Mohamed Tamalt : Assassins ? Assassins

Le blog de Mohamed Tamalt est un pamphlet de l’urgence. Il a porté tort à son auteur. Dispersé ses faibles soutiens.  Détourné l’attention de son sort. Devait-il mourir pour cela ?

J’ai découvert Mohamed Tamalt en octobre 2013. Tonitruant, il s’était distingué dans une conférence de presse de lancement du salon international du livre d’Alger en interpellant le commissaire du SILA « pourquoi vous invitez le terroriste Anis Neccache ? », libanais membre du commando de Carlos qui a pris en otage la conférence de l’OPEP à Vienne en 1973.

 J’ai rapporté cette péripétie dans un article de Maghreb Emergent. Deux jours plus tard sa silhouette épaisse déboulait au siège d’Interface Médias, l’agence qui édite Maghreb Emergent et RadioM.

Mohamed Tamalt ne voulait pas tant poursuivre la polémique Naccache que s’informer sur nos conditions de travail. Nous avons donc fait connaissance autour d’un café. Son projet était de rentrer de Londres pour lancer un pure player en arabe à Alger. Il est revenu quelques mois plus tard pour me donner des nouvelles de ses progrès, préciser certains coûts, prendre conseils. Toujours survolté.

 Mohamed Talmat m’a donné l’image d’un écorché vif. Un profil que j’ai beaucoup connu dans l’univers exacerbé du militantisme mais aussi du journalisme. Tout était motif à exaltation. Il se racontait facilement, disait l’indignation contre le régime algérien et répétait qu’à Londres, où il résidait depuis de longues années, il ne passait pas un jour sans qu’il ne tombe sur « les traces de la rapine et du banditisme de nos gouvernants ».

 Il piaffait de faire de cette position de vigie une ligne éditoriale de son pure player en chantier. Mohamed Tamalt paraissait ne doutait de rien. Surtout pas de sa bonne étoile. Jovial, déterminé, amusé de sa capacité à faire trembler son monde : « J’étais comme cela quand je travaillais ici. Ils m’ont donné une bourse de Master à Londres pour se débarrasser de moi. J’ai obtenu mon diplôme mais je n’ai pas changé. Ils ne feront pas taire avec cela. Quand je vois toutes les bourses qu’ils se partagent entre leurs enfants. J’ai continué à faire mon métier de journaliste de la même manière ».

C’est cette manière de faire du journalisme qui a sans doute laissé une distance entre Mohamed Tamalt. J’en étais resté à d’anciens papiers de correspondant de presse international, portant déjà l’empreinte du lanceur d’alerte à côté de celle du reporter. Ce n’est qu’à l’annonce de son arrestation à Alger en juin 2016 que je me suis intéressé à ses derniers blogs sur sa page Facebook. Indéfendable.

 Etait-il écrit dans la trajectoire de Mohamed Talmat de porter la charge dans ce style ? Celui du déballage à 360 degrés qui ne faisait pas la part du public et du privé, du responsable et de sa famille ? On ne le saura pas. Il avait cassé les codes du journalisme.

Emporté par ce qui était devenu visiblement l’obsession d’en découdre avec les puissants d’Alger, qui ne se refusaient rien. Pas même la renversante réhabilitation de Chakib Khellil, une violence faite aux Algériens qui alimente le déchainement de Mohamed Tamalt.

Ses dénonciations des responsables algériens sont bien susceptibles de susciter des plaintes pour diffamation. Car la description du factuel rapporté s’accompagne de «noms d’oiseaux » et d’extrapolations rageuses. Le blog est un pamphlet de l’urgence. Il a porté tort à son auteur. Dispersé ses faibles soutiens.  Détourné l’attention de son sort. Devait-il mourir pour cela ?

 Le pouvoir politique algérien a commis deux erreurs. Infamantes pour l’Histoire. Il a mis Mohamed Tamalt en prison pour un délit qui ne doit pas conduire à la détention, en 2016, dans les pays respectueux de la presse et des journalistes ; Il a persisté à le laisser en prison lorsque sa grève de la faim a clairement mis, dès la fin juillet, sa santé en danger.

 Ces deux procès expéditifs en première instance puis en appel disent la même chose. Affaire Benchicou en moins sophistiqué. Volonté d’embastiller. Représailles discrétionnaires. Les journalistes ne sont pas au-dessus de la loi. Justiciables comme les autres. Nous le demandions pour le général à la retraite Hocine Benhadid, détenu sans procès durant 9 mois.

