Vers un renversement de situation au Proche-Orient

La période du « Printemps arabe » touche à sa fin. Désormais, la Maison-Blanche et le Kremlin sont en train de redessiner les contours du « Moyen-Orient élargi ». Cependant, leur accord conclu avant l’intervention militaire russe en Syrie pourrait être modifié par le changement de l’équilibre des forces. Rien ne prouve que Moscou acceptera la stabilisation de la Syrie et fermera les yeux sur la partition de la Turquie et de l’Arabie saoudite qui vont commencer. Quoi qu’il en soit, le bouleversement qui s’annonce modifie la donne établie depuis cinq ans. La plupart des puissances impliquées essayent donc de retourner leur veste avant les autres.

La presse, dans quelque pays que ce soit, est tellement occupée à scruter la position de son propre État dans le conflit du Proche-Orient qu’elle ignore les négociations globales entre la Maison-Blanche et le Kremlin [1] et, du coup, interprète de travers les événements secondaires. Pour clarifier l’agitation diplomatique actuelle, nous devons donc revenir à l’accord USA-Russie de septembre dernier.

La partie publique de cet accord a été formulée par la Russie dans un document distribué le 29 septembre au Conseil de sécurité de l’Onu [2]. Il indique que, pour rétablir la paix et la stabilité en Afrique du Nord et au Proche-Orient, il faut et il suffit (1) d’appliquer les résolutions du Conseil de sécurité —ce qui implique notamment le retrait d’Israël sur ses frontières de 1967— et (2) de lutter contre l’idéologie terroriste —c’est-à-dire à la fois contre les Frères musulmans créés par le Royaume-Uni et soutenus par la Turquie, et contre le wahhabisme propagé par l’Arabie saoudite—.

Il avait été initialement prévu que la Russie fasse adopter une résolution en ce sens lors de la réunion du 30 septembre du Conseil de sécurité. Cependant, les États-Unis s’y sont opposés dans l’heure précédente [3]. Sergey Lavrov a alors présidé la séance sans évoquer son projet. Cet événement majeur ne peut s’interpréter que comme un désaccord tactique qui ne doit pas entraver un accord stratégique.

Le 20 octobre, le président Vladimir Poutine recevait au Kremlin son homologue syrien, Bachar el-Assad, en présence de ses ministres de la Défense et des Affaires étrangères, du secrétaire général du Conseil russe de sécurité nationale et du chef des services secrets. L’entretien portait sur l’application du plan russo-états-unien, incluant celle du Communiqué de Genève du 30 juin 2012 [4]. Le président el-Assad faisait valoir qu’il suit les instructions de ce Communiqué et, notamment, qu’il a intégré dans son gouvernement les partis d’opposition qui en ont fait la demande conformément à la description que le Communiqué fait d’un Organe gouvernemental de transition.

S’étant assuré que les deux pays avaient une même lecture du Communiqué de Genève, la Russie et les États-Unis décidèrent de mettre au pas les États dissidents, à savoir la France, la Turquie et l’Arabie saoudite. Sachant que la position française n’est pas fondée sur des intérêts réalistes, mais s’explique exclusivement par un fantasme colonial et par la corruption de son gouvernement par l’argent turc et saoudien [5], la Maison-Blanche et le Kremlin décidèrent de traiter uniquement la source du problème, à savoir Ankara et Riyad. Le 23 octobre, John Kerry et Sergey Lavrov reçurent donc leurs homologues turc et saoudien à Vienne. Aucun texte final n’a été publié. Cependant, il semble que la Russie ait menacé les deux invités sans que les États-Unis ne prennent leur défense.

Affolé d’une possible entente russo-états-unienne contre la Turquie et l’Arabie saoudite, la France convoqua alors un « dîner de travail », et non un « sommet diplomatique », à Paris. L’Allemagne, l’Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis, les États-Unis, l’Italie, la Jordanie, le Qatar, le Royaume-Uni et la Turquie « évoquèrent » et non « décidèrent » le sort de la Syrie. Le format de cette réunion correspond à celui du « Core Group » des « Amis de la Syrie », sauf l’Égypte qui a déjà secrètement rejoint le camp de la Syrie. Le fait d’avoir été contraint d’inviter les États-Unis a plombé la réunion. Là encore, pas de texte final.

Enfin, le 30 octobre, les États-Unis et la Russie réunissaient un plus vaste aréopage comprenant tous les participants aux deux réunions précédentes plus l’Égypte, la Chine, l’Irak, l’Iran, le Liban, Oman, l’Union européenne et les Nations unies. Si la presse s’est esbaudie de la présence de l’Iran qui avait été tenu à l’écart de tout règlement depuis le début du conflit, elle n’a pas relevé le retour de l’Égypte du maréchal al-Sissi qui rentre sur la scène internationale grâce à la découverte de ses nouvelles réserves de pétrole, ni de l’absence persistante de la principale puissance régionale, Israël. Ce dernier point ne peut s’expliquer que dans le cas où l’État hébreu avait obtenu préalablement la garantie de parvenir à un de ses objectifs de guerre, la création d’un État colonial au Nord de la Syrie.

Les participants ont tous été priés de signer une déclaration finale que seuls les Russes et les Iraniens ont prit soin de diffuser [6]. Et pour cause : elle marque la défaite des faucons US. En effet, dans son point 8, il est indiqué que le « processus politique » —et non pas le « processus de transition »— sera conduit par les Syriens, propriété des Syriens, et que le Peuple syrien décidera du futur de la Syrie [7]. Cette formulation lourde invalide le document Feltman qui constitue l’objectif depuis plus de trois ans des faucons US, des Français, des Turcs et des Saoudiens : la capitulation totale et inconditionnelle de la République arabe syrienne [8].

Le projet US se poursuit malgré l’accord avec la Russie

La suite des événements devrait donc logiquement être la mise au pas de la Turquie, de l’Arabie saoudite et de la France, ce qui pourrait être fait tout en poursuivant les objectifs initiaux US.

