l’organisation d’une conférence de paix dite de Genève-2.

Ce faisant, la diplomatie russe a aussi fait voler en éclats le mythe d’une opposition syrienne démocratique influente, en faisant au contraire apparaître au grand jour une réalité trop longtemps occultée par le mainstream médiatique: l’extrémisme effrayant de groupes armés majoritairement étrangers opérant dans le pays. Au résultat, Vladimir Poutine s’est vu octroyer le titre d’homme le plus influent de l’année 2013 pendant que d’autres estiment qu’il mérite le Nobel de la paix.

A l’échelle du moyen orient, la grande prudence russe depuis le début du printemps arabe a replacé la Russie au cœur de cette zone du monde, comme les lecteurs de RIA-Novosti pouvaient s’en douter dès mars dernier.

La Russie est en effet depuis peu en négociations intenses avec l’Egypte, pourtant traditionnel allié américain dans la région et elle a commencé la livraison de matériel militaire à l’Irak en vertu d’un accord signé en 2012. Plus inattendu, Russie et Arabie saoudite, pourtant en opposition quasi directe sur le dossier Syrien, négocient également un paquet d’accords d’un montant total d’au moins 12 milliards de dollars pendant que les dirigeants de la nouvelle Libye post-Kadhafi ont eux récemment souhaité la reprise des discussions avec la Russie pour la poursuite des contrats d’armements antérieurement signés.

La Russie s’est aussi imposée comme un acteur clef dans le dossier du nucléaire Iranien en contribuant activement a l’accord historique de dimanche dernier et en accentuant sa coopérations bilatérale avec ce pays. Ceci préfigure plausiblement une nouvelle architecture Russo-américaine dans la région, malgré de fortes réticences israéliennes et francaises. Cet accord historique a pour conséquence de non seulement replacer l’Iran dans le concert des nations mais aussi selon certains commentateurs de priver l’Amérique d’ennemis et donc de se poser désormais la question de l’utilité du projet de bouclier anti-missiles américain au cœur de l’Europe continentale.

Plus près de l’Europe, deux nouvelles sont venues bouleverser toutes les prévisions.

Il y a d’abord l’Ukraine qui vient de tout simplement suspendre (provisoirement?) ses négociations avec l’UE pour renforcer au contraire ses relations avec la Russie et la CEI. Le premier ministre ukrainien Nikolaï Azarov affirmant même que: « l’objectif numéro un du gouvernement est de rétablir les relations normales avec la Russie ». Le président russe a de son côté dénoncé les pressions de l’UE sur l’Ukraine. Va-t-on vers une nouvelle tentative de révolution de couleur en Ukraine ou plus simplement vers une nouvelle dégradation des relations entre Moscou et Bruxelles?

Plus au sud, d’étranges et inattendus signaux sont venus de Turquie. Le président Erdogan, en visite en Russie, a en effet clairement exprimé son intention d’intégrer la Turquie à l’Organisation de Shanghai, souvent qualifiée de pendant Eurasiatique de l’Otan. Le président turc s’est également déclaré intéressé par une participation de son pays à l’Union Douanière. Dans le même temps, Russie et Turquie se sont fixé un but: porter leurs échanges économiques en 2020 à un niveau supérieur à celui des échanges Russie-Allemagne actuels, soit 100 milliards de dollars annuels. Pour le moment, la Russie est le deuxième partenaire commercial de la Turquie après l’Allemagne pendant que la Turquie est le deuxième importateur  mondial de gaz naturel russe et que le tronçon maritime du pipeline South Stream, dont la construction devrait être achevée en 2015, passera dans la zone économique exclusive de la Turquie.

La guerre des grands ensembles bat son plein.

Alexandre Lasta

Le Président russe Vladimir Poutine à bord d'un char de bataille T90 MS.
Le Président russe Vladimir Poutine à bord d’un char de bataille T90 MS.

Vladimir Poutine à Bashar Al-Assad: « vous disposez de moins de vingt jours…Il faut qu’ils assistent à Genève totalement nus! »

On en sait un tout petit peu plus sur la fameuse conversation téléphonique entre les Présidents Russe et Syrien. Vladimir Poutine de Russie aurait dit à son homlogue Syrien que désormais ce dernier disposait de moins de vingt jours pour écraser suffisement ses ennemis pour que leurs représentants ne puissent assister à Genève II que tous nus!