Justiciable comme les autres. Pas moins. Mais pas plus non plus. L’acharnement judiciaire avec lequel a été traité le cas Tamalt lui a finalement coûté la vie. Il n’a pas renoncé à sa grève de la faim et ses geôliers n’ont pas renoncé à son embastillement. Avec suspicion de maltraitance. Une procédure de plainte est en cours contre le personnel pénitencier de Koléa suite à une blessure à la tête découverte sur Mohamed Tamalt par son frère à sa première visite à l’hôpital Lamine Debaghine (ex Maillot) de Bab El Oued.

Permis de visite, isolement, rejet des requêtes de la défense, jusqu’au bout l’appareil judiciaire a ajouté son zèle à l’injonction de l’appareil de sécurité au profit de l’autocrate vindicatif.  Il hérite pour une postérité des gémonies d’un journaliste mort en détention. Pour avoir porté atteinte au président de la République par ses écrits.

Le pouvoir politique algérien tue. Il sait qu’il ne doit pas puisqu’il aspire à une place dans le concert des nations de droit. Il tente de s’émanciper de ce mélange d’atavisme de « satrapes » et de cynisme d’administration blanche coloniale propre sur elle. Et échoue. Même sous Bouteflika après la guerre civile. Les 126 victimes du printemps noir en Kabylie sont restées impunies. Celles de janvier 2011 et les suivantes tout autant. Combats de rue ?

 Le pouvoir politique peut tuer de sang froid dans le huis clos d’une longue procédure. Mohamed Tamalt n’a pas échappé au sort qui guettait Mohamed Benchicou et Hocine Benhadid, pour ne citer que les plus connus des prisonniers politiques des années Bouteflika.  Bien sûr il n’y a rien de prémédité.  Personne n’a ordonné de laisser mourir Mohamed Tamalt pour des écrits aussi diffamants à l’encontre du président Bouteflika peuvent-ils être. C’est la posture du pouvoir qui est, encore, ainsi faite. Elle répond par la logique brutale des représailles judiciaires au lieu du droit. Elle porte ainsi la survenance de l’homicide en elle. Et s’apprête aussi à passer à autre chose.

Mohamed Tamalt ne viendra plus à Interface Médias me demander comment lancer un journal en ligne. En prison, il a choisi de ne pas plier. L’avenir dira si son geste était désespéré. Ou si à l’inverse il porte une lumière, celle  qui protègera à jamais l’intégrité physique des détenus. Le droit du justiciable. La dignité du pouvoir politique.

Je regrette profondément que, nous, ses confères, n’ayons pas compris dès les premiers jours de sa grève de la faim ce qui se jouait. Pas saisi qu’il fallait dépasser la véritable controverse sur ses blogs indéfendables. Pour se concentrer sur l’urgence. Un rapport de force écrasant qui s’apprêtait à le laminer.

 A 42 ans, la tête tumultueuse de vie. Nous avons été encore moins solidaires avec Mohamed Tamalt que les officiers à la retraite l’ont été avec Hocine Benhadid resté 9 mois sans jugement. Oubliant que la chaîne de pouvoir algérien est faite de politiques, de sécuritaires et de fonctionnaires propres sur eux. Mais qu’elle tue. Nous avons donc subi l’irréparable, laissé mourir un journaliste en prison. Pour que cela ne soit pas totalement absurde, parce que ça l’est. Il reste encore à répéter à ses geôliers ce qu’ils sont: des Assassins. 

Ihsane El Kadi

Maghreb Emergent 

Algérie: un bloggeur condamné à deux ans de prison pour rien

Le bloggeur algéro-britannique Mohamed Tamalt, administrateur du site Arabcontext (uniquement en langue arabe), a été condamné à deux ans de prison ferme pour un simple délit d’opinion.

Nous ne partageons pas toujours les opinions et encore moins les méthodes de M. Tamalt dans son traitement de l’information relative à l’Algérie, mais force est de constater qu’hormis quelques dérapages verbaux à l’égard de personnalités publiques, toutes les informations rapportées sur son site sont non seulement fiables mais exactes.

Cet homme aurait pu faire l’objet de poursuites pour diffamation intentées à titre privé par les personnes ciblées dans ses articles. Cependant, par un curieux atavisme colonial, certaines personnes influentes on décidé d’utiliser les moyens de l’Etat (ou enfin de ce qui en reste) à des fins personnelles pour éliminer une voix devenue génante.

De l’amateurisme. Certainement. Dans tous les cas c’est une erreur de plus. Mais cela ne semble pas déranger outre-mesure les factions corrompues et compradores ayant instauré un régime semi-colonial étriqué et suranné dans le plus grand pays du Maghreb.