Pour la Turquie, après le scrutin probablement truqué du 1er novembre et la victoire de l’AKP [9], la guerre civile devrait s’étendre et se développer [10] jusqu’à la partition du pays en deux, puis à la fusion du Kurdistan turc, du Kurdistan irakien et d’un territoire arabe syrien occupé par les Kurdes syriens et les États-Unis. D’ores et déjà, le YPG et les États-Unis conquièrent ensemble un territoire arabe au Nord de la Syrie. Le YPG qui, jusqu’au mois dernier, recevait ses armes et ses soldes de Damas, s’est retourné contre la République arabe syrienne. Ses miliciens envahissent les villages conquis, expulsent les enseignants et décrètent la kurdisation forcée des écoles. Le Kurde, qui était parlé et enseigné à l’école, devient la langue unique et obligatoire. Les milices de la République arabe syrienne, notamment les Assyriens, en sont réduites à défendre leurs écoles par les armes contre leurs compatriotes kurdes [11].

De son côté le roi Salman d’Arabie saoudite doit encaisser sa défaite au Yémen ; un voisin qu’il avait envahi officiellement pour soutenir un président en fuite, en réalité pour exploiter avec Israël le pétrole du « Quart vide » [12]. Coup sur coup, les Émirats arabes unis et l’Égypte se sont retirés de sa Coalition. Les premiers après avoir essuyé de lourdes pertes parmi leurs officiers, les seconds plus discrètement, laissant les opérations militaires aux seules mains des Israéliens. Les Houthis, poussés vers le Nord par les bombardements, ont effectué plusieurs incursions en Arabie saoudite et y ont détruit des bases militaires aériennes et leurs matériels. Les soldats saoudiens, presque tous des étrangers servant sous écusson saoudien, ont déserté en masse contraignant le roi à prendre un décret contre les abandons de poste. Pour éviter un désastre militaire, l’Arabie saoudite a alors sollicité de nouveaux alliés. Contre de l’argent sonnant et trébuchant, le Sénégal a envoyé 6 000 hommes et le Soudan 2 000. La Mauritanie hésite à envoyer un contingent. Le roi, dit-on, aurait également sollicité l’armée privée Academi (ex-Blackwter/Xe) qui recruterait actuellement des mercenaires en Colombie. Ce fiasco est directement imputable au prince Mohammed ben Salmane, qui a revendiqué l’initiative de cette guerre. Ainsi, il affaiblit l’autorité de son père, le roi Salman, et fait gronder la contestation des deux clans exclus du pouvoir, ceux de l’ancien roi Abdallah et du prince Bandar. Logiquement ce conflit devrait aboutir à un partage de leur héritage entre les trois clans et donc à un partage du royaume en trois États.

Ce n’est qu’après ces nouveaux conflits que la paix devrait revenir dans la région, sauf dans la partie arabe colonisée par le nouveau Kurdistan, appelée à devenir le nouveau point de fixation des antagonisme régionaux en lieu et place de la Palestine.

Mais même écrit, le futur est incertain. Le renversement du rapport de forces entre Washington et Moscou [13] pourrait modifier leur accord.

Les rats quittent le navire

Alors que les mauvais joueurs annoncent sans sourciller que l’intervention militaire russe en Syrie n’apporte pas les résultats escomptés par Moscou, les jihadistes en fuite se replient en Irak et en Turquie. Le chef d’état-major US, le général Joseph Dunford, a admis, le 27 octobre lors d’une audition au Sénat, que désormais les armes parlaient en faveur de la République arabe syrienne [14]. Tandis que le Commandeur suprême de l’Otan, le général Philip Breedlove, a déclaré, le 30 octobre lors d’une conférence de presse au Pentagone, que c’est une litote de dire que la situation évolue de jour en jour et menace désormais la sécurité de l’Europe [15].

Force est de constater que l’alliance entre les partisans du chaos et ceux de la recolonisation va non seulement perdre en Syrie, mais que l’Alliance atlantique elle-même ne peut plus prétendre à la domination globale. Du coup, une soudaine agitation traverse les chancelleries, beaucoup affirmant qu’il est temps de parvenir à la paix —ce qui sous-entend qu’ils pensaient jusque là différemment—.

Les « retournements de veste » qui s’annoncent à propos de la Syrie auront comme première conséquence la consécration du rôle international de la République islamique d’Iran et de la Fédération de Russie ; deux acteurs que la presse occidentale présentait, il y a quatre mois encore, comme totalement isolés et voués à de terribles difficultés économiques ; deux puissances qui sont désormais les premières forces militaires, régionale pour l’Iran et globale pour la Russie ; et comme seconde conséquence le maintien au pouvoir du président el-Assad dont on annonce depuis cinq ans qu’« il doit partir ».

Dans ce contexte, la propagande de guerre continue imperturbablement, affirmant que si ce ne sont pas les bombardements russes qui tuent des civils, c’est l’armée syrienne qui les bombarde ; imputation confirmée par la matrice des organisations terroristes, les Frères musulmans, via leur Observatoire syrien des Droits de l’homme. Ou encore que la Russie est pressée de négocier car son intervention lui revient cher —comme si elle ne l’avait pas budgétisée durant sa longue préparation—. Jamais à court d’invention, le directeur de la CIA, John Brennan, prétend quant à lui que la Russie s’apprête à lâcher le président el-Assad, alors même que le président Poutine s’est gaussé de cette auto-persuasion quelques jours plus tôt, au Club de Valdai.

En France, la révolte gagne la classe politique. Les quatre principaux leaders de la droite, Dominique de Villepin, François Fillon, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy ont chacun de leur côté déclaré qu’il est absurde de s’aliéner la Russie et de ne pas reconnaitre la défaite en Syrie. Cependant Alain Juppé, qui joua un rôle central dans le début de la guerre, notamment en signant un traité secret avec la Turquie, persiste à conserver l’objectif de renverser la République arabe syrienne, plus tard. À gauche, plusieurs leaders envisagent de prochains voyages à Damas.

