Mohamed Tamalt : Assassins ? Assassins

Le blog de Mohamed Tamalt est un pamphlet de l’urgence. Il a porté tort à son auteur. Dispersé ses faibles soutiens.  Détourné l’attention de son sort. Devait-il mourir pour cela ?

J’ai découvert Mohamed Tamalt en octobre 2013. Tonitruant, il s’était distingué dans une conférence de presse de lancement du salon international du livre d’Alger en interpellant le commissaire du SILA « pourquoi vous invitez le terroriste Anis Neccache ? », libanais membre du commando de Carlos qui a pris en otage la conférence de l’OPEP à Vienne en 1973.

 J’ai rapporté cette péripétie dans un article de Maghreb Emergent. Deux jours plus tard sa silhouette épaisse déboulait au siège d’Interface Médias, l’agence qui édite Maghreb Emergent et RadioM.

Mohamed Tamalt ne voulait pas tant poursuivre la polémique Naccache que s’informer sur nos conditions de travail. Nous avons donc fait connaissance autour d’un café. Son projet était de rentrer de Londres pour lancer un pure player en arabe à Alger. Il est revenu quelques mois plus tard pour me donner des nouvelles de ses progrès, préciser certains coûts, prendre conseils. Toujours survolté.

 Mohamed Talmat m’a donné l’image d’un écorché vif. Un profil que j’ai beaucoup connu dans l’univers exacerbé du militantisme mais aussi du journalisme. Tout était motif à exaltation. Il se racontait facilement, disait l’indignation contre le régime algérien et répétait qu’à Londres, où il résidait depuis de longues années, il ne passait pas un jour sans qu’il ne tombe sur « les traces de la rapine et du banditisme de nos gouvernants ».

 Il piaffait de faire de cette position de vigie une ligne éditoriale de son pure player en chantier. Mohamed Tamalt paraissait ne doutait de rien. Surtout pas de sa bonne étoile. Jovial, déterminé, amusé de sa capacité à faire trembler son monde : « J’étais comme cela quand je travaillais ici. Ils m’ont donné une bourse de Master à Londres pour se débarrasser de moi. J’ai obtenu mon diplôme mais je n’ai pas changé. Ils ne feront pas taire avec cela. Quand je vois toutes les bourses qu’ils se partagent entre leurs enfants. J’ai continué à faire mon métier de journaliste de la même manière ».

C’est cette manière de faire du journalisme qui a sans doute laissé une distance entre Mohamed Tamalt. J’en étais resté à d’anciens papiers de correspondant de presse international, portant déjà l’empreinte du lanceur d’alerte à côté de celle du reporter. Ce n’est qu’à l’annonce de son arrestation à Alger en juin 2016 que je me suis intéressé à ses derniers blogs sur sa page Facebook. Indéfendable.

 Etait-il écrit dans la trajectoire de Mohamed Talmat de porter la charge dans ce style ? Celui du déballage à 360 degrés qui ne faisait pas la part du public et du privé, du responsable et de sa famille ? On ne le saura pas. Il avait cassé les codes du journalisme.

Emporté par ce qui était devenu visiblement l’obsession d’en découdre avec les puissants d’Alger, qui ne se refusaient rien. Pas même la renversante réhabilitation de Chakib Khellil, une violence faite aux Algériens qui alimente le déchainement de Mohamed Tamalt.

Ses dénonciations des responsables algériens sont bien susceptibles de susciter des plaintes pour diffamation. Car la description du factuel rapporté s’accompagne de «noms d’oiseaux » et d’extrapolations rageuses. Le blog est un pamphlet de l’urgence. Il a porté tort à son auteur. Dispersé ses faibles soutiens.  Détourné l’attention de son sort. Devait-il mourir pour cela ?

 Le pouvoir politique algérien a commis deux erreurs. Infamantes pour l’Histoire. Il a mis Mohamed Tamalt en prison pour un délit qui ne doit pas conduire à la détention, en 2016, dans les pays respectueux de la presse et des journalistes ; Il a persisté à le laisser en prison lorsque sa grève de la faim a clairement mis, dès la fin juillet, sa santé en danger.

 Ces deux procès expéditifs en première instance puis en appel disent la même chose. Affaire Benchicou en moins sophistiqué. Volonté d’embastiller. Représailles discrétionnaires. Les journalistes ne sont pas au-dessus de la loi. Justiciables comme les autres. Nous le demandions pour le général à la retraite Hocine Benhadid, détenu sans procès durant 9 mois.

Justiciable comme les autres. Pas moins. Mais pas plus non plus. L’acharnement judiciaire avec lequel a été traité le cas Tamalt lui a finalement coûté la vie. Il n’a pas renoncé à sa grève de la faim et ses geôliers n’ont pas renoncé à son embastillement. Avec suspicion de maltraitance. Une procédure de plainte est en cours contre le personnel pénitencier de Koléa suite à une blessure à la tête découverte sur Mohamed Tamalt par son frère à sa première visite à l’hôpital Lamine Debaghine (ex Maillot) de Bab El Oued.

Permis de visite, isolement, rejet des requêtes de la défense, jusqu’au bout l’appareil judiciaire a ajouté son zèle à l’injonction de l’appareil de sécurité au profit de l’autocrate vindicatif.  Il hérite pour une postérité des gémonies d’un journaliste mort en détention. Pour avoir porté atteinte au président de la République par ses écrits.

Le pouvoir politique algérien tue. Il sait qu’il ne doit pas puisqu’il aspire à une place dans le concert des nations de droit. Il tente de s’émanciper de ce mélange d’atavisme de « satrapes » et de cynisme d’administration blanche coloniale propre sur elle. Et échoue. Même sous Bouteflika après la guerre civile. Les 126 victimes du printemps noir en Kabylie sont restées impunies. Celles de janvier 2011 et les suivantes tout autant. Combats de rue ?

 Le pouvoir politique peut tuer de sang froid dans le huis clos d’une longue procédure. Mohamed Tamalt n’a pas échappé au sort qui guettait Mohamed Benchicou et Hocine Benhadid, pour ne citer que les plus connus des prisonniers politiques des années Bouteflika.  Bien sûr il n’y a rien de prémédité.  Personne n’a ordonné de laisser mourir Mohamed Tamalt pour des écrits aussi diffamants à l’encontre du président Bouteflika peuvent-ils être. C’est la posture du pouvoir qui est, encore, ainsi faite. Elle répond par la logique brutale des représailles judiciaires au lieu du droit. Elle porte ainsi la survenance de l’homicide en elle. Et s’apprête aussi à passer à autre chose.

Mohamed Tamalt ne viendra plus à Interface Médias me demander comment lancer un journal en ligne. En prison, il a choisi de ne pas plier. L’avenir dira si son geste était désespéré. Ou si à l’inverse il porte une lumière, celle  qui protègera à jamais l’intégrité physique des détenus. Le droit du justiciable. La dignité du pouvoir politique.

Je regrette profondément que, nous, ses confères, n’ayons pas compris dès les premiers jours de sa grève de la faim ce qui se jouait. Pas saisi qu’il fallait dépasser la véritable controverse sur ses blogs indéfendables. Pour se concentrer sur l’urgence. Un rapport de force écrasant qui s’apprêtait à le laminer.

 A 42 ans, la tête tumultueuse de vie. Nous avons été encore moins solidaires avec Mohamed Tamalt que les officiers à la retraite l’ont été avec Hocine Benhadid resté 9 mois sans jugement. Oubliant que la chaîne de pouvoir algérien est faite de politiques, de sécuritaires et de fonctionnaires propres sur eux. Mais qu’elle tue. Nous avons donc subi l’irréparable, laissé mourir un journaliste en prison. Pour que cela ne soit pas totalement absurde, parce que ça l’est. Il reste encore à répéter à ses geôliers ce qu’ils sont: des Assassins. 