 

 

Passé totalement sous silence: le festival international de caricatures sur l’holocauste

Exploitant à fond le véritable tabou crée de toutes pièces autour de ce que l’on appelle l’holocauste en Europe et en Amérique du Nord, l’Iran a organisé en avril 2015 un festival international de caricatures sur l’holocauste.

L’évènement visait également à sonder les limites de la liberté d’expression dans le monde dit libre, prétexte fallacieux avancé par certains gouvernements occidentaux pour tenter de justifier la publication de caricatures injurieuses à l’encontre du prophète Mohamed. L’affaire montée de toutes pièces de l’hebdomadaire français « Charlie-Hebdo » étant devenue un cas d’école étudié en Iran dans le cadre des opérations de la guerre psychologique et de la manipulation émotionnelle des masses en utilisant de fausses représentations de la réalité à travers la création d’un ennemi imaginaire désigné.

Passé totalement sous silence, le festival a attiré des caricaturistes d’Asie, d’Europe méridionale et orientale, d’Amérique du Sud et du monde Arabe.

Affiche du festival international de caricature sur l'holocauste.
Affiche du festival international de caricature sur l’holocauste. Sur la présentation de la manifestation, les organisateurs ont tenu à préciser qu’ils ne sont nullement antisémites.

Pour les organisateurs de cette manifestation culturelle, le simple fait d’avoir été censuré par l’ensemble des médias dominants est une réussite dans la mesure où cela prouve les limites de cette notion de liberté d’expression dans le monde dit libre, un slogan cher à l’ex-président américain Ronald Reagan.

Il s’agissait donc du premier concours international de caricature sur le sionisme et l’holocauste. Un fait inédit depuis la très lourde chape de plomb qui s’est abattue sur le sujet depuis la fin de la seconde guerre mondiale en 1945.

Les caricatures ont été publiées sur le net mais les sites qui les ont mis en ligne ont connu ou connaissent des « difficultés  techniques » sinon la suspension pure et simple.

"Camp Nazi" par Maziar Bijani.
« Camp Nazi » par Maziar Bijani.
"Apprentissage obligatoire de l'holocauste" par Maziar Bijani.
« Apprentissage obligatoire de l’holocauste » par Maziar Bijani.
"Liberté d'Expression" par Shahin Kalantary
« Liberté d’Expression » par Shahin Kalantary

 

"Statistiques exactes"
« Statistiques exactes »
"Anti-Nazi"
« Anti-Nazi »
"La Vache Européenne"
« La Vache Européenne »
"La Race Supérieure"
« La Race Supérieure »
DVX2
« Les Dix commandements »
"Le Danger du déni de l'Holocauste"
« Le Danger du déni de l’Holocauste »
"Liberté d'expression absolue"
« Liberté d’expression absolue pour les révisionnistes »
"Le Mur des Lamentations...Occidental"
« Le Mur des Lamentations…Occidental »

 

 

Fait assez intéressant, en marge de ce concours s’est tenu une conférence sur Facebook en tant que produit collatéral de l’industrie de l’Holocauste où l’on a appris que la plupart des dirigeants exécutifs de ce réseau « social » se prétendent descendants de survivants des camps de travail nazis…Décidément, ce mythe post-moderne, fort lucratif, risque de perdurer encore un autre demi-siècle.

 

 

Eric Schmidt refuse le diktat du « politiquement correct »: Google n’exercera aucune restriction de contenu

Face aux pressions et demandes incessantes émanant de plusieurs pays européens pour que Google interdise ou bloque ce que l’on  désigne sous l’appellation « matériaux extrémistes », le président du Conseil d’administration de Google, Eric Schmidt, n’est pas allé par quatre chemin:  «C’est une pente glissante. Où allons-nous nous arrêter? ». En effet, cette pensée glissante, elle a non seulement fait des ravages en Europe mais a réussi à avoir l’adhésion passive et inconsciente de certains segments de la population.

Le politiquement correct est un euphémisme de trop. C’est un outil à géométrie variable. Sur quel critère peut-on classer un « mauvais contenu » quand les règles les plus élémentaires de la morale et de l’éthique sont rejetés par la société de consommation?

Quelle différence y a t-il entre un blocage du contenu et la censure?  La censure, sous diverses formes, est déjà omniprésente sur le vieux continent. Eric Schmidt ne veut pas d’une quelconque dictature de la pensée  pour son moteur de recherche. Google a donc pris la décision d’indexer toute information légale, quelle que soit son contenu.

A une époque où les médias n’hésitent plus à user et abuser des mensonges par omission et la propagande noire, cette décision de Google n’est que salutaire pour la liberté d’expression.