Algérie: rien ne va plus…

Les premiers soubresauts de la grande messe du Forum africain d’investissement d’Alger commencent: la presse à la solde de l’homme d’affaires louches Ali Haddad a commencé ses attaques frontales contre le ministère des Affaires étrangères et de la coopération internationale.

Sous le fallacieux prétexte du concept d’austérité, un mot en vogue chez les nouveaux oligarques, un rassemblement de nouveaux riches ayant bénéficié de subventions publiques colossales sans aucune contrepartie et sans la moindre intention de les rembourser un jour, un article paru sur un journal électronique de plus en plus zélé dans sa défense des milieux affairistes d’Alger a critiqué l’intention du ministère des Affaires étrangères de créer une nouvelle division chargée de la veille stratégique, l’anticipation et la gestion des crises.

L’Algérie de 2016 ressemble étrangement à la Russie de l’ère de Boris Eltsine, mais la similitude s’arrête à l’émergence intempestive de ce que l’on pourrait appeler d’oligarques même si les oligarques algériens sont loin de rivaliser intellectuellement avec les oligarques russes. La Russie avait réussi à garder intact son système de formation et d’éducation tandis que l’Algérie l’a délibérément et soigneusement détruit par un système de distribution égalitaire excluant tout critère de mérite. Autre grosse différence, l’Algérie n’aura pas de sitôt un homme de la trempe d’un Vladimir Poutine. Ce dernier a su habilement utiliser les oligarques avant de s’en débarrasser pour le bien de la Russie. Rien de tel en Algérie où tous les cadres intègres ont fait l’objet d’une vaste purge qui ne dit pas son nom. Pour être nommé à un poste de responsabilité en Algérie, il suffit de faire preuve de crétinisme et de lâcheté. La compétence même approximative y est très mal vue et peut être un facteur éliminatoire.

Les nominations intempestives par copinage étagé de responsables ne maîtrisant aucun dossier ont conduit le pays à la dérive. C’est également la cause directe de la très mauvaise gestion du cas du journaliste algéro-britannique Mohamed Tamalt, décédé dans d’obscures conditions en détention pour une simple opinion exprimée sur son site personnel.

Une catastrophe majeure pour l’image d’un pays qui a fourni d’immenses efforts afin d’améliorer son image de marque en matière des droits de l’homme. Avec cette affaire, l’Algérie rejoint le club très fermé des régimes où l’on meurt pour avoir osé exprimé une opinion personnelle.

A qui incombe la faute de la mort de Mohamed Tamalt? La gabégie et l’anarchie caractérisant les systèmes exécutif et législatif? La mainmise d’une mafia sur les moyens de l’Etat et leur détournement à des profits ou intérêts personnels. Tamalt a fait les frais d’un réglement de compte de la part de personnes se cachant derrière l’Etat et c’est en cela qu’ils sont de facto les véritables ennemis de l’Algérie. Car c’est eux qui sont en train de détruire la réputation déjà très fragile de ce pays après avoir dépecé son économie et vendu son sous-sol au premier venu. Un drame absolu pour un pays ayant une longue histoire dans la lutte anti-impérialiste.

A cause de crapules cachés dans l’appareil d’Etat, l’Algérie vient de perdre tous ses acquis en matière de droits de l’homme. Ce pays ne pourra plus émettre une seule remarque lors des réunions du Conseil des Droits de l’Homme à Génève ou à New York pour un bon bout de temps.

Le gouvernement français qui continue de protéger les oligarques algériens pour ses intérêts économiques table sur l’armée algérienne pour la stabilité du plus grand pays d’Afrique. Sur le papier, l’armée algérienne a acquis une puissance de feu impressionnante dans le cadre de sa région géostratégique. Mais l’histoire de ce pays est pleine de surprises. Pour l’instant, les oligarques sont occupés à appauvrir les populations en ramenant les prix des produits au niveau européen tout en maintenant des salaires moyens de 150 euros. Le calme perdure car la population est lassée par la guerre civile des années 90 en plus du souvenir vivace de la terrible guerre d’Algérie (1954-1962). Cela n’augure de rien de bon à l’horizon. D’autant plus qu’il n’existe jusqu’à présent aucun homme assez fort et patriote pour faire face aux oligarques et les mettre en prison ou les exiler comme l’a fait Poutine en Russie.

Pépé le Moko*

*Traduit de l’Arabe Algérien