La panique devant les changements prévisibles est en fait générale. Si Nicolas Sarkozy s’est précipité chez le président Poutine, le vice-chancelier allemand, Sigmard Gabriel, également [16]. Il a plaidé pour que l’on referme les contentieux et les aigreurs du passé et que l’on renoue le dialogue avec la Russie. Il était temps.

Thierry Meyssan

Source: Voltairenet

Notes:

[1] « Moscou et Washington entendent refonder les relations internationales », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 octobre 2015.

[2] « Proposition russe d’un débat au Conseil de sécurité sur le terrorisme », Réseau Voltaire, 1er octobre 2015.

[3] “Lavrov to chair Security Council’s meeting on fighting terrorism”, Tass, September 30, 2015.

[4] « Communiqué final du Groupe d’action pour la Syrie », Réseau Voltaire, 30 juin 2012.

[5] « Pourquoi la France veut-elle renverser la République arabe syrienne ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 12 octobre 2015.

[6] “Joint Statement on the outcome of the multilateral talks on Syria”, Voltaire Network, 30 October 2015.

[7] “This political process will be Syrian led and Syrian owned, and the Syrian people will decide the future of Syria”.

[8] « Deux épines dans le pied d’Obama », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 31 août 2015.

[9] « Vers la fin du système Erdoğan », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 15 juin 2015.

[10] « La Turquie en danger », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 27 juillet 2015.

[11] « Les États-Unis et Israël débutent la colonisation du Nord de la Syrie », Réseau Voltaire, 1er novembre 2015.

[12] « Les projets secrets d’Israël et de l’Arabie saoudite », par Thierry Meyssan ; « Pourquoi l’Occident est-il silencieux sur la guerre du Yémen ? », par Martha Mundy, Traduction Alasso, Counterpunch, Réseau Voltaire, 22 juin et 4 octobre 2015.

[13] « L’armée russe affirme sa supériorité en guerre conventionnelle », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 19 octobre 2015.

[14] “Dunford Tells Senate Now is Time to Reinforce Iraqi Success Against ISIL”, Jim Garamone, DoD News, October 27, 2015.

[15] “Department of Defense Press Briefing by General Breedlove in the Pentagon Briefing Room”, October 30, 2015.

[16] « L’Allemagne tente de se sortir du conflit syrien », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie), Réseau Voltaire, 29 octobre 2015.

Deux épines dans le pied d’Obama

Quoi qu’il advienne, Washington gagnera en Syrie. Car il n’y a pas une, mais deux politiques états-unienne vis-à-vis de ce pays. Soit ce sera la paix et l’on félicitera le président Obama pour avoir su négocier avec l’Iran ; soit ce sera la destruction de la République arabe syrienne et son occupation par l’Otan, et l’on félicitera quelques généraux états-uniens et l’Onu pour avoir mis fin au bain de sang. Thierry Meyssan révèle ici les dessous de cette double politique, notamment le complot ourdi au sein des Nations unies par le secrétaire général adjoint pour les Affaires politiques.

L’application de l’accord survenu entre Washington et Téhéran, le 14 juillet dernier, dépend principalement de la capacité du président Obama à le faire accepter par ses concitoyens en général et par le Congrès et sa propre administration en particulier. Or, il rencontre deux obstacles majeurs.

Le groupe de Petraeus

D’une part un courant politique reste favorable au projet Juppé-Wright de création d’un Sunnistan et d’un Kurdistan à cheval sur la Syrie et l’Irak. Il est organisé autour du général David Petraeus, directeur de la CIA jusqu’à la réélection d’Obama en octobre 2012 et actuel analyste en chef pour le fonds d’investissement Kohlberg Kravis Roberts. Il comprend son ancien adjoint, le général John Allen, actuel envoyé présidentiel spécial pour la lutte contre Daesh, et l’ancienne secrétaire d’État et actuelle candidate à la candidature démocrate, Hillary Clinton. Il dispose aussi de soutiens au Parti républicain comme l’actuel président de la Commission sénatoriale des Forces armées, John McCain, et le promoteur immobilier et principal candidat à l’investiture, Donald Trump.

Fin juillet, le général Allen était convié à l’Aspen Security Forum. Il y rencontrait des journalistes du New York Times auxquels il confiait à l’oreille s’être mis d’accord avec la Turquie pour créer une zone de sûreté dans le Nord de la Syrie. Stupéfaits par une décision qui viole la Charte des Nations unies, Eric Schmitt décidait d’y consacrer la « une » de son quotidien [1]. Cependant, à l’issue de quelques jours de déclarations publiques contradictoires, Washington et Ankara démentaient [2]. Dans la foulée, la Maison-Blanche clarifiait sa position : la priorité c’est la lutte contre Daesh, aussi bien avec les « rebelles syriens modérés » qu’avec le YPG (Kurdes marxistes-léninistes). Par conséquent, la Turquie, bien qu’autorisée à frapper chez elle la branche turque de l’organisation, était priée de ne pas les attaquer [3].

Le 29 juillet, « l’armée » des soixante « rebelles syriens modérés » formés par la CIA entraient en territoire syrien pour marquer au sol les cibles de Daesh que la Coalition souhaitait bombarder. Mais al-Qaïda en était informé et les attaquait, faisant vingt prisonniers, dont leur chef, le colonel Nadim Hassan. Seules les armées états-unienne ou turque pouvaient les avoir trahis.

Si dans un premier temps, les soupçons de trahison se sont dirigés vers la Turquie, ils se sont transférés sur les États-Unis après les véhémentes dénégations du Premier ministre intérimaire, Ahmet Davutoğlu [4]. Et qui donc alors dans l’armée US, sinon le groupe du général Allen ?

