Exécution de James Foley: ce que l’on vous dira jamais…

Suivant un code de communication consacré par des groupes radicaux d’obédiences incertaines depuis quelques années dans Irak post-Saddam Hussein, notamment par ceux prétendant se battre exclusivement contre les Etats-Unis d’Amérique, l’organisation terroriste de l’Etat Islamique en Irak et au Levant a procédé à la décapitation de l’américain James Foley et mis en ligne la vidéo de cet horrible forfait sur Youtube.

L’américain y apparait en combinaison orange, le crâne rasé. Les mains ligotés derrière le dos. Tenu par un bourreau cagoulé et tout de noir vêtu, parlant un anglais britannique avec un accent multiculturel. La mise en scène est serrée et étudiée. La combinaison couleur orange n’est pas sans rappeler celle des détenus dans les géôles américaines et l’image de Guantanamo n’est pas loin.

Comme d’accoutumée, les médias mainstream et les officiels des Etats-Unis tentent de jouer sur l’émotionnel, non sans une petite tentative d’ersatz d’un Pearl Harbor maintes fois ressassé, passant par des déclarations selon laquelle cet acte inhumain est “une attaque contre les Etats-Unis d’Amérique” et aboutissant aux déclarations du chef d’état-major des armées US sur la nécessité de frapper l’EIIL en …Syrie! Mince! A Damas, on a failli ne pas le voir venir ce lob à angle convexe!

On a oublié un peu vite que lors de la disparition et non le kidnapping de Foley en Syrie, les médias mainstream d’Occident et du monde arabe pro-US avaient accusé sans preuve et à l’unisson le gouvernement syrien de l’avoir kidnappé. Tout est bon pour acculer Al-Assad. Mais passons…

Au delà de l’acte en lui-même fort répréhensible, arrêtons nous un instant et posons nous la question: qui est réellement James Foley?

James Foley s’est fait connaître pour la première fois lors de la guerre de Libye. Bénéficiant d’une “aide logistique”, il est rentré illégalement en Libye en mars 2011 en provenance d’Egypte et a rallié avec deux autres “journalistes” les pseudo-révolutionnaires libyens à Bengazi. Mais très vite il est capturé par des éléments de l’armée libyenne et transféré le 18 mars 2011 à l’hôtel Rixos à Tripoli. Expulsé vers la Tunisie alors que la législation libyenne de l’époque prévoyait la peine de mort pour les espions étrangers ayant pénétré clandestinement à l’intérieur du pays, Foley réussit à y revenir et il est signalé près de Sirte en septembre 2011 aux côté du sinistre mercenaire US combattant aux côté des rebelles libyens, Martin VanDyke. Il sera également aperçu avec celui qui deviendra l’ambassadeur Stevens, assassiné à Bengazi bien après la chute du régime de Gaddafi.

C’est James Foley et Martin VanDyke qui ont inventé de toutes pièces les histoires autour d’une prétendue présence de mercenaires africains pro-Gaddafi en Libye. C’est également les mêmes qui ont bidonné des histoires sur de supposés hélicoptères venant d’un pays voisin de la Libye pour porter secours au régime de la Djamahirya.

Après la chute du régime libyen et le chaos qui s’en est suivi et lequel dure d’ailleurs jusqu’à aujourd’hui, Foley s’embarque pour la prochaine cible: la Syrie. Il pénètre illégalement dans ce pays à partir de la Turquie méridionale en 2012 à la tête d’un véritable “commando” de vrais faux journalistes accompagnés par des rebelles syriens et des agents du MIT turc. Il “couvre” la guerre en Syrie dans plusieurs localités aux côtés des rebelles syriens, avec un intérêt particulier pour les radicaux islamistes, participant à la mise en place d’uns stratégie de propagande de guerre à leur profit.

Scénario classique, Foley est lâché par ses encadreurs. Disparu en Syrie, il se retrouve en Irak septentrional, “hôte” de l’organisation terroriste de l’Etat Islamique d’Irak et du Levant dont les hordes étrangement trop bien armées se battent avec acharnement contre les armées régulières de Syrie et d’Irak ainsi que contre toutes les autres organisations non-étatiques de la région.

Hôte ou otage, Foley accompane l’évolution foudroyante de l’EEIL et sa transformation en une force notable dans le jeu complexe en cours en Orient. Puissance renforcée par sa capture de plusieurs champs pétrolifères et des facilités que lui offrent de très douteux intermédiaires du marché noir du pétrole pour la vente de cette énergie fossile à des pays de l’Otan.