Ihsane El Kadi

Maghreb Emergent 

Algérie: rien ne va plus…

Les premiers soubresauts de la grande messe du Forum africain d’investissement d’Alger commencent: la presse à la solde de l’homme d’affaires louches Ali Haddad a commencé ses attaques frontales contre le ministère des Affaires étrangères et de la coopération internationale.

Sous le fallacieux prétexte du concept d’austérité, un mot en vogue chez les nouveaux oligarques, un rassemblement de nouveaux riches ayant bénéficié de subventions publiques colossales sans aucune contrepartie et sans la moindre intention de les rembourser un jour, un article paru sur un journal électronique de plus en plus zélé dans sa défense des milieux affairistes d’Alger a critiqué l’intention du ministère des Affaires étrangères de créer une nouvelle division chargée de la veille stratégique, l’anticipation et la gestion des crises.

L’Algérie de 2016 ressemble étrangement à la Russie de l’ère de Boris Eltsine, mais la similitude s’arrête à l’émergence intempestive de ce que l’on pourrait appeler d’oligarques même si les oligarques algériens sont loin de rivaliser intellectuellement avec les oligarques russes. La Russie avait réussi à garder intact son système de formation et d’éducation tandis que l’Algérie l’a délibérément et soigneusement détruit par un système de distribution égalitaire excluant tout critère de mérite. Autre grosse différence, l’Algérie n’aura pas de sitôt un homme de la trempe d’un Vladimir Poutine. Ce dernier a su habilement utiliser les oligarques avant de s’en débarrasser pour le bien de la Russie. Rien de tel en Algérie où tous les cadres intègres ont fait l’objet d’une vaste purge qui ne dit pas son nom. Pour être nommé à un poste de responsabilité en Algérie, il suffit de faire preuve de crétinisme et de lâcheté. La compétence même approximative y est très mal vue et peut être un facteur éliminatoire.

Les nominations intempestives par copinage étagé de responsables ne maîtrisant aucun dossier ont conduit le pays à la dérive. C’est également la cause directe de la très mauvaise gestion du cas du journaliste algéro-britannique Mohamed Tamalt, décédé dans d’obscures conditions en détention pour une simple opinion exprimée sur son site personnel.

Une catastrophe majeure pour l’image d’un pays qui a fourni d’immenses efforts afin d’améliorer son image de marque en matière des droits de l’homme. Avec cette affaire, l’Algérie rejoint le club très fermé des régimes où l’on meurt pour avoir osé exprimé une opinion personnelle.

A qui incombe la faute de la mort de Mohamed Tamalt? La gabégie et l’anarchie caractérisant les systèmes exécutif et législatif? La mainmise d’une mafia sur les moyens de l’Etat et leur détournement à des profits ou intérêts personnels. Tamalt a fait les frais d’un réglement de compte de la part de personnes se cachant derrière l’Etat et c’est en cela qu’ils sont de facto les véritables ennemis de l’Algérie. Car c’est eux qui sont en train de détruire la réputation déjà très fragile de ce pays après avoir dépecé son économie et vendu son sous-sol au premier venu. Un drame absolu pour un pays ayant une longue histoire dans la lutte anti-impérialiste.

A cause de crapules cachés dans l’appareil d’Etat, l’Algérie vient de perdre tous ses acquis en matière de droits de l’homme. Ce pays ne pourra plus émettre une seule remarque lors des réunions du Conseil des Droits de l’Homme à Génève ou à New York pour un bon bout de temps.

Le gouvernement français qui continue de protéger les oligarques algériens pour ses intérêts économiques table sur l’armée algérienne pour la stabilité du plus grand pays d’Afrique. Sur le papier, l’armée algérienne a acquis une puissance de feu impressionnante dans le cadre de sa région géostratégique. Mais l’histoire de ce pays est pleine de surprises. Pour l’instant, les oligarques sont occupés à appauvrir les populations en ramenant les prix des produits au niveau européen tout en maintenant des salaires moyens de 150 euros. Le calme perdure car la population est lassée par la guerre civile des années 90 en plus du souvenir vivace de la terrible guerre d’Algérie (1954-1962). Cela n’augure de rien de bon à l’horizon. D’autant plus qu’il n’existe jusqu’à présent aucun homme assez fort et patriote pour faire face aux oligarques et les mettre en prison ou les exiler comme l’a fait Poutine en Russie.

Pépé le Moko*

*Traduit de l’Arabe Algérien

 

 

Algérie: un bloggeur condamné à deux ans de prison pour rien

Le bloggeur algéro-britannique Mohamed Tamalt, administrateur du site Arabcontext (uniquement en langue arabe), a été condamné à deux ans de prison ferme pour un simple délit d’opinion.

Nous ne partageons pas toujours les opinions et encore moins les méthodes de M. Tamalt dans son traitement de l’information relative à l’Algérie, mais force est de constater qu’hormis quelques dérapages verbaux à l’égard de personnalités publiques, toutes les informations rapportées sur son site sont non seulement fiables mais exactes.

Cet homme aurait pu faire l’objet de poursuites pour diffamation intentées à titre privé par les personnes ciblées dans ses articles. Cependant, par un curieux atavisme colonial, certaines personnes influentes on décidé d’utiliser les moyens de l’Etat (ou enfin de ce qui en reste) à des fins personnelles pour éliminer une voix devenue génante.

De l’amateurisme. Certainement. Dans tous les cas c’est une erreur de plus. Mais cela ne semble pas déranger outre-mesure les factions corrompues et compradores ayant instauré un régime semi-colonial étriqué et suranné dans le plus grand pays du Maghreb.

 

 

Libye: un hélicoptère des forces spéciales françaises abattu par un missile 9K32 près de Benghazi

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Une source militaire libyenne nous a confirmé qu’un hélicoptère français des forces spéciales  opérant clandestinement sous les couleurs des forces du général Khalifa Hafter a bien été abattu mardi par un missile Sol-Air tiré par un lanceur portable 9K32 Strela 2 (Cтрела ou code Otan SA-7 Grail) lors de combats près de Benghazi, en Cyrénaïque.

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Un lanceur portable de missile Sol-Air Strela 2 (SA7) à Benghazi. Des centaines de systèmes d’armes similaires sont disséminés dans la région et au moins dix unités sont parvenus clandestinement à des cellules  dormantes de Daech en Europe de l’Ouest.

Au moins deux éléments des Commandos des Opérations Spéciales françaises, qui combattent aux côtés d’autres éléments des forces spéciales de l’Otan au sein de la nouvelle armée libyenne (relevant plus ou moins du gouvernement reconnu par la « Communauté internationale »), ont été tués.

On ignore pour l’instant si les deux militaires français ont été tués sur le coup ou comme l’affirment certains miliciens rebelles, achevés au sol à l’arme blanche après la chute de l’appareil.

Un autre appareil accompagnant celui qui a été abattu a tenté une opération de couverture mais aurait essuyé des tirs de missile Sol-Air et de canons antiaériens et a du rebrousser chemin en catastrophe.

Des forces du général Khalifa Hafter ont pu arriver jusqu’aux débris de l’appareil où il n’y avait aucun survivant. Le ministère français de la Défense se garde du moindre commentaire sur cet énième incident en Libye.