Sur le terrain, c’est le grand remue-ménage général et les offensives de l’armée syrienne ne se comptent plus. Et mis à part le doute levé sur l’offensive de Kalamoun, les délégués de la rébellion syrienne risquent bien d’y laisser bien plus que leurs manteaux avant d’arriver à Genève…

Bref rappel de la situation militaire prévalant dans les principaux axes de la grande offensive de l’armée régulière depuis trois jours:

A Alep, le front se rétrécit au détriment des factions rebelles jusqu’à l’entrée Sud de la ville. Les lignes d’approvisionnements des forces rebelles à partir du Sud et du Sud-Est ont été anéanties par les SAA (Syrian Air force) les forçant à se rabattre sur les lignes septentrionales en provenance de Sheick Najaar à travers la zone industrielle. En même temps, les bombardiers syriens continuent à cibler toute tentative d’inflitration des rebelles de l’Emirat islamique d’Irak et du Sham en provenance d’Al-Raqqa. Les généraux syriens tentent actuellement d’utiliser l’aviation pour couper les routes d’approvisionnement de Sheik Najaar (celle reliant le Nord d’Alep aux frontières turques) pour s’assurer d’un isolement total des forces rebelles à Alep. Trois colonnes de combattants de Jobhet Ennosra ont tenté pour la énième fois d’attaquer la fameuse prison centrale d’Alep (laquelle cache bien plus que des prisonniers). En vain.

A noter le raid aérien complexe mené contre l’école militaire d’infanterie d’Alep dans laquelle s’étaient réunis les principaux chefs rebelles pour arrêter un plan de défense de la ville. Ce raid mené à l’aide des meilleurs chasseurs-bombardiers des SAA n’a pu être possible sans une présence au sol et par dessus tout une infiltration des rangs ennemis. Abdel Qader Salah, Le chef militaire ainsi que  le chargé des renseignements militaires de l’organisation des brigades de  Liwaa Ettawhid et des légions de Liwaa Ettawhid ont péri au cours de ce raid. L’organisation a promptement tenté de venger la mort de ces chefs à Damas mais elle n’a touché que des commandants militaires subalternes et des civils.

Les usines de production de coton à l’Est de Nayrab ont été repris par l’armée régulière mais pas la totalité des usines de munistions que l’artillerie commence à détruire de façon délibérée. De furieux échanges d’obus et de roquettes ponctuent l’avancée des soldats syriens et des miliciens des comités de la défense populaire dans la zone. Des radios FM clandestines ont été détruites. L’accès à l’une d’elle était protégé par 90 bombes artisanales. A Al-Ashrifya dans les environs de Saif Eddawla, 70 rebelles ont péri dans les combats. Les pertes sont aussi élevées du côté des comités de défense populaire, souvent les premiers à accrocher les forces rebelles.

A Idlib, des rapports signalent des combats d’une extrême intensité qualifiées par les rebelles de « dernières batailles pour l’existence » et où les bataillons de l’armée régulière en sont arrivé à utiliser des méthodes inédites pour déloger les snipers adverses.

Au Nord de la province côtière de Lattaquié, l’aviation syrienne, décidément présente sur tous les fronts pour pallier à la perte du terrain au profit de la rébellion, a réussi à repousser une attaque d’envergure menée par les extrémistes de Jobhet Ennosra officiellement affiliés à Al-Qaïda près de la frontière turque. Selon les informations en provenance de ce front montagneux, 112 membres de Jobhet ennosra ont été neutralisés en moins de 48 heures tandis que 71 éléments ont été piégés à Salma, le dernier bastion fortifié de Jobhet ennosra et des brigades de l’Emirat islamique d’Irak et du Sham dans la province de Lattaquié.  Des unités navales syriennes ont participé aux combats en tirant des missiles sur des cibles situé en territoire rebelles.

Enfin la banlieue de Damas où les unités spéciales et les blindés ont réussi à reprende la localité de Hujeirat mais les combattants des brigade de Ahrar Al-Sham (les hommes libres du Sham/Syrie-Palestine) et leurs alliés de « Liwaa Al-Islam » (l’étendard de l’Islam) tiennent encore le contrôle de la Ghouta où ils opposent une très farouche résistance malgré les pilonnages continuels de l’armée syrienne. Cette dernière est en train d’avancer sur les localités de Barzeh, Darayaa, Al-Qabun et Zamalka. Inutile de préciser que ces villes sont déjà détruite à plus de 90 % des effets du pilonnage permanent d’artillerie et des bombardements aériens. Plus de 125 ex-déserteurs de l’armée qui se battaient avec différentes factions rebelles se sont rendus et ont demandé de bénéficier des dispositions du décret présidentiel 70/2013 portant l’amnistie.

A Deraa (Sud du pays) l’artillerie lourde syrienne est entrée en action après que des combattants rebelles aient attaqué des postes militaires et infligé des pertes aux militaires. Des pilonnages massifs ciblent les campagnes.