Les manœuvres du général Allen ont d’abord provoqué un grave incident entre le Pentagone et l’Armée turque. L’officier de liaison de cette dernière au CAOC (Combined Air and Space Operations Center) n’a prévenu que dix minutes à l’avance d’un raid en Irak, menaçant à la fois des élèves-soldats kurdes et leurs instructeurs états-uniens présents sur zone [5]. La voie choisie par Recep Tayyip Erdoğan, si l’AKP reste au pouvoir, pourrait conduire à une rupture partielle des relations entre Washington et Ankara [6].

Surtout ces incidents ont conduit le Pentagone à demander au CentCom de vérifier les allégations généralisées au Proche-Orient selon lesquelles la Coalition ne bombarde pas Daesh, mais au contraire le soutient. C’est le moment que la Defense Intelligence Agency choisit pour dénoncer le trucage des rapports du CentCom [7]. Il apparaît que celui-ci est commandé par un autre ancien collaborateur du général David Petraeus, le général Lloyd James Austin III.

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Le groupe de Feltman

L’autre difficulté d’Obama, c’est le secrétariat général des Nations unies. S’il est difficile de savoir à quel courant appartient Ban Ki-moon, trop occupé à monnayer sa position, il n’en est pas de même de son adjoint aux Affaires politiques, Jeffrey Feltman.

Avant d’être fonctionnaire international, il était diplomate états-unien. Il s’est progressivement spécialisé sur le Proche-Orient. Il fut notamment en poste en Israël, en Irak (où il administra la partie kurde) et au Liban (où il imposa ses vues au gouvernement Siniora). Il entretenait une rare relation de confiance avec la secrétaire d’État Condoleezza Rice avec laquelle il avait une vidéo-conférence hebdomadaire, puis fut nommé à ses côtés à Washington par la secrétaire d’État Hillary Clinton pour superviser toute la politique proche-orientale. Il avait alors été présenté comme le principal interlocuteur états-unien pour la Syrie [8].

C’est Jeffrey Feltman qui organisa, en 2005, l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais, Rafic Hariri, puis la Commission d’enquête de Detlev Mehlis et la création du Tribunal international spécial pour le Liban. Cette structure hybride avait été formée pour condamner les présidents libanais Émile Lahoud et syrien Bachar el-Assad sur la base de faux témoignages rémunérés, mais l’accusation s’effondra devant la vérité. M. Feltman poursuit aujourd’hui son œuvre contre la Syrie et l’Iran dans ses nouvelles fonctions.

Arrivé à l’Onu juste avant la Conférence de Genève 1 sur la Syrie, il s’employa à saboter l’accord entre son pays et la Russie et se joignit au groupe de Petraeus pour pousser la France à relancer la guerre. Il rédigea alors un plan de capitulation totale et inconditionnelle de la République arabe syrienne. La souveraineté du Peuple syrien devait être abolie ; la Constitution devait être abrogée ; le président devait être destitué ; l’Assemblée du Peuple devait être dissoute ; 120 dirigeants syriens devaient être arrêtés, jugés et condamnés ; la Direction du Renseignement militaire, la Direction de la Sécurité politique et la Direction de la Sécurité générale devaient être décapitées ou dissoutes ; les « prisonniers politiques » devaient être libérés et les cours anti-terroristes abrogées.

Après l’échec de la mission de Lakhdar Brahimi, il enjoignit à Ban Ki-moon de désigner l’Italien Stefan De Mistura pour le représenter en Syrie. Il avait connu cet élégant diplomate en Irak et s’était lié avec lui lors de leurs missions au Liban. De Mistura avait également fréquenté Petraeus et Allen durant sa mission de représentant du secrétaire général de l’Onu en Afghanistan.

Dès lors, tout en rencontrant les différentes parties au conflit et en leur souriant, Stefan De Mistura s’attela à imposer par surprise le plan Feltman pour la Syrie. Le 29 juillet dernier, il exposa avec Ban Ki-moon les grandes lignes de son plan « de paix » au Conseil de sécurité, mais les deux compères s’abstinrent de distribuer le moindre document écrit [9]. Ils demandèrent aimablement que le Conseil pousse les protagonistes à signer un Accord intérimaire, puis s’en remette à eux pour son application. Il s’agissait en réalité de dessaisir le Conseil de ses prérogatives, de contraindre la République arabe syrienne à signer un texte vague qui aurait permis à l’Otan d’occuper le pays et autorisé MM. De Mistura, Feltman et Ban à mettre en œuvre la capitulation du pays, selon le processus élaboré en 2012 par Feltman.

Cette habile manœuvre faillit réussir puisque le Conseil de sécurité adopta, le 17 août une étrange déclaration (et non pas une résolution) de soutien à Stefan De Mistura [10]. Contrairement à tous les usages, le texte fut d’abord discuté en aparté par les cinq puissances permanentes. La Russie, inquiète de ce qui se tramait, décida de voter « oui ». Elle craignait que Washington ne prépare une action hors du Conseil de sécurité et du Droit international. Cependant, précautionneux, l’ambassadeur vénézuélien Rafael Ramírez, qui avait été tenu hors de la rédaction de la déclaration, souleva deux objections : d’abord, le Communiqué de Genève 1 [11], que tout le monde soutient, contrevient en réalité à la Charte des Nations unies ; ensuite, il ne suffit pas de dire que l’on lutte contre le terrorisme, il faut encore aider la République arabe syrienne face à al-Qaïda et Daesh et cesser d’approvisionner indirectement ces organisations en armes, en fabriquant et instrumentant de pseudos-groupes rebelles.

C’était l’ancien compagnon d’Hugo Chávez et non les Alliés qui étaient sur la même longueur d’ondes que le président Barack Obama.

Thierry Meyssan

Source directe: Voltairenet

Notes:

[1] « Turkey and U.S. Plan to Create Syria ‘Safe Zone’ Free of ISIS », Anne Barnard, Michael R. Gordon & Eric Schmitt, The New York Times, July 27, 2015.