La plupart des médias passent sous silence la guerre acharnée déchirant la Libye depuis la chute du régime du Colonel Gaddafi en octobre 2011. Depuis au moins une année des forces spéciales de l’ensemble des pays de l’Otan et de certains pays arabes combattent au sein de ce qui a été convenu d’appeller la nouvelle armée libyenne sous le commandement du généralissime Khalifa Hafter. Mais le chaos régnant dans le pays est tel que l’on ne peut plus définir ce que signifie un semblant de  victoire militaire.

Il y a quelques mois, des  commandos britanniques dont des éléments du 22e Régiment des SAS (Special Air Service) et néerlandais accompagnant un convoi militaire libyen ont déjà subi de lourdes pertes (comme ils n’en avaient jamais connu depuis leur création) lors d’une embuscade spéctaculaire sur l’axe côtier Misrata-Sirte. Quelques temps tard, des bérêts verts US devaient quitter dans la précipitation leurs positions, officiellement à cause de photographies compromettantes publiées sur des réseaux sociaux mettant à nu leur couverture. Cependant, la véritable raison de leur départ est en relation avec un très violent pilonnage au mortier de leur base d’opération avancée (FOB) effectué par des forces locales « amies ». Les français et surtout les égyptiens ont eu à déplorer une série de fiascos tactiques. Au cours d’un de ces ratages, près d’une cinquantaine d’éléments des forces spéciales égyptiennes opérant en Libye orientales ont été mis hors combat.

Idem pour les italiens qui ont du plier bagage dès le premier accrochage sérieux avec des milices non identifiées. Cet incident comme tous ceux relatés ci-dessus et impliquant les forces spéciales de l’Alliance Atlantique en Libye sont classifiés « Secret Défense ».

Plus qu’en Syrie, c’est en Libye que l’Otan, agissant dans la clandestinité (sous couvert des forces armées libyennes d’un des deux gouvernements rivaux) a connu ses pires déboires depuis sa création.

 

Algérie: réunion d’un Conseil de sécurité restreint autour d’un incident lié au narcotrafic

Information quasiment passée inaperçue, la réunion en urgence d’un conseil de sécurité restreint sur la situation sécuritaire des frontières méridionales en Algérie il y près de 48 heures a donné lieu à nombre d’extrapolations, surtout après la diffusion d’un communiqué officiel très laconique et vague.

Selon des indications recueillies, il semble que ce conseil se soit réuni en urgence pour examiner un incident qualifié de sérieux ayant eu lieu dans la préfecture d’Al-Bayadh (Sud-Ouest) et au cours duquel un officier des forces de police, un officier des renseignements militaires et deux autres militaires ont trouvé la mort.

D’après un quotidien algérien, l’officier décédé dans des circonstances troublantes s’était déplacé avec son chauffeur sans autorisation de sa hiérarchie vers le lieu où a eu lieu une embuscade tendue par un groupe armé-assimilé à des trafiquants de drogue ou des contrebandiers par le journal, à un convoi des forces de police. Un officier de police a trouvé la mort dans ce traquenard.

Chose étrange, la majorité des médias algériens, d’habitude prolixes lorsqu’il s’agit de rapporter ce genre d’incidents, ont passé l’information sous silence.

Le miltaire et le policier tués à El-Bayadh seraient tous les deux des proches de hauts officiels dont un député du parlement et un ancien ministre d’Etat proche de la présidence.

Si la situation sécuritaire semble maîtrisée en Algérie, elle n’en demeure pas moins extrêmement préoccupante au regard de nombreux facteurs exogènes comme l’effondrement géopolitique de l’environnement immédiat ou encore des facteurs endogènes induits par une  mauvaise gouvernance basée sur la prébende et la corruption, une conjoncture économique difficile et un véritable délitement social.

La Russie a fourni à l’Algérie au moins un satellite militaire chargé de surveiller les multiples tentatives d’infiltration terroriste en provenance du Sahel ou des confins tuniso-libyens. Mais un autre phénomène inquiète au plus haut point l’état-major algérien: la prolifération systématique de noyaux de maquis locaux que l’armée algérienne détruit à chaque fois dans pratiquement toutes les régions, laisse supposer la mise en place d’une stratégie de subversion à moyen terme.

Maroc: le gouvernement entrave l’installation d’IKEA pour des raisons politiques liées à la question du Sahara Occidental

Le géant suédois IKEA a beau clamer qu’il ne fait pas de politique. En vain. L’ouverture du premier magasin IKEA devait avoir lieu au Maroc le 29 septembre 2015. Un espace de 26000 mètres carrés sis dans le plus grand espace commercial du pays près de la ville de Mohammedia a été réservé à cet effet. Au dernier moment, le ministère marocain de l’Intérieur annonce qu’IKEA ne peut ouvrir ses portes faute d’un « permis de conformité ».

Ceci pour le côté officiel. En réalité, il s’agit d’un problème politique: IKEA est victime d’un dommage collatéral lié à la position de Stockholm vis à vis de la Question du Sahara Occidental (1975-Toujours en cours)

Selon certains indiscrétions, le palais royal aurait bloqué l’ouverture d’un magasin IKEA au Maroc en guise de protestation contre la position de la Suède en faveur d’un Référendum d’Autodétermination au Sahara Occidental visant à déterminer l’avenir de ce territoire désertique peu peuplé mais riche en ressources minières et halieutiques, que revendiquent Rabat et le Front Polisario (mouvement indépendantiste) Le premier étant soutenu par la France et l’Espagne tandis que le second dispose du soutien politique de l’Algérie.

Logo de la firme Ikea
Logo de la firme Ikea

De l’art de créer des épouvantails de conjoncture

Il semble qu’une nouvelle opération visant à créer un ennemi-épouvantail de toutes pièces est en cours dans les régions Afrique du Nord/Sahel/Afrique occidentale. Le nouvel épouvantail se nomme Mokhtar Belmokhtar, alias Mr Marlboro, dit le borgne et que le site américain SITE Intelligence Group dédié à la surveillance (voire carrément la création de contenu) des groupes terroristes à travers le monde est en train de promouvoir au top du hit-parade des chefs des entités non-étatiques ou semi-étatiques menaçant la paix et la stabilité régionale (blabla habituel)

Deux observations s’imposent quand il s’agit d’évoquer Belmokhtar: la première est relative à l’inconstance de ses allégeances invariablement conjoncturelles  et notamment le rejet de toute adhésion à l’organisation terroriste DAECH; la seconde aux informations réelles concernant les capacités opérationnelles de ses groupes. Dans les deux cas, on ne dispose d’aucun élément concret hormis la réthorique formatée et mensongère d’une petite guerre de l’information visant plus à impressionner et par la même occasion tenter de manipuler les réseaux clientélistes et assimilées de l’ex-contrebandier qu’une ou plusieurs opinions publiques.

Aux dernières nouvelles, Belmokhtar aurait crée un nouveau groupe dénommé Al-Mourabitûn, en référence aux moines-soldats ayant fondé un immense empire en Afrique occidentale et en péninsule ibérique au Moyen-âge. Il s’agirait dans ce cas du troisième groupe de ce fervent passionné des Toyota Station en plein désert.

La carte n’est pas le terrain. De même, un Curriculum Vitae ne peut décrire une personne. Pire encore si l’on songe que l’on a croisé à deux reprises le quidam et que mis à part un ou deux Western Spaghetti des années 1960, il n’est pas vraiment fans des films hollywoodiens. Mais passons. Quelque chose manque au tableau. L’ex-contrebandier en cigarettes n’a jamais rêvé devenir un faire-valoir géopolitique de plusieurs acteurs régionaux et extra-régionaux. Or, le CV que l’on est en train de rédiger à Belmokhtar semble bien le dédier à jouer le même rôle qu’un certain Benladen il y a près de 15 ans.