En parallèle, une autre bataille se déroule en mer. C’est la guerre des signaux électromagnétique entre les marines russe et celles de l’Otan. Au brouillage des uns répond le contre-brouillage. Observation notable: très peu de drones ont réussi à pénétrer l’espace aérien syrien. Sous la mer, divers submersibles appartenant à 11  nations jouent au chat et à la souris.

C’est dans ce contexte qu’il faut situer les déclarations des divers protagonistes de la guerre en Syrie. Les revendications de la rébellion syrienne répétant comme un leitmotiov son exigence du départ du Président Al-Assad paraissent pour le moins irréalistes si l’on se réfère à la situation sur le terrain. Pour l’instant, l’offensive est gouvernementale. Damas est engagé dans une course contre la montre. L’usage intensif de l’aviation souligne cette hâte non d’en finir mais de gagner le maximum de points pour pouvoir négocier en position de force à Genève. C’est le sens des paroles qu’à adressé le Président Russe à la conseillère du Président Assad, Mme Buthaina Shaban, à la tête d’une délégation syrienne en visite à Moscou.

Maintenant il reste à savoir qui assistera nu comme un ver à Genève. En plein mois de décembre, ça ne doit pas être joyeux…

G-20: Poutine aidera la Syrie en cas d’agression

A la différence des médias britanniques, qui sont tombés à bras raccourcis sur les (trop nombreuses) maladresses d’Obama à Saint-Petersburg en Russie, les médias français ont passé sous silence certaines déclarations de Poutine, notamment celle où il décrit, non sans un petit brin de revanche, le Président américain d’élève chahuteur et boudeur assis au fond de la classe. Ou encore celle où Poutine énumère nommément  les cinq pays va-en-guerre qui poussent au crime au Moyen-Orient: l’Arabie Saoudite,les  États-Unis, le Canada,  la France et la Turquie.

Cependant, la principale déclaration de ce G-20 est celle où il affirme sans ciller que son pays aidera la Syrie en cas d’agression étrangère, avant d’atténuer la portée de son propos en ajoutant que la Russie aidera la Syrie comme elle le fait maintenant en y envoyant des armes et de l’aide économique.

La prestation d’Obama a été mitigée. L’homme est paru nettement très embarrassé et perturbé face aux journalistes lors de sa conférence de presse. Selon le New York  Times, le Président américain aurait ordonné une extension de la liste des cibles syriennes.

Poutine rappellera également que le Vatican, l’Indonésie qui est le plus grand pays musulman au monde (et non pas l’Arabie Saoudite ou la Turquie) ainsi que des pays des BRICS tels que le Brésil, la Chine et l’Inde s’opposent totalement à une agression d’un pays souverain membre des Nations Unies.

Syrie: Poutine met en garde contre une nouvelle tentative de contourner le Conseil de sécurité de l’ONU

Le porte-parole de la présidence russe, Dimitri Peskov a laissé entendre vendredi que le président Vladimir Poutine demeure fermement opposé à toute tentative frauduleuse de contourner le Conseil de sécurité des Nations Unies pour intervenir en Syrie.

« Selon le président russe, toute tentative d’agir en contournant le Conseil de sécurité de l’Onu sera inefficace et ne fera que miner l’autorité de cette organisation internationale », a indiqué le porte-parole.

La Russie qui vient d’utiliser pour la troisième fois son droit de véto au Conseil de sécurité au projet d’une Résolution sur la Syrie escompte que son message ait été bien reçu du côté de Washington.

Aucun pays occidental n’a condamné les attentats terroristes en Syrie. Ce qui a fait dire au représentant permanent de la Syrie aux Nations Unis, Bachar Al-Jaafari que toutes les Résolutions et les instruments multilatéraux que la communauté internationale a érigée contre ce que l’on appelle le terrorisme international ne sont que de « l’encre sur papier ».

La représentante permanente des États-Unis aux Nations Unis, Susan Rice, soeur de Condoleeza Rice (une version US d’un népotisme qui ne dit pas son nom)  a déclaré à la suite du double véto russe et chinois que les Etats-Unis d’Amérique et leurs partenaires n’ont plus d’autres choix que de rechercher un partenariat (lire une coalition) pour agir (militairement) en contournant (illégalement) le Conseil de sécurité afin de « protéger le peuple syrien » (droit d’intervention humanitaire).

Ces déclarations très graves ont fait promptement réagir Moscou. Le président Poutine a convoqué hier une réunion spéciale du Haut conseil de sécurité nationale russe pour étudier toutes les options en rapport avec la situation en Syrie, l’Otan et la Turquie.

La convocation par le président russe du Conseil de sécurité nationale à la suite des déclarations de Susan Rice à l’ONU renseignent jusqu’à quel point Moscou semble déterminé à défendre sa position sur le dossier syrien.

Les jours qui viennent s’annoncent chauds en Méditerranée orientale…

 

Avec : RIAN