Intensification de la guerre financière entre Washington et Pékin

C’est l’escalade entre Washington et Pékin sur fond d’une menace réelle contre la suprématie du Dollar suite à de très habiles manoeuvres chinoises. Dernier rebondissement en date, Washington prépare activement des sanctions économiques contre des compagnies et des personnes physiques chinoises accusées d’avoir un lien avec des cyber-attaques contre des intérêts US.

Première puissance économique mondiale, la Chine supporte de moins en moins l’offensive américaine tout azimuts visant à saboter son économie ou du moins à entraver son développement. La décision US de recourir à des sanctions est d’autant plus risquée qu’elle intervient surtout à quelques semaines de la visite d’Etat à Washington fin septembre du président chinois Xi Jinping.

En réalité, la Chine est accusée de vouloir se débarrasser de centaines de milliards en bons de trésor US détenus par sa Banque centrale dans sa politique d’encadrement du Yuan et cela énerve Washington au plus haut point. La thématique du piratage ou plutôt de l’espionnage informatique, réccurente depuis des années, n’est qu’un piètre paravent. La banque Goldman-Sachs semble particulièrement terrifiée des visées chinoises. Car désormais, même si Pékin n’en dit mot, il est question de mettre fin à la suprématie du Dollar US. Un casus belli pour Washington.

C’est un gag, non?

Tout commence comme une blague de potaches, deux réalisateurs US décident de redonner une nouvelle vie à la comédie, ce type de film sensé faire rire les foules (grande nouveauté pour moi, j’ai toujours cru que le cinéma US était une vaste farce…). Le scénario (pauvre, normal c’est une comédie) met en scène deux journalistes qui doivent interviewer le leader nord coréen – Kim Jong-un – mais (et là on touche du doigt la trame comique (!) supposée faire tomber de leurs fauteuils les spectateurs à force de rire) ces derniers sont approchés par la CIA afin de tuer ledit leader…

Qu’est-ce que c’est drôle! A mourir de rire… Bon, je ne suis pas certain que le film aurait été aussi tordant pour les nord-américains, si la cible des journalistes était le président US. Mais passons, là n’est pas le propos.

Donc, cette très mauvaise blague devait sortir en salle dans les jours à venir, petit problème, le distributeur du film, Sony, a été victime de pirates informatiques. Pour ceux qui ne sont pas au courant, il faut rappeler que Sony n’en est pas à son premier piratage, loin de là, c’est une habitude, chez eux. Normal me direz-vous, une grande entreprise comme celle-ci attire forcément tous les desperados du Net; certes, mais ne croyez-vous pas que depuis qu’ils se font pirater ils n’auraient pas pu remédier au problème, après tout la maison mère est japonaise et on pourrait croire que la sécurité électronique fait partie des compétences nippones. C’est certainement vrai, mais les actionnaires ne voient pas les choses de la même manière, pour eux, l’argent dépensé pour sécurisé l’entreprise ne va pas dans leurs poches; alors ils prient en espérant qu’il n’y ait pas de gros piratage…

Suite au piratage, Sony a déclaré qu’un scénario du prochain James Bond avait été copié, ce qui laissait supposer que le ou les pirates étaient novices, car tout le monde connait le prochain James Bond: Un espion compétent et bardé de gadgets, deux ravissantes créatures (une gentille et une méchante, qui de toutes façons finiront dans le lit de Bond), un méchant très méchant, des explosions, des armes et une fin héroïque qui voit le gentil gagner et le méchant mourir – tout le contraire de la CIA…

Mais le lendemain, nouveau son de cloche, les hackers en voulaient au film « comique » et menaçaient les salles obscures, qui auraient le courage de diffuser cette parodie, d’attentats dignes du 11 Septembre. Juste ciel! Des terroristes voudraient imposer leurs lois sur le sol des États-Unis! Branle-bas de combat au Pentagone, tout ceci devient une affaire d’État, et le FBI est chargé d’enquêter – ce qui me surprend, pour une fois que la NSA aurait pu servir à quelque chose…

Après des recherches approfondies, les agents spéciaux déclarent que les pirates sont d’origine nord-coréenne! Quel scoop! Pourtant le nom que se sont donnés les hackers – « Guardians of Peace » (Gardiens de la paix) – pourraient faire penser qu’ils sont nord-américains, mais il n’en est rien, le FBI dit qu’ils sont nord-coréens et vous êtes tenus de le croire sur parole.

Sony décide quelques heures plus tard de ne pas diffuser le film, aussi bien dans les salles de cinéma que sur le Net et se contente de se lamenter sur le manque à gagner (42 millions de dollars pour la réalisation plus les bandes annonces). L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais on ne menace pas impunément une entreprise sur le sol des USA. Chacun y est donc allé de son petit mot. Pour le sénateur John McCain cette attaque informatique est un « acte de guerre » (s’il vous plait, ne riez pas, le zigoto de l’Arizona va présider en janvier la très puissante commission des forces armées du Sénat); pour le directeur du FBI, l’attaque contre Sony n’est « pas un comportement acceptable pour un Etat »; et pour le dirigeant suprême des États-Unis – Barack Obama – il n’y a pas de doutes possibles, la Corée du Nord est seule responsable, aucun autre pays n’a agit avec Pyongyang.

Ils (les hackers nord-coréens) ont provoqué beaucoup de dégâts et nous répondrons. Nous répondrons de manière proportionnée et nous répondrons à un moment, à un endroit et d’une manière que nous choisirons…

Laissez-moi deviner… Lors d’une interview de Kim Jong-un? Avec deux journalistes made in USA? La fiction devient réalité…
C’est quand même étonnant cette manie des USA de désigner un coupable le plus rapidement possible. Personnellement, à la vue des faits et des preuves; le scenario du film, le nom des hackers; j’aurai plutôt pensé que l’attaque venait d’Afghanistan, et plus spécifiquement des sympathisants du commandant Massoud. En plus, je suppose que les nord-coréens ne sont pas forcément plus doués que les afghans (et vice-versa) pour tout ce qui touche au piratage à grande échelle… Et même si c’était le cas, à leur place je choisirai autre chose comme cible de mes attaques, le FBI la CIA ou la NSA, par exemple.