[2] « Syrie, rhétorique et vérité », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 10 août 2015.

[3] « Washington interdit à Ankara de frapper les Kurdes de Syrie », Réseau Voltaire, 13 août 2015.

[4] “Turkey Denies Allegations it Tipped Off Al Qaida Abductors”, Mitchell Prothero, McClatchy, August 25, 2015.

[5] « Frictions entre le Pentagone et son allié turc », Réseau Voltaire, 15 août 2015.

[6] “America’s Dangerous Bargain With Turkey”, Eric S. Edelman, The New York Times, August 27, 2015.

[7] “Pentagon Accused of Skewing Intel on War Against ISIS”, Mark Mazzetti and Matt Apuzzo, New York Times, August 25, 2015.

[8] “Tough love for Syria from Obama”, David Kenner, Foreign Policy, March 3, 2009.

[9] « Débat du Conseil de sécurité sur la Syrie (rapport De Mistura) », Réseau Voltaire, 29 juillet 2015.

[10] « Réunion du Conseil de sécurité sur la Syrie (déclaration présidentielle) », Réseau Voltaire, 17 août 2015.

[11] « Communiqué final du Groupe d’action pour la Syrie », Réseau Voltaire, 30 juin 2012.

C’est un gag, non?

Tout commence comme une blague de potaches, deux réalisateurs US décident de redonner une nouvelle vie à la comédie, ce type de film sensé faire rire les foules (grande nouveauté pour moi, j’ai toujours cru que le cinéma US était une vaste farce…). Le scénario (pauvre, normal c’est une comédie) met en scène deux journalistes qui doivent interviewer le leader nord coréen – Kim Jong-un – mais (et là on touche du doigt la trame comique (!) supposée faire tomber de leurs fauteuils les spectateurs à force de rire) ces derniers sont approchés par la CIA afin de tuer ledit leader…

Qu’est-ce que c’est drôle! A mourir de rire… Bon, je ne suis pas certain que le film aurait été aussi tordant pour les nord-américains, si la cible des journalistes était le président US. Mais passons, là n’est pas le propos.

Donc, cette très mauvaise blague devait sortir en salle dans les jours à venir, petit problème, le distributeur du film, Sony, a été victime de pirates informatiques. Pour ceux qui ne sont pas au courant, il faut rappeler que Sony n’en est pas à son premier piratage, loin de là, c’est une habitude, chez eux. Normal me direz-vous, une grande entreprise comme celle-ci attire forcément tous les desperados du Net; certes, mais ne croyez-vous pas que depuis qu’ils se font pirater ils n’auraient pas pu remédier au problème, après tout la maison mère est japonaise et on pourrait croire que la sécurité électronique fait partie des compétences nippones. C’est certainement vrai, mais les actionnaires ne voient pas les choses de la même manière, pour eux, l’argent dépensé pour sécurisé l’entreprise ne va pas dans leurs poches; alors ils prient en espérant qu’il n’y ait pas de gros piratage…

Suite au piratage, Sony a déclaré qu’un scénario du prochain James Bond avait été copié, ce qui laissait supposer que le ou les pirates étaient novices, car tout le monde connait le prochain James Bond: Un espion compétent et bardé de gadgets, deux ravissantes créatures (une gentille et une méchante, qui de toutes façons finiront dans le lit de Bond), un méchant très méchant, des explosions, des armes et une fin héroïque qui voit le gentil gagner et le méchant mourir – tout le contraire de la CIA…

Mais le lendemain, nouveau son de cloche, les hackers en voulaient au film « comique » et menaçaient les salles obscures, qui auraient le courage de diffuser cette parodie, d’attentats dignes du 11 Septembre. Juste ciel! Des terroristes voudraient imposer leurs lois sur le sol des États-Unis! Branle-bas de combat au Pentagone, tout ceci devient une affaire d’État, et le FBI est chargé d’enquêter – ce qui me surprend, pour une fois que la NSA aurait pu servir à quelque chose…

Après des recherches approfondies, les agents spéciaux déclarent que les pirates sont d’origine nord-coréenne! Quel scoop! Pourtant le nom que se sont donnés les hackers – « Guardians of Peace » (Gardiens de la paix) – pourraient faire penser qu’ils sont nord-américains, mais il n’en est rien, le FBI dit qu’ils sont nord-coréens et vous êtes tenus de le croire sur parole.

Sony décide quelques heures plus tard de ne pas diffuser le film, aussi bien dans les salles de cinéma que sur le Net et se contente de se lamenter sur le manque à gagner (42 millions de dollars pour la réalisation plus les bandes annonces). L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais on ne menace pas impunément une entreprise sur le sol des USA. Chacun y est donc allé de son petit mot. Pour le sénateur John McCain cette attaque informatique est un « acte de guerre » (s’il vous plait, ne riez pas, le zigoto de l’Arizona va présider en janvier la très puissante commission des forces armées du Sénat); pour le directeur du FBI, l’attaque contre Sony n’est « pas un comportement acceptable pour un Etat »; et pour le dirigeant suprême des États-Unis – Barack Obama – il n’y a pas de doutes possibles, la Corée du Nord est seule responsable, aucun autre pays n’a agit avec Pyongyang.

Ils (les hackers nord-coréens) ont provoqué beaucoup de dégâts et nous répondrons. Nous répondrons de manière proportionnée et nous répondrons à un moment, à un endroit et d’une manière que nous choisirons…

Laissez-moi deviner… Lors d’une interview de Kim Jong-un? Avec deux journalistes made in USA? La fiction devient réalité…
C’est quand même étonnant cette manie des USA de désigner un coupable le plus rapidement possible. Personnellement, à la vue des faits et des preuves; le scenario du film, le nom des hackers; j’aurai plutôt pensé que l’attaque venait d’Afghanistan, et plus spécifiquement des sympathisants du commandant Massoud. En plus, je suppose que les nord-coréens ne sont pas forcément plus doués que les afghans (et vice-versa) pour tout ce qui touche au piratage à grande échelle… Et même si c’était le cas, à leur place je choisirai autre chose comme cible de mes attaques, le FBI la CIA ou la NSA, par exemple.

Escalade hindoue

L’élection d’un président ou d’un chef de gouvernement issu de la droite nationaliste, produit toujours les mêmes effets. A savoir une nette propension à remilitariser le pays. C’est le cas, actuellement, de l’Inde. Le premier ministre Narendra Damodardas Modi, élu depuis le 26 mai 2014, vient de lancer un vaste programme de modernisation des armées.

Les premiers à en faire les frais ont été les États-Unis, car si Modi et le président américain Barack Obama ont convenu d’une plus grande coopération de défense lors d’une réunion à Washington, le mois dernier, ce dernier à tout fait pour vendre le système Javelin (missiles anti-char); peine perdue, le Conseil Acquisition de la Défense (CAD) vient de commander à Israël le système Spike.

La commande, d’un montant de 525 millions $, porte sur l’acquisition de 321 lanceurs et plus de 8356 missiles. Rafael Advanced Defense Systems – le concepteur fabricant – n’est pas un inconnu, c’est, entre autres, le fabricant du célèbre « Dôme de Fer ». En espérant pour l’Inde que les missiles anti-char soit un peu plus efficaces…

L’Inde, le plus grand importateur d’armes au monde, est au milieu d’un programme de 100 milliards de dollars de mise à niveau de la défense. Dernière info en date, le CAD a également décidé d’aller de l’avant avec la construction de six sous-marins, en collaboration avec un partenaire étranger, dans un projet de 8,2 milliards de dollars.

La question que je me pose est celle-ci:
L’Inde fait partie des BRICS, mais est-elle liée, pour autant, au bloc « anti-occident »? Ce n’est un secret pour personne que le Pakistan est une pièce maîtresse pour la Chine sur la route de la Soie, mais l’arrivée soudaine de l’EIIL (et ses liens supposées avec les Talibans afghans) déstabilise déjà un peu cet État, mais que se passerait-il si New Delhi basculait ouvertement du côté des États-Unis? Sûr qu’Islamabad commencerait à se faire des cheveux blancs…

Recep Tayyip Erdoğan et Israël: Je t’aime! Moi non plus…

Le Premier Ministre turc, Recep Tayyip Erdoğan, est candidat à la présidentielle; et comme tout bon prétendant qui se respecte, il fait des déclarations susceptibles de lui rapporter des voix. On assiste donc à des annonces toutes plus loufoques les unes que les autres, voici la dernière en date, où il fustige « l’usage disproportionné de la force contre des innocents » (par Israël dans la Bande de Gaza), appelant le monde et l’ONU à tout faire pour arrêter l’assaut.

Erdogan…l’homme qui mange à tous les râteliers. Capable de fermer les yeux sur les trafics d’armes et d’hommes sur ces frontières avec la Syrie, capable aussi, dans le même temps, de faire les yeux doux à Téhéran, tout en donnant un coup de main aérien et terrestre aux islamistes extrémistes opérant en Syrie et tentant – toute honte bue – de faire du chantage à l’OTAN concernant son système anti-missiles… Et maintenant, il vient au secours des palestiniens. Je propose de le nommer pour le prix Nobel de la Paix (ce ne sera pas pire qu’Obama).

Rappelons que depuis l’assaut des commandos israéliens sur la flotte de navires venus forcer le blocus de Gaza, en 2010, et qui a fait 10 morts parmi les activistes turcs; les relations entre Tel-Aviv et Ankara n’étaient sont plus au beau fixe. Toutefois, le président US a joué les médiateurs et poussé Israël à faire des excuses et à dédommager les familles des victimes (si Obama n’avait pas joué les entremetteurs, Erdogan aurait certainement laissé tomber l’aide aux djihadistes).

Certaines mauvaises langues vous diront que le commerce en revanche, se portait très bien entre les deux états les deux pays la Turquie et Israël, surtout pour ceux qui enfreignaient l’interdiction, dont le fils du premier ministre turc lui-même.

Bref, une fois de plus Erdogan nous prouve qu’en politique il n’y a pas d’amour propre, ni de honte, juste la volonté d’accéder au pouvoir suprême.

Dernière info: Bibi vient de lui répondre (ainsi qu’au reste du monde):

« Aucune pression internationale ne nous empêchera de frapper les terroristes qui nous attaquent… »

As usual…

Coup dur pour l’opposition syrienne modérée

Certains y verront une relation de cause à effet, d’autres une coïncidence, d’autres l’œuvre des illuminati ou des extraterrestres, mais le jour où Barack Obama demande au Congrès US de débloquer 500 millions de dollars d’aide pour l’entrainement et l’équipement de l’opposition modérée syrienne, celle-ci se déchire! Et cette fois, les coutures ont lâché de toutes parts.

Cela a commencé dans la matinée; le chef du gouvernement provisoire – Ahmad Tohmé – avait décidé de dissoudre le Conseil militaire supérieur et de déférer ses membres devant le comité de contrôle financier et administratif du gouvernement pour qu’ils fassent l’objet d’une enquête, avait annoncé un communiqué diffusé sur la page Facebook du gouvernement. Le général de brigade Abdel Ilah al-Bachir (chef d’état-major) était également limogé.

Coup de théâtre, quelques heures plus tard, le comité politique de la Coalition nationale des forces de la révolution et de l’opposition syrienne dirigé par Ahmad Jarba annonçait dans un communiqué que: « le chef du gouvernement provisoire, Ahmad Tohmé, a outrepassé ses pouvoirs. » Le comité politique a ainsi décidé de demander au Conseil général de se prononcer sur cet abus de pouvoir lors de sa prochaine réunion, du 4 au 6 juillet à Istanbul, et de prendre les mesures qui s’imposent.

En fait, le problème vient du fait que le président en exercice – Ahmad Tohmé – va devoir laisser sa place, après deux mandats consécutifs, car la réglementation interne ne permet pas d’en faire plus. Mais il en va au Moyen-Orient comme chez nous, le pouvoir ne se lâche pas si facilement…
Le président voulait (d’après les dires de M. Ahmad Jarba) dissoudre le gouvernement en place afin d’en nommer un nouveau plus proche de sa vision de l’opposition – comprendre plus accès sur la lutte armée.

Car pour comprendre un peu mieux ces guerres incessantes au sein de l’ASL, il suffit de savoir que Ahmad Tohmé est proche du Qatar, alors que Ahmad Jarba a le soutient de l’Arabie Saoudite…
Avant d’entrainer les troupes, le gouvernement de Barack Obama devrait commencer par donner des leçons de politique aux dirigeants de l’opposition modérée syrienne.

Le marteau et les clous

Hier, Barack Obama a fait un discours de politique étrangère devant un parterre de diplômés de l’académie militaire de West Point. En voici quelques extraits.

D’après le président US, la puissance américaine n’a pas reflué sous ses mandats. Et il va même plus loin en avertissant que chaque menace mondiale justifie une intervention militaire des États-Unis. Il s’est également engagé à accélérer le soutien aux rebelles syriens, a promis de tenir tête à la Russie sur l’Ukraine et a promis de faire en sorte que les frappes de drones contre des suspects de terrorisme soient plus transparentes (mais aussi meurtrières, je pense). Il a même tenu à rendre la Chine responsable pour les infractions aux lois internationales dans la mer de Chine du Sud et ailleurs.

Il a cependant teinté son discours, puisqu’il continue ainsi:

« Dire que nous avons un intérêt dans la poursuite de la paix et de la liberté au-delà de nos frontières ne veut pas dire que chaque problème a une solution militaire »
 » Voici ma ligne de fond : l’Amérique doit toujours être en tête sur la scène mondiale. Si nous ne le faisons pas, personne ne le fera… L’armée est, et sera toujours, l’épine dorsale de ce leadership…»

Pire que tout, Obama en est presque venu à regretter la guerre d’Irak:

« Depuis la Seconde Guerre mondiale, certaines de nos erreurs les plus coûteuses ne venait pas de notre retenue, mais de notre volonté de se précipiter dans des aventures militaires – sans penser aux conséquences. »

Bref, voici sa vision de la politique étrangère Nord-américaine:

« Tout simplement parce que nous avons le meilleur marteau ne signifie pas que chaque problème est un clou. »

Êtes-vous rassuré, maintenant?
Cependant, je tiens à vous dire que son problème numéro un dans le monde est, et restera, le terrorisme. A cette occasion il a dévoilé un nouveau fonds de 5 milliards de dollars pour équiper et entraîner les alliés sur les lignes de front de la lutte contre le terrorisme, par exemple en…Afrique! Comme par hasard…

Ah oui. Une dernière chose. Si il a décidé, l’an dernier, de ne pas déployer de troupes en Syrie, ni même de répondre plus fermement à Moscou à propos de l’Ukraine, c’est uniquement par humanité:

«Je trahirais mon devoir envers vous, et envers le pays que nous aimons, si je vous avais envoyé en danger simplement parce que j’ai vu un problème quelque part dans le monde qui a besoin de solution, ou parce que je m’inquiète des critiques qui pensent que l’intervention militaire est le seul moyen pour les USA d’éviter de paraître faibles. »

Pour un peu, on y croirait…

L’Occident vient de s’apercevoir que Boko Haram n’était pas une secte, mais une organisation terroriste…Enfin!

Il aura fallu attendre prés d’un mois, avant que la communauté internationale se penche sur le cas de l’enlèvement massif de lycéennes au Nigeria.

Effectivement, lors de ce rapt – le 15 Avril – cette même communauté avait décrié ces pratiques barbares, et un peu, aussi, soupçonné fortement Boko Haram d’en être l’auteur. Si, en règle générale, la lutte contre le terrorisme (et surtout lorsqu’il rime avec islamisme) donne lieu à des déploiements de forces sur les différents théâtre de leurs méfaits à travers le monde, les agissements de Boko Haram (l’éducation occidentale est un péché, en Haoussa) ne semblaient pas émouvoir les défenseurs des droits de l’homme. Serait-ce parce qu’ils sont assimilés à une secte? Serait-ce différent s’ils s’étaient appelés par leur vrai nom: « Peuple engagé dans la propagation de l’enseignement du prophète Mahomet et du jihad »?

Toujours est-il que ce groupe terroriste n’en est pas à sa période d’essais, loin s’en faut. Boko Haram a été créé en 2002 par Mohammed Yousuf et prône un Islam radical et rigoriste (proche de celui les Talibans) et la stricte application de la Charia sur le territoire nigérian. Cette organisation ferait passer les djihadistes du MUJAO et d’AQMI pour de simples moutons. Ils sont responsables de nombreux massacres, d’attentats et (pour ce qui nous concerne) d’enlèvements.

Ces rapts se font dans les lycées chrétiens et touchent principalement les jeunes filles; jeunes filles qui, d’après leurs préceptes doivent se marier plutôt que d’étudier.
En général, leurs victimes sont mariées de forces à des combattants du groupes.

Ce qui me révolte, ici, c’est qu’il a fallu attendre la déclaration du chef de Boko Haram (Abubakar Shekau): – «J’ai enlevé les filles. Je vais les vendre sur le marché, au nom d’Allah.». – pour que les dirigeants occidentaux s’émeuvent. A commencer par le chef (quasi autoproclamé) de la lutte contre le terrorisme islamiste Barack Obama, himself:

C’est évidemment une situation qui brise le cœur, une situation révoltante (…) Boko Haram est l’une des pires organisations terroristes au niveau local ou régional. (Ses membres) tuent sans pitié depuis des années, et nous cherchions déjà à établir une plus grande coopération avec les Nigérians» pour lutter contre le groupe.

Cet enlèvement de masse «pourrait être l’événement qui aide à mobiliser la communauté internationale toute entière afin de faire enfin quelque chose contre une organisation aussi abjecte, qui a perpétré un crime affreux

Du coup, Washington va envoyer des experts de la police, de l’armée et d’autres agences (sic) afin de retrouver – et dans la mesure du possible, libérer – ces jeunes filles.
Il faut cependant être honnête et préciser que si le gouvernement US propose son aide, c’est parce que le président nigérian le lui a demandé. Certaines mauvaises langues diront aussi que le fait que le Niger soit devenu la première puissance économique du continent africain, ne doit pas être étranger au déploiement de l’aide internationale.

Car les Etats-Unis ne sont pas les seuls à intervenir. La Grande-Bretagne et (c’est étonnant) la France se mobilisent elles aussi.

Le mot de la fin revient au Premier ministre chinois, Mr Li Keqiang, qui a assuré l’Afrique: « …du soutien économique de Pékin, et ce, sans contrepartie politique. »

Le chef de l’ASL à Washington (prise d’ordres?)

Le général de brigade Abdelilah al-Bachir, dernier chef en date de l’Armée Syrienne Libre, est attendu Mercredi dans la capitale US. Il ne sera pas seul, puisque le chef de la coalition nationale syrienne – Ahmad Jarba – assistera lui aussi à la rencontre.

Pour le représentant de l’opposition syrienne modérée (!) il est avant tout question de parler d’aide non létale et gros sous; ainsi que pour remercier le gouvernement Obama, celui-ci allant donner aux bureaux de l’opposition syrienne aux Etats-Unis le statut de mission diplomatique étrangère, ce qui aura pour effet immédiat de permettre aux employés de bénéficier de l’immunité diplomatique, donc d’être quasi intouchable…

En revanche, le général Abdelilah al-Bachir, lui, ne fait pas le déplacement pour rien. Il doit en effet rencontrer:
– John Kerry (chef de la diplomatie),
– Susan Rice (conseillère à la sécurité nationale),
– Des membres du Congrès,
– Des membres du Sénat,
– Des représentants démocrates et républicains…
Bref, la totalité de la classe politique nord-américaine, excepté le président himself.

Il va surtout discuter de la livraison d’armes sophistiquées afin (comme il est écrit dans la dépêche): « …de lui permettre de changer l’équilibre des forces sur le terrain. »

Je ne vois que trois armes capables d’une telle prouesse:
1- L’armée américaine dans son ensemble.
Mais sans l’aide des compagnies privées de sécurité et avec les coupes budgétaires dont elle fait l’objet, je ne suis pas certain du résultat.
2- L’OTAN.
Mais là, on atteint des sommets dans l’incompétence; sans oublier qu’elle à déjà du mal en Afghanistan, sans même parler de l’Ukraine…
3- Des urnes électorales à double fond.
Procédé qui a fait ses preuves, surtout lorsqu’il est assisté d’une ONG quelconque – au hasard Human Rights Watch – afin de surveiller le bon déroulement des votes.
Il est à noter que ce procédé a aussi été utilisé pour les élections US, notamment celle de Georges W. Bush, avec le résultat qu’on lui connait.

Finalement, le chef de l’ASL risque de repartir avec l’attirail complet du parfait opposant en périodes électorales: des véhicules (General Motors en a rappelé plein pour des défauts de série, ce serait étonnant que l’on n’en trouve pas quelques un pour la bonne cause), des pains de plastic, et des détonateurs; plus des fusils pour snipers…

Mer de Chine du Sud: présence accrue des USA?

La tournée diplomatique en Asie du président américain passera par Manille. Lors de ce passage, il est question de la signature d’un accord portant sur l’utilisation – par l’armée US – des installations militaires aux Philippines près de la zone dans la mer de Chine du Sud.

Les deux pays ont convenu l’an dernier de chercher à signer un nouvel accord pour renforcer la coopération militaire. Les fonctionnaires ont négocié pour l’envoi régulier des forces américaines et de l’utilisation conjointe des bases militaires aux Philippines.

Une source gouvernementale philippine déclare que le nouvel accord comprendra trois zones à usage militaire conjointe avec les États-Unis: La grande base militaire des Philippines Fort Magsaysay, la zone Subic Bay qui permet d’héberger une base de la Marine des États-Unis, et la station navale Ulugan Bay sur l’île de Palawan.

L’utilisation conjointe commencera par Fort Magsaysay tandis que les deux domaines restants (qui font tous les deux faces à la mer de Chine du Sud) seront soumis à une préparation en plusieurs étapes.

Pas d’Iphone pour le Président des Etats-Unis…

Apple Inc., la firme de Cupertino a eu droit à un mauvais quart d’heure lorsque le Président américain Barack Hussein Obama a déclaré devant des jeunes réunis à la Maison Blanche dans le cadre de la promotion d’un nouveau système d’assurance maladie que ses nombreux détracteurs surnomment Obamacare qu’il ne pouvait posséder un Iphone d’Apple.

En voulant faire la promotion de ce nouveau produit auprès des jeunes, cible phare de ce programme, Obama a usé d’une analogie en rappelant que le coût d’une adhésion à cette assurance était moindre que celui d’un abonnement à un service de télévision par câble ou de téléphonie mobile. Mais en voyant que la plupart des jeunes l’entourant disposaient de tablettes Ipad et d’Iphone, le Président des Etats-Unis d’Amérique lance cette phrase sans appel: “Pour des raisons de sécurité, je ne suis pas autorisé à avoir un iPhone”…

Apple Iphone5