La prise de Mossoul par l’EIIL et son avancée sur Erbil, capitale du Kurdistan irakien, changent la donne pour Washington et ses alliés régionaux. L’égide se transforme en glaive. On utilise le pion kurde contre l’EIIL devenu une menace régionale majeure. C’est-à-dire un motif suffisant pour intervenir militairement aurprès d’un allié et couper les voies de communications entre l’Iran et la Syrie avant de neutraliser cette dernière.

L’exécution de Foley est venue en temps opportun et souscrit à toutes les conditions requises pour la promotion des paradigmes de la stratégie mise en place par les think tanks dits néoconservateurs US et proches d’Israël: justification d’une intervention, promotion de l’Islamophobie et de la nécessité d’une guerre sans fin contre la terreur et surtout poursuite des objectifs géostratégiques axées autour de l’énergie et de l’hégémonie. On observera en passant qu’Israël, exploitant à fond l’indignation internationale ayant suivi la décapitation de Foley, en a profité pour bombarder des immeubles d’habitations à Gaza au mileu d’une indifférence internationale généralisée.

Foley a t-il payé de sa personne un engagement auquel il croyait, un peu comme l’ambassadeur Stevens , tous deux lâchés par leurs hiérarchies et probablement piégés et sacrifiés par la CIA? Raison d’Etat. Outre le fait qu’ils devaient en savoir un peu trop sur les coulisses de ce fameux printemps arabe et l’éclosion consécutive de ce fléau constitué par l’Etat Islamique, Les individus ne comptent guère devant tant d’enjeux. Il y a longtemps qu’ils sont devenus une ressource jetable après usage. On achève bien les chevaux. Mais d’un autre côté, à trop semer le désordre, ils ont fini par en être les victimes.

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Guerre en Syrie: la Marine syrienne entre en action

Après plus de trois ans de guerre acharnée, c’est la première fois que des unités de surface de la marine syrienne interviennent ouvertement dans une opération combinée avec l’aviation et les forces blindées près des frontières maritimes et terrestres turques. Les factions rebelles en provenance de Turquie ont subi un pilonnage naval inédit avant d’être ciblés par de nouveaux missiles Air-Sol récemment acquis par l’aviation syrienne auprès de l’allié russe.

Des embarcations avec lesquelles des rebelles tentaient de débarquer sur une plage syrienne près du tracé des frontières entre la Syrie et la Turquie ont été détruites par des vedettes lance-missiles de la marine de guerre syrienne.

Au sol, des unités blindées soutenues par des avions d’attaque au sol Sukhoï SU-25 ont repoussé les forces rebelles jusqu’en Turquie et les forces syriennes ont pu reprendre pied sur le tracé frontalier pour la première fois depuis plus deux ans. Des chasseurs Mig-29 syriens ont mené en parallèle des manoeuvres de diversion sur le tracé frontalier face à des F-16 turcs.

A Homs, dans le centre du pays, d’intenses combats sont rapportés autour du gisement gazier de Chagar situé à l’est de la province où des milices de la défense populaire ont été accrochées par des forces rebelles.

Enfin à Deraa, au Sud du pays, l’armée syrienne peine à repousser une offensive rebelle ayant visé des centres de commandement de la défense anti-aérienne et des sites de missiles SAM.

Un assaut rebelle contre le 61e bataillon de la DCA a toutefois pu être mis en échec grâce à un pilonnage de chars de combat et l’intervention décisive de l’aviation syrienne.

Les rebelles multiplient les attentats terroristes à l’intérieur des villes et les pilonnages au mortier sur les quartiers loyalistes. Mais selon une source sur place, cette stratégie de la terreur traduit plutôt l’impuissance des centaines de groupes armés à changer une situation sur le terrain qui leur échappe.

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Un des correspondants de Strategika51 en Syrie, debout sur un lanceur de roquettes multitubes de type BM21 des forces terrestres syriennes.

 

Guerre en Syrie: mise en échec d’un assaut rebelle sur un aérodrome près d’Alep

Alep-Correspondance particulière/Strategika51

Plus de 102 combattants rebelles ont péri ces dernières 48 heures en tentant de prendre d’assaut l’aérodrome militaire de Kuwayris près d’Alep.

Usant d’une tactique éprouvée, notamment lors de l’attaque du village chrétien araméen de Maaloula, les rebelles des brigades de Jund Al-Haqq (les soldats de la Justice), une branche affiliée à Jobhet Ennosra (Front des Partisans/Al-Qaida) ont tenté de prendre d’assaut la base aérienne  avant-hier à 4h00 du matin (heure de Damas) en forçant le portail d’entrée à l’aide de véhicules piégés conduits par des kamikazes, mais une contre-offensive des unités spéciales de l’armée syrienne soutenues par les Forces de la défense nationale (NDF-une force paramilitaire supplétive de l’armée) et disposant d’un important appui feu aérien a permis une manoeuvre d’encerclement et l’élimination de la force rebelle.

Nos sources soulignent que les rebelles capturés lors de cette opération ont fourni des informations sur leur entraînement en Turquie méridionale par des instructeurs britanniques.

Les rebelles ont utilisé des engins piégés et plus précisément des camions avec un type militaire d’explosif n’existant pas dans la nomenclature de l’armée syrienne pour détruire les défenses de la bases aérienne pour ouvrir un passage à une force d’assaut rebelle. C’est quasiment le même plan utilisé avec succès à Maaloula où furent utilisés des pneus usagées piégés au TNT et au C4 contre les soldats syriens gardant le village Araméen.

Cependant, cette fois-ci, l’attaque fut mise en échec grâce à l’interception des communications cryptées des rebelles par le renseignement militaire. Les rebelles faisaient référence à cette attaque par le nom de code de « Amir Al-Oumaraa » ou Emir des Emirs (Princeps Principii) dans une possible allusion au Prince Bandar Ben Sultan, Chef des renseignements Saoudiens. Cette opération revêtait une importance très particulière car c’est de cet aérodrome que partent les hélicoptères de combat et les avions d’attaque au sol opérant dans la province septentrionale d’Alep.

Parmi les rebelles éliminés identifiés par les renseignements de l’armée de l’air figurent:

  • Mahmoud Al-Khalil, décrit par l’agence officielle SANA comme un sniper. Ce dernier surnommé le Glaive de Dieu serait derrière un nombre impressionnant d’assassinats de précision ayant visé des militaires de l’armée syrienne;
  • Faarooq Sadreddeen
  • ‘Umar Sadreddeen
  • Fakhri Abu-Karraar
  • « Abu Raafid Al-‘Iraaqi », ressortissant de nationalité irakienne, identité non confirmée;
  • Hussayn Al-Qishta
  • Sindaar Al-Kubaysi
  • Haseeb Al-Mustafaa
  • Hamdu Al-Juma’ah
  • Badr ‘Umar
  • Shukri Istablaji
  • Haatem Muhammadaani
  • ‘Abdul-‘Azheem Dayyoob
  • Hassan Al-Kabaareeti
  • Ahmad Harb
  • Ahmad Hamad
  • Zayn-Al-‘Aabideen Al-A’raj
  • Ibraaheem Al-Malaama
  • Khaleel Al-Zankari
  • Faheem Muhammad
  • Abdul-Waliy Urhanli
  • Faraj ‘Abdul-Hameed
  • ‘Izzedden Al-Shater
  • Rafeq Ballat
  • Dawoud Shalabi
  • Muhammad Jabboor
  • ‘Imad Ihsani
  • Muhammad ‘Abdul-Baaqi
  • Mahmoud Salama
  • ‘Ali Shumaysi
  • Yasin ‘Issaa
  • Ziyad Al-Nuqta

69 autres combattants n’ont pu être identifiés. Les pertes de l’armée syrienne et des NDF s’élèveraient quant à elles à 37 morts et une centaine de blessés.

En raison de la proximité de la frontière turque, l’armée syrienne a mis le paquet dans son offensive pour reprendre le terrain cédé aux différentes factions de la rébellion depuis un an et demi. La Syrie a officiellement accusé, à travers son représentant aux Nations Unies, la Turquie de soutenir les rebelles sur son territoire. La guerre continue. En attendant Genève 2 en janvier 2014.

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Conflit en Syrie: Un général-major de l’armée syrienne blessé au combat à Deir Ezzor

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Selon des indications recueillies, le général-major Issam Zahreddine, l’un des plus populaires des commandants supérieurs au sein de l’armée syrienne a été blessé au combat à Al-Rushdya à Deir Ezzor. Ce général de la garde républicaine syrienne devait conduire l’assaut visant à libérer Andaan près d’Alep (Nord du pays) mais a été muté à la dernière minute à Deir Ezzor où la situation militaire se dégradait. Le général de la garde a été blessé alors qu’il conduisait une opération de recherche-destruction dans l’un des quartiers les plus chauds de Deir Ezzor.

Ailleurs, les forces syriennes soutenues par des unités du Hezbollah libanais ont complètement investi les localités de Deir Attya et Al-Nabak après de durs combats contre les factions rebelles. L’assaut gouvernemental a été mené par les officiers les plus aguerris en matière de tactique militaire.

Battant en retraite, les extrémistes d’Al-Qaïda ont investi l’hôpital Al-Bassel (du nom du frère ainé décédé du Président syrien) de la ville de Deir Attya et ont systématiquement éliminé à la grenade et au fusil d’assaut l’ensemble des blessés et autres malades s’y trouvant, nonobstant leurs appartenance à l’un ou l’autre camp.

Les unités de l’armée syrienne ayant conduit l’assaut à Deir Attya et Al-Nabak étaient secondées par les milices du parti Baath, les comités de la défense populaire et des éléments du Hezbollah libanais.

Le retrait des rebelles de Al-Nabak a été soudain et s’est déroulé d’une manière désorganisée. Ce retrait a encouragé certains citoyens à prendre les armes contre les rebelles en retraite.

D’autres unités ont pénétré dans la localité voisine de Ain Al-Baydhaa. Des renforts rebelles ont été dépêchés en urgence au Qalamoun depuis Arsaal au Liban. Une décison saoudienne hâtive pour tenter de limiter les dégâts.

La rébellion syrienne a accusé l’armée gouvernementale d’avoir perpétré un massacre à Deir Attya. Elle accuse également Damas d’avoir tiré au moins un missile balistique de type SCUD sur la ville de Qaraa. De fait, un missile a visé un centre de commandement rebelle à Qaraa, provoquant d’immenses dégâts matériels et facilitant l’entrée d’unité de la sécurité intérieure et d’autres relevant des renseignements militaires. Ces dernières ont été freinées par la découvertes de pièges et de bombes artisanales improvisées (Improvised explosive devices ou IED) pesant plus de 80 kilogrammes.

Les combats continuent à Alep où les différentes factions rebelles se battent souvent les unes contre les autres ou font face à l’avancée lente mais progressive des troupes syriennes. Au milieu de ce chaos, les combattants kurdes suscitent l’intérêt de l’ensemble des protagonistes à l’exception des extrémistes islamistes pour lesquels tous ceux qui ne sont pas avec eux sont des hérétiques à éliminer. Les kurdes font l’objet d’un traitement de faveur de la part de Damas mais également de l’Arabie Saoudite. Cette dernière tente de récupérer les kurdes pour les rallier au front anti-pouvoir.

Ce qui se passe en Syrie n’est pas exempt d’un certain déterminisme historique. Aux enjeux géopolitiques contemporains et aux rivalités régionales se superposent d’autres clivages fort anciens.

Les défaites des factions rebelles à Damas et leur situation difficile à Alep n’ont pas eu d’effet notable sur le moral des pays soutenant mordicus et contre vents et marées un changement de régime à Damas. Ryad a déjà ordonné une autre contre-offensive tandis qu’Israël vient de rendre public un rapport sur la situation militaire en Syrie dans lequel il souligne que grâce à l’affaiblissement de l’armée syrienne dans cet interminable conflit, l’armée israélienne peut arriver aux portes de Damas en « quelques heures seulement » alors qu’il fallait plus d’une semaine avant la guerre.

Tel-Aviv estime qu’il est dans son intérêt que la guerre perdure en Syrie car plus le temps passe, plus l’armée syrienne s’affaiblit. Pour les israéliens, la seule force militaire organisée en Syrie n’est plus l’armée syrienne mais le Hezbollah libanais. Une analyse que partagent les Saoudiens.

Sur le terrain, l’ordre initial ordonnant à l’ensemble des personnels des forces armées syriennes de garder l’uniforme ou le treillis de combat, le grade et les insignes pour maintenir la cohésion des troupes et la discipline a été l’une des marques distinctives de ce conflit. L’armée syrienne est certes affaiblie mais l’apport de conscrits du contingents et de volontaires au sein des comités de défense populaires et les milices du parti ont permis de pallier à certaines déficiences comme les défections ou les désertions.

« La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens » selon Clauzewitz . Et cette guerre en Syrie  continue pour obtenir des gains politiques à faire valoir autour d’une table à Genève. En attendant, un des plus beaux pays du Levant subit la destruction sur l’autel d’intérêts géostratégiques n’ayant rien à voir avec le bien-être des populations civiles.