Tout cela fait sourire. Belmokhtar a été donné pour mort une bonne dizaine de fois. Des pays comme le Tchad ou le gouvernement de Tobrouk (Libye), poussés par des puissances tierces, ont été amenés à mentir publiquement (bon en échange de quelques dollars d’aide, ce n’est pas bien grave…) Quoi de mieux qu’un éternel revenant pour le rôle d’un méchant de conjoncture. Pragmatisme absolu d’une stratégie éprouvée.

Le thé que l’on sert au Sahara et au Sahel a une saveur sublime bien particulière et n’a rien à voir avec les infusions fades de Lipton.

Un ou deux gars au Pentagone devraient savoir ça…

L’intervention de l’Otan en Libye le 19 mars 2011 a abouti à un vacuum étatique ayant favorisé l’ensemble des groupuscules armés, une prolifération inédite du trafic d’armes et la multiplication par un facteur supérieur à 30 du flux des migrations clandestines vers l’Europe. Belmokhtar comme tant d’autres chefs de guerre n’est qu’un pion dans un immense échiquier sans repères et c’est de là qu’émane sa force. Pour un homme du désert, les lignes ou les frontières ne veulent absolument rien dire.

Moins qu’un épouvantail, l’homme est malgré lui un jouet instable, même s’il abhorre toute perte d’autonomie. On s’en débarrassera une fois arrêtée la stratégie assignée à cette région du monde à l’horizon 2016-2026. D’ici là, Daech, Al-Qaïda ou Boko Haram tenteront de s’élever au statut de puissance militaire semi-étatique selon la toute nouvelle définition des menaces telle que révélée très récemment par la nouvelle stratégie de défense israélienne…Une puissance militaire semi-étatique, il fallait bien y penser un jour…Décidément, on sera toujours en retard d’un concept.

Algérie: danger en vue…

Selon le quotidien algérien El-Khabar, un convoi de véhicules militaires de l’armée algérienne se dirigeant vers un poste d’observation situé à Tifrane, à 40 kilomètres de la localité de Tarik Ibn Ziad dans la province d’Aïn-Defla (l’Ouarsenis) est tombé la nuit dernière dans une terrible embuscade tendue par un groupe terroriste lourdement armé.

D’autres sources ont précisé que les membres du groupe terroriste, en nombre élevé, ont miné la route bordant la forêt menant vers un poste avancé de l’armée. Utilisant des mitrailleuses PKM (7.62X54R) et des lances-roquettes antichar RPG-7 ainsi que des bombes artisanales plantées sur le bord du chemin (semblables aux IED) dans une zone boisée, les assaillants ont cherché à anéantir le convoi. Les militaires algériens ont riposté mais ont enregistré la perte de plus d’une dizaine de soldats.

Le groupe terroriste activant entre Médéa (Titteri) et Aïn Defla s’est replié après l’accrochage, fuyant une force rapide de recherche-destruction et serait à présent encerclé.

A 20 kilomètres du lieu de l’attaque, une bombe actionnée à distance a détruit un véhicule civil empruntant un chemin de montagne. Le chauffeur du véhicule a survécu à l’explosion.

Moins d’une semaine après la diffusion par Daech en Syrie d’un enregistrement vidéo dans lequel deux membres algériens de l’organisation terroriste menacaient de porter la guerre en Algérie, dernière étape selon eux, avant de partir guerroyer en péninsule Ibérique, il semble que certains maquis de la guérilla islamiste des années 90 sont en train d’être réactivés et réapprovisionnés en armes provenant de Libye.

Le message vidéo de Daech à partir de sa “capitale” Al-Riqqa en Syrie orientale, aurait pu passer inaperçu tant il semblait anodin. Cependant, il contenait un message codé à l’attention de cellules dormantes situées en Algérie et ce n’est pas par hasard que les deux terroristes évoquèrent une allégeance à Daech de groupes terroristes à Skikda (ex-Philippeville) et l’un des principaux terminaux pétroliers du pays ainsi que le Sahara, le coeur de l’économie algérienne.

L’armée algérienne semble consciente du danger croissant aggravé par le départ en Irak et en Syrie de milliers de combattants tunisiens et l’effondrement étatique en Libye et au Mali où la situation demeure plus que chaotique. De source officielle, on indique que plus de 60 000 soldats algériens sont actuellement déployés aux frontières avec la Tunisie et la Libye et que plus de 32 000 autres sont déployés à l’extrême-Sud du pays. Pour corser le tout, une situation de tension à Ghardaïa a obligé l’armée de mobiliser une force d’attente de 4 000 hommes répartis dans des bases aériennes autour de la préfécture, objet d’une lutte souterraine très complexe au sommet du pouvoir. A cela s’ajoute l’imposant dispositif défensif stationné depuis des décennies face au Maroc. Tous ces déploiements  drainent les capacités d’un pays de 41 millions d’habitants et dont les ressources exploitées en hydrocarbures semblent en voie d’épuisement.

Mais que faire en cas de réactivation d’une dizaine de maquis dormants dans le Nord du pays, ayant cessé l’action armée grâce à de très importants subsides financiers accordés par l’Etat aux terroristes dans le cadre d’une politique d’amnistie que l’on pourrait qualifier de renoncement aux armes contre la garantie d’une ascension sociale grâce à l’argent?

L’armée semble avoir profondément analysé ce qui ce passe en Libye et en Syrie. Le choix du Yak-130 avec des spécifications sur commande le transformant en chasseur-bombardier léger, pouvant éluder une éventuelle zone d’exclusion aérienne et fort maniable semble loin d’être anodin. Le rôle des Aero L-39 Albatros de l’armée de l’air syrienne dans le conflit en Syrie a fini par peser sur certains choix stratégiques “optimaux”. Le choix des hélicoptères d’attaque également.

Durant les années 90, l’armée algérienne a été forcée de s’adapter à une guérilla qui ne semblait connaître aucun répit. Vers la fin du conflit, les forces aéroportées, les hélicoptères et les avions cargo militaires dominaient la scène et il n’était pas rare que des unités engagées dans des opérations de recherche-destruction (couramment appelées “ratissages” en Algérie) à l’extrême Est du pays, se retrouvaient à plus de 1000 kilomètres plus à l’Ouest dans la même journée ou en l’espace de quelques heures. Cette maîtrise de la projection aérienne fut illustrée des années plus tard par l’organisation en un temps record d’un pont aérien “spontané” reliant des villes algériennes au Soudan pour le transport d’une dizaine de milliers de supporters à l’occasion d’un match de football.

Mais le problème auquel fait face l’armée algérienne n’est pas tant Daech que l’oligarchie politico-financière ayant pu s’implanter et imposer ses vues sur les choix économiques et stratégiques du pays. De caractère compradore, elle a oeuvré pour un ultralibéralisme sauvage de la pire espèce en bradant tout ce qui pouvait l’être et en poursuivant un programme que les grands rapaces de la finance transnationale ne pouvaient désavouer (démantèlement de la marine marchande, encouragement de la corruption, choix politique d’interdire une industrie de constructions mécaniques en dehors du monopole, rapprochement avec le géant Monsanto, choix insensé de l’exploitation du gaz de schiste, substitution de l’économie réelle par une économie super rentière d’import-import au profit d’une oligarchie restreinte et enfin rapprochement simultané avec les milieux sionistes de gauche en France et des milieux d’affaires néoconservateurs ou de droite aux Etats-Unis) et les conséquences des politiques irrationnelles d’un gouvernement paraissant très loin des véritables préoccupations d’un pays de la taille de l’Algérie. C’est sur ce terrain précis que tentera de jouer Daech ou toute force hostile. La colère ou la désillusion  des populations ont toujours été un puissant levier. D’où l’urgence de rebâtir un leadership politique capable et efficace. Ce dont manque cruellement l’Algérie.

Paradoxalement, l’Algérie est le bouclier du Maroc et de la Tunisie face à Daech tel qu’il a été conçu, c’est-à-dire en tant qu’armée non-étatique capable de capturer et de gérer des territoires pris à des Etats-Nations.  Face à cette menace, aucun pays de la zone connue sous le sigle MENA ne semble à l’abri sauf si se forment des axes de résistance telles que ceux de l’axe Damas-Téhéran-Moscou. Pour cela, il faudra transcender L’autisme et l’esprit bunkériste des pays maghrébins ou cela se fera à leurs corps défendant car le danger est désormais en vue.

 

Libye: Belmokhtar, un prétexte à un positionnement US dans la lutte entre organisations terroristes

De source très fiable, le chef de guerre et ex-contrebandier algérien Mokhtar Belmokhtar dit le borgne ou encore Mister Malrboro n’était pas dans la ferme sise à Ajdabia, à 150 kilomètres au sud de Benghazi en Libye, lors du raid aérien US visant à l’éliminer mais se trouvait à plus de 1100 kilomètres plus au Sud-Ouest.

Les sept personnes tuées lors du raids des McDonnell Douglas F-15 E Strike Eagle ne sont affiliées à aucune organisation terroriste activant en Libye ou dans la région.

C’est le gouvernement libyen de Tobrouk-reconnu par la communauté internationale, qui a annoncé la mort de Belmokhtar dans le raid américain. Plus prudent, le Pentagone a émis un communiqué où l’on peut aisément déceler que les objectifs de l’opération n’ont pas été atteintes.

Des experts militaires proches de la coalition de Fajr Libya (Aube de Libye) constituant les forces du gouvernement libyen de Tripoli-non reconnu par la communauté internationale, estiment que cette opération visait moins Belmokhtar qu’un positionnement US dans la guerre entre organisations islamistes en Libye. Plus clairement, le Pentagone aurait pris parti pour les groupes affiliés à Daech (Etat Islamique) en Libye.

Pour des experts algériens dont les propos ont été rapportés par le quotidien El-Khabar, le raid US visait moins à éliminer Belmokhtar que de transmettre un message éminement politique aux pays de la région et par dessus tout l’Algérie. Pour l’un des experts, Washington veut signifier que les Etats-Unis ont décidé d’intervenir en Libye et que Belmokhtar ne pourra être inclu dans le cadre d’une éventuelle loi d’amnistie.

En théorie, malgré son rôle de premier plan dans l’attaque terroriste du complexe gazier de Tiguentourine à Illizi, au Sud-est de l’Algérie, Belmokhtar peut toujours bénéficier des dispositions d’une loi algérienne spéciale dénommée Loi de la Concorde et de la Réconciliation à condition de cesser toute activité terroriste et de coopérer avec le gouvernement algérien. L’homme est une vraie mine d’information pour toute la sous-région.

Ancien dissident de l’ex-Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC) dans le grand Sahara dont il a été évincé suite à une lutte de leadership, Belmokhtar a fondé la brigade des « Hommes Voilés » avant qu’il modifie le nom de son groupe en « brigade des signataires par le sang ». Obsédé par les trahisons et les retournements de situation, il se rend en Libye lors de la guerre de 2011 où il noue de nombreux contacts avec les groupes radicaux et parvient à renouveler l’arsenal de son groupe. Il tente une alliance avec le groupe terroriste Ansar Al-Chariaa et évoque pour un moment un rapprochement avec Boko Haram en Afrique Occidentale.

Lors de l’émergence du phénomène de Daech en Libye, représenté surtout par Jund Al-Khilafa (Soldats du Califat), Belmokhtar s’y enthousiasme pour une brève période avant de se rétracter et de se montrer hostile à cette organisation. Lors d’une réunion de chefs terroristes tenue dans la ville de Derna en Cyrénaïque, Belmokhtar fustige Daech et qualifie cette organisation de « nouvelle trouvaille ignoble de la Juivrie mondiale afin de perdurer la Grande Fitna [la guerre civile au sein de l’ensemble du Monde Musulman] ». Ces propos lui vaudront une grave blessure par balles, infligée par des chefs terroristes affiliés à Daech.

Blessé, Belmokhtar se retire dans le grand désert et s’établit dans un endroit difficile d’accès situé dans la passe du Salvador à l’extrême Sud-Ouest Libyen où il réaffirme son allégeance à Al-Qaïda au Maghreb Islamique. Il tente entretemps de se faire rallier des milices libres et envoie des émissaires en Libye septentrionale et en Tunisie afin de conclure une union avec Ansar Al-Chariaa. Il ordonne à ses hommes de combattre Daech tout en maintenant une neutralité dans la guerre en cours entre les deux grandes puissances militaires de l’échiquier libyen.

Pour certains analystes, Belmokhtar aurait succombé à ses blessures par balles après l’altercation avec des éléments de Jund al-Khilafa à Derna.

Le Pentagone aurait-il été délibérément induit en erreur par des informateurs du gouvernement libyen de Tobrouk et une misperception de ses propres analystes au sol? Peu probable. Car même dans ce cas, il aurait eu tout le temps requis pour évaluer la situation ou le résultat du raid et y adapter une version publique en conséquence. Il aurait plutôt été tenté d’exploiter un potentiel de situation pour se positionner.

Il semble que le Pentagone ait choisi de prendre parti pour Daech en Libye contre Al-Qaïda au Maghreb Islamique. D’une manière assez étrange, les convois d’armes de Daech en Libye et le déplacement de ces véhicules n’ont pas attiré outremesure les yeux [avions de reconnaissance, drones, satellites, cartographie électronique des forces hostiles, navires d’écoute, etc.] du Pentagone ou de ses alliés de l’Otan.

Ce qui ce passe en Libye est assez intéressant dans la mesure où c’est inextricablement lié à ce qui ce passe au Sahel (de la Somalie en Mauritanie en passant par les deux Soudan), la Méditerranée et le Proche-Orient où l’on veut une autre distribution des cartes à la hussarde comme cela se passe déjà au Levant et au Moyen-Orient.

Maghreb: des groupes armés veulent utiliser des missiles balistiques tactiques SCUD B

Après que Al-Qaïda au Maghreb vient de diffuser via Twitter un communiqué démentant la mort du chef de guerre et ex-contrebandier algérien Mokhtar Belmokhtar dans une frappe aérienne menée par des McDonnell Douglas F-15 E Strike Eagle et des drones visant une très importante réunion de chefs terroristes en Libye, on apprend que des groupes armés dont ceux affiliés à Daech recherchent des instructeurs pour apprendre à utiliser efficacement des missiles balistiques SCUD B (9K72/ R300 Elbrus)

La Libye du colonel Gaddafi disposait d’un certain nombre de ces missiles balistiques tactiques d’une portée opérationnelle de 300 kilomètres. En 1986, peu après l’opération américaine ElDorado Canyon contre Tripoli, la Libye a lancé deux missiles balistiques Scud B sur une station d’écoute américaine installée sur l’île de Lampedusa (Italie) Les deux missiles se sont abattus en mer Méditerranée.

En 2011, lors de la guerre en Libye, au moins trois missiles Scud B furent tirés à partir de Tripoli et de Syrte contre les forces rebelles. L’un de ces missiles s’est abattu à Adjabia et un autre a explosé à la périphérie de la ville assiégée de Misrata. Aucun de ces missiles tactiques n’aurait atteint sa cible.

On ne sait rien du stock ou de l’état réel des missiles Scud B après la chute du régime du colonel Gaddafi mais des informations éparses et parfois contradictoires laissent croire que plusieurs milices libyennes telles que celle de Misrata ou d’Al-Zentan se seraient procurés des TEL (Rampes de lancement mobiles)

Lors de l’émergence du groupe terroriste auto-dénommé Etat Islamique en Irak et au Levant ou Daech, ses partisans ont investi Al-Riqqa, une localité syrienne stratégique, en défilant avec un missile SCUD hors état de servir.

Après la prise de l’aéroport de Syrte par Jund Al-Khilafa, un groupe armée affilié à Daech, ces derniers n’ont pas caché leur détermination à acquérir une force de frappe balistique. Leurs cibles: les localités frontalières égyptiennes mais également tunisiennes et algériennes.

Le missile SCUD à guidage inertiel est le missile balistique tactique ayant été le plus utilisé dans les conflits depuis le V-2 Allemand des années 40. D’une longueur de 11.35 m et de 0.88 m de diamètre, il utilise un propergol liquide constitué principalement d’un mélange de kérozène et d’acide nitrique. Sa version B a une portée opérationnelle de 300 kilomètres avec une marge d’erreur ciculaire de 450 mètres. Le missile peut atteindre une vitesse maximale de Mach 5 et emporte une charge conventionnelle ou non-conventionnelle de près d’une tonne.

Pour l’instant, Daech en Libye semble n’en posséder que des exemplaires non-opérationnels et même si le groupe parvient à en utiliser un ou deux de ces missiles tactiques, il reste très peu probable qu’il puisse trouver des personnes ayant l’expérience requise pour le ciblage et le guidage. Le groupe a tenté d’y remédier en sollicitant l’aide de Daech en Irak, en demandant à la maison-mère de lui dépêcher d’anciens militaires irakiens ayant participé à la guerre des villes lors de la guerre Iran-Irak (1980-1988) ou la seconde guerre du Golfe en janvier 1991 durant laquelle Saddam Hussein a lancé 39 missiles SCUD sur Israël et des cibles de la coalition internationale dans les pays du Golfe arabo-Persique. Mais le groupe n’a jamais répondu à la requête de sa filiale libyenne.

Dans le cas d’un scénario du pire, Tripoli et Benghazi demeurent les premières cibles d’un éventuel usage de missiles balistiques tactiques SCUD B par des groupes terroristes. Cependant, avec des terroristes cherchant à tout prix le coup d’éclat, on peut s’attendre à tout. Il ne faut pas oublier que des milices libyennes disposent de stocks-limités certes- mais bien réels de composants d’armes chimiques.

Voilà où a mené l’aveuglement de l’Otan en Libye: un immense vacuum sécuritaire et politique, prolifération de milices, un pillage systématique des ressources, deux gouvernements ennemis, Daech et Al-Qaida, un immense exode humain à travers la mer Méditerranée que l’Europe n’arrive plus à gérer et au final des missiles balistiques tactiques aux mains de groupes armés n’ayant rien à perdre.

Qui pourrait encore accorder un Iota de crédibilité à l’Otan après ce fiasco absolu? Personne…

Daech sera la première puissance militaire non-étatique opérationnelle au Maghreb en 2016

D’après des experts militaires, l’organisation terroriste connue sous l’acronyme arabe Daech sera la première puissance militaire non-étatique opérationnelle au Maghreb en 2016. L’organisation n’est pas encore pleinement établie en Libye où des dizaines de groupes armés locaux se sont réclamés de cette nouvelle armée de l’ombre créee de toutes pièces par des puissances afin de disposer d’un outil géostratégique au Moyen-Orient et à terme sur l’ensemble de la région centrale du monde. Le groupe le plus dangereux actuellement est celui du chef de guerre Algérien Mokhtar Belmokhtar, véritable lien nodal entre l’organisation de Boko Haram (Nigéria septentrional, Caméroun, Tchad, Niger, Mali), le groupe des Chebab somaliens (Somalie, Nord du Kenya) et les milices radicales de Derna en Cyrénaïque ainsi que les cellules alliées en Tunisie et en Algérie. Ce groupe dissident de l’ancienne Al-Qaïda au Maghreb Islamique (ex-GSPC) s’est taillé un véritable fief en Libye méridionale d’où il pouvait contrôler les principales voies de passage vers le Mali et le Niger (via la passe du Salvador), le Tchad (à travers des alliances conclues avec certaines tribus Toubou) et le Soudan. Mokhtar Belmokhtar a déclaré son allégeance à Al-Baghdadi, autoproclamé chef suprême de Daech après des années de cavale durant lesquelles il a failli être éliminé par l’armée algérienne dans le Sahara algérien avant qu’il n’échappe d’extrême justesse à un tir de missiles ‘Hellfire’ de drones d’attaque US quelque part entre la Libye et le Niger.

Daech une force militaire alternative et modulaire

Armée de l’ombre, une force mercenaire ou une milice radicale, Daech est surtout une force modulaire d’une étonnante flexibilité tactique et dont les méthodes s’assimilent moins à l’usage de moyens non-conventionnels en matière de combat asymétrique qu’à une stratégie alternative de gains territoriaux à travers notamment la propagation de la terreur au sein des populations pour les pousser à évacuer les territoires. Il n’est point étonnant de constater que la propagande et la guerre de l’information tiennent une importance particulière au sein de l’organisation et cela se traduit sur une base régulière par des démonstrations de force plus ou moins minutieusement chorégraphiées. « Frapper les esprits! » semble être le mot d’ordre de la stratégie communicationnelle de Daech et ce dernier ne cesse d’innover en la matière comme l’a illustré la terrible vidéo de l’exécution du pilote jordanien capturé en Syrie. Sur le plan tactique, Daech est loin d’être invincible comme l’ont démontré ses déboires à Kobané/Aïn Al-Arab face aux milices de protection kurde ou encore à Tikrit dans la province de Salaheddine en Irak face aux forces combinées du Corps des Gardiens de la Révolution iranienne et des milices irakiennes. En guerre contre les armées syrienne, irakienne et iranienne ainsi que contre le Hezbollah libanais, Daech compte par dessus tout sur son redoutable système crypté de communication et de gestion en temps réel du champ de bataille. Ce système livré au groupe clef en main par une puissance obsédée par la maîtrise de l’environnement du champ de bataille, s’est révélé pratiquement impossible à décrypter par les experts syriens et iraniens. Autre point fort de Daech, les SIG ou systèmes d’information géographiques, lesquels associés aux données de l’imagerie satellitaire-et pas n’importe lesquelles-lui ont donné une longueur d’avance en matière de reconnaissance du terrain à conquérir. En Irak et en Syrie, les unités de Daech connaissaient au préalable les positions ou les mouvements des troupes adverses. En Libye, le groupe est loin d’avoir les capacités dont il dispose au Levant et plus particulièrement en Irak. Même avec l’adjonction des hordes de Boko Haram et d’autres groupes armés activant au Sahel. Mais certains signes démontrent déjà l’acquisition de capacités croissantes:

#1 Capacités limitées mais avérées en matière de brouillage des télécommunications civiles et militaires; On ne sait pas encore si la filiale nord-africaine dispose ou non du système de communication utilisé par la filière mère en Syrie et en Irak mais on a connaissance de multiples tentative de brouillage et d’interception des télécommunications civiles et militaires de l’Egypte, de la Tunisie et d’Algérie méridionale par des groupes liés à Daech.

#2 Volonté affichée par l’organisation de se doter d’armes chimique ou biologiques et de capturer des éléments de vecteurs balistiques hors état de fonctionnement et de les réhabiliter; En réalité, c’est le Saint Graal de l’organisation terroriste puisque l’acquisition d’une arme non-conventionnelle à portée de main comme des gaz de combat ou des germes toxiques semble être à la tête de ses priorités. Des obus à tête chimique issus des anciens arsenaux de l’armée libyenne se sont retrouvés entre les mains de certaines milices armées en Libye. Pour les missiles balistiques, le groupe a pu capturer des missiles SCUD en très mauvais état sans pouvoir pour autant les recycler. Même si la littérature propagandiste de l’organisation évoque un tir de barrage de missiles balistiques sur Malte, la Sardaigne, la Corse, le Sud de l’Italie et …Rome! Autre caractéristique, le groupe a pu se procurer des centaines de lance-roquettes multitubes montés sur de multiples supports et des canons, ce qui en fait l’un des groupes terroristes les mieux équipés en matière d’artillerie de campagne… #3 Fortes capacités en matière de lutte antichar: Daech est indubitablement l’une des puissances militaires non-étatique disposant des plus importantes capacités en matière de lutte antichar dans le monde musulman. En Libye, les capacité des groupes affiliés rivalisent désormais avec celle d’Etats comme la Tunisie et la plupart des pays du Sahel. Outre les vieux lance-roquettes RPG7 et RPG12, l’organisation dispose de missiles antichar MILAN, KORNET, TANDEM, TOW et même JAVELIN. Si Daech dispose d’une importante artillerie anti-aérienne au Levant, incluant notamment ce qui ce fait de mieux en ce domaine, ce n’est pas encore le cas en Libye où il n’a pu avoir que des vieux canons anti-aériens de 12.7, 20 et 30 mm de fabrication soviétique.

#4 Tentatives de création de cyber-unités spécialisées dans le piratage informatique; C’est un volet dans lequel Daech excelle et il l’a démontré à plusieurs reprises en croisant le fer avec les redoutables unités de cyber-guerre de l’armée syrienne.

#5 Tentatives de se doter d’une aviation de combat ou le cas échéant de former des escadrilles de chasseurs-bombardiers suicide; En Libye le groupe ne semble disposer que d’un Alphajet dont on connait pas l’état, un Mikoyan-Gurevitch Mig-23 MS, deux ou trois Mikoyan-Gurevitch Mig-21 et un Mirage F1 en très mauvais état. Des informations crédibles font état d’un contact établi par des groupes radicaux en Libye et en Irak d’un côté et avec l’Ukraine d’un autre pour l’envoi d’instructeurs pour la formation de pilotes.

#6 Effectifs: Si Daech dans son ensemble semble disposer entre 18 000 et 35 000 hommes, voire 50 000 hommes, on dispose de très peu d’informations sur les effectifs réels des groupes armés ayant prété allégeance à Daech en Afrique du Nord et au Sahel. Mais ce qui est certain est que ce le nombre de recrues est en hausse constante depuis des mois. Le niveau d’insatisfaction au sein de certains segments des populations en Egypte, en Algérie, au Maroc, en Tunisie et en Libye ainsi qu’en Afrique et en Europe est tel que Daech ne semble avoir aucun problème à court et moyen terme avec le recrutement. Cela sans compter les sympathies pour Daech du Maroc jusqu’aux rivage du Golfe arabo-persique. Car si le phénomène est nouveau, il ne cesse de fasciner des millions de jeunes désoeuvrés sans aucun repère d’aucune sorte et livrés à eux-mêmes dans des pays ravagés par l’impact d’une mondialisation oubliée en tant que concept mais dont les effets ont été terribles.

#7 Des moyens de financement de plus en plus complexes et opaques: basé initialement sur la vente de pétrole de contrebande au marché noir à des clients plus ou moins liés à l’Otan, Daech a su diversifier ses sources de revenus hors de l’aide financière colossale à ce niveau reçu de certains pays. Trafic de l’héroïne en Afghanistan, trafic de stupéfiants et d’armes au Sahel, partage des zones rentières en Libye et plus précisément les zones de production en hydrocarbures. Malgré des restrictions sévères en matière de circulation monétaire, les groupes armés semblent s’appuyer sur des micro-économies parallèles ou souterraines.

#8 Armement et équipement du combattant individuel en constante évolution: Hélas, ce constat est réel et si la tendance continue à ce rythme, on assistera très bientôt à une armée fantôme dont les combattants seraient pour le moins mieux équipés que la plupart des fantassins des armées régulières de la région. C’est le cas déjà pour plusieurs grands pays d’Afrique du Nord comme l’Egypte ou l’Algérie dont les fantassins sont très pauvrement équipés et manquent singulièrement de motivation.

En conclusion, ce présent billet n’a pas pour objet de surestimer les capacités d’une organisation terroriste d’un nouveau genre, dont les méthodes barbares et la violence provoquent l’outrage de n’importe quel observateur mais de rappeler la montée en puissance de la menace. Une menace certes créee de toutes pièces à d’autres fins mais qui a néanmoins muté. Qui aurait cru ( à part Gaddafi) qu’une organisation terroriste doté d’un armement assez conséquent aurait le contrôle de certaines portions du rivage méditerranéen en face de l’Europe du Sud il y a cinq ans? Et qui aurait cru en Afrique du Nord que les flancs de l’Algérie et de l’Egypte seraient menacés par une armée fantôme? Quid encore de Boko Haram en Afrique occidentale? Le monde change à un rythme endiablé. Le jeu continue!

IS Propic

Une deuxième corvette C28A chinoise pour la marine algérienne

Photographie originaire du site top81.cn,  démontrant le lancement de la seconde corvette C28A par le chantier naval chinois de Hudong-Chonghua en date du 06 février 2015
Photographies originaires du site top81.cn, montrant le lancement de la seconde corvette C28A par le chantier naval chinois de Hudong-Chonghua en date du 06 février 2015. Ce petit bâtiment de surface n’est pas ce qui ce fait de mieux dans le domaine mais est facile à opérer et à maintenir. 

C28A1

Les sanctions économiques contre la Russie portent leurs fruits

Effectivement, les sanctions prisent par l’occident à l’encontre de l’Ours russe commencent à devenir tangibles… mais en Europe. Et plus précisément à l’OTAN.

Le 24 novembre a eu lieu, à la Hague aux Pays-Bas, la soixantième session plénière de l’assemblée parlementaire de l’OTAN; à cette occasion, le secrétaire général – Jens Stoltenberg – a fait un discourt portant sur la cheville ouvrière de cette organisation: l’argent.

Selon lui, il existe trois priorités:
1-Garder l’OTAN fort comme une alliance politique et militaire.
2-Travailler avec nos partenaires pour apporter plus de stabilité à cette région.
3-Et garder le lien, solide comme le roc, entre l’Europe et l’Amérique du Nord.

Toujours d’après lui, chacune de ces priorités exige des ressources financières, soutenues par une volonté politique. Mais sans eux, il ne peut y avoir de sécurité, pas de prospérité, ni de liberté. Donc, une seule solution: des sous! Mais pas qu’un peu, non, plein de sous, comme s’il en pleuvait. Car pour que l’OTAN soit opérationnel face aux menaces (à ce titre le secrétaire n’en voit que deux: l’Est ou le sud (Afrique du Nord et Moyen-Orient)) il faudrait que chaque pays membre fasse augmenter son budget de la Défense à 2% de son PIB! Rien que ça!

Pas certain que tous les citoyens soient heureux de savoir que les ministères de la Défense se taillent la part du lion. Mais d’après Jens Stoltenberg, ceci est réalisable; la preuve quatre membres ont déjà atteint cet objectif: les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la Grèce et l’Estonie.
En fait, ce qui lui met les nerfs à vif, c’est que la Russie a augmenté ses dépenses militaires de 50% en cinq ans, alors que dans le même temps les dépenses totales de défense de l’OTAN ont baissé de vingt pour cent.

Bref, c’est bien beau de vouloir à tout prix se trouver un ennemi juré (même si l’actuel à un air de déjà vu), mais encore faut-il s’en donner les moyens. Heureusement le VIP de luxe et accessoirement secrétaire général de l’OTAN est là pour veiller au grain. Au fond, je m’inquièterai vraiment du rôle de l’OTAN lorsque le secrétaire général sera issu des rangs de l’armée…

Maghreb: la menace de Daesh se précise

Selon des informations publiques et émanant de la fort douteuse sphère électronique du terrorisme islamiste, des groupes terroristes maghrébins en rupture de ban avec l’AQMI (Al-Qaïda au Maghreb Islamique) se seraient fédérés en Libye pour former une nouvelle organisation baptisée Djund Al-Khilafa ou les Soldats du Califat. Cette nouvelle organisation terroriste a rejeté toute forme d’allégance à Al-Qaïda Inc. et à son chef, l’égyptien Ayman Zawahri, qu’elle ne reconnaît plus mais a prếté allégeance à l’Etat Islamique d’Irak et du Levant (Daech) et à son chef présumé, Abou Bakr Al-Baghdadi, autoproclamé Calife.

Parmi les groupes ayant rejoint cette nouvelle entité terroriste dont on ne connait pas les effectifs réels ou la force de frappe, figure le groupe terroriste du chef de guerre algérien Mokhtar Belmokhtar alias le borgne. Ce dernier aurait été blessé par balle il y a peu de temps lors d’une altercation avec l’un des chefs du Groupe terroriste combattant libyen dans la ville de Derna en Cyrénaïque où il assistait à une réunion visant à trancher la question de l’allégeance à Daech. Cela démontre le degré de divergeance que cette question a suscité au sein de la nébuleuse terroriste.

Cette nouvelle organisation terroriste est-elle le précurseur d’une filiale de Daech au Maghreb? Tout porte à le croire pour l’instant. Depuis des mois, des centaines de combattants de retour de Syrie ou d’Irak ont élu domicile en Libye où l’Etat central n’existe plus et l’anarchie est quasiment totale.

La déterioration de la situation en Libye a contraint des milliers de travailleurs expatriés du Bangladesh, d’Egypte et des Philippines à déferler sur les frontières de l’Algérie et de la Tunisie, faisant craindre à ces deux pays une éventuelle inflitration terroriste.

D’après la littérature de l’Etat Islamique en Irak et au Levant, la filiale de Daech au Maghreb compte s’implanter en Cyrénaïque où elle pourrait mener des raids en Egypte occidentale mais également au Sud-est de l’Algérie où elle sera à portée des gisements d’hydrocarbures algériens. La Tunisie demeure le maillon le plus faible. Des milliers de combattants tunisiens revenus de Syrie via la Turquie ou la Jordanie, seraient prêts à rejoindre cette organisation terroriste.

Les pays d’Afrique du Nord prennent la menace très au sérieux et certains d’entre-eux comme l’Algérie se demandent si cette soudaine prolifération terroriste dans la région ne vise pas à les entraîner dans des conflits crées par les erreurs politiques d’autres puissances et dans lesquels ils n’ont rien à gagner.

Daesh est le nouvel épouvantail de l’empire. C’est un outil à des fins d’hégémonie. Pas étonnant dès lors de voir l’activité terroriste croître de manière exponentielle depuis la création de ce concept en 2001. C’est une industrie comme les autres et ça rapporte.

Afrique du Nord: une guerre imminente?

L’assassinat du chef des services de renseignement libyens à Benghazi  et les préparatifs US de frappes aériennes en Libye font craindre le pire aux pays de la région, d’autant plus cela coincide avec le retour en Tunisie de centaines de volontaires de Syrie et le retour en force des groupes terroristes au Nord-Mali.

Pour l’instant il ne fait pas l’ombre d’un doute que la Libye sera la prochaine cibles des missiles US.

La présence en Libye de l’égyptien Al-Zawahiry, chef autoproclamé de la nébuleuse dénommée Al-Qaïda en Libye mais également celle du chef de guerre algérien Belmokhtar qui se serait taillé un véritable Etat au Sud de la Libye inquiètent au plus haut point l’Algérie, l’Egypte et la Tunisie.

Des centaines de camps d’entraînement clandestins dirigées par des milices et des groupes terroristes existent actuellement en Libye. Si certains étaient destinés à fournir la rébellion syrienne de combattants, d’autres  servent à préparer la conquête du pouvoir en Libye même.

A Alger et au Caire, on estime que la guerre qui se prépare en Libye suite à une intervention US sera très longue et risque d’avoir de sérieuses conséquences sur la Tunisie dont la sécurité doit être préservée à tout prix. Ce n’est pas un hasard si l’Algérie vient d’accorder une importante aide économique à Tunis.

Libye: le chaos se propage

Il est pour le moins déconcertant de constater le mutisme total dont font preuve les médias occidentaux et Arabes sur la véritable guerre qui se déroule en ce moment en Libye où le chaos ne cesse de se propager.

Des villes sont assiégées, des convois officiels sont attaqués à la roquette et des infrastructures sont pilonnées à coups d’obus tandis que les autorités « centrales » (en réalité le pouvoir libyen s’est fractionnés autour de trois pôles) annoncent en grande pompe au monde entier que la Libye s’est débarrassée de la totalité de son arsenal chimique. Legs de la période du colonel Gaddafi.

Comme un mensonge n’est jamais trop gros en Libye, le jour même une milice du Sud-Ouest usa de deux obus de mortier chargés d’une substance chimique contre une milice rivale pour le contrôle d’un point d’eau…

En réalité, les obus chimiques pillés des arsenaux militaires de l’ex-Jamahirya ont fini entre les mains de deux puissantes milices en Libye: celles de Zenten, contrôlant un vaste territoire en Tripiolitaine et celle de ce que l’on serait forcé d’appeler la République armée de Misrata à mi-chemin entre Tripoli et Syrte. Les deux puissances rivales de l’échiquier libyen  n’ont pas hésité un instant à utiliser ces armes contre leurs adversaires. Fort mal toutefois.  Sans susciter la moindre réaction internationale.

Plus au Sud, le gouvernement libyen fait croire à une révolte des anciens partisans du colonel Gaddafi et dont le meneur ne serait autre que Moatassim Gaddafi, l’un des fils rescapés du Guide, réfugié au Niger. Sur le terrain, les combats et les coups de main se sont multipliés ces deux derniers mois. Les colonnes de Misrata, que Tripoli considère sous les ordres du ministère libyen de la Défense, se sont déplacées à Sebha mais craignant une reprise des hostilités avec les puissantes tribus Warflla massées autour de la ville de Bani Walid, la seule encore en Libye qui arbore le drapeau vert de l’ex-régime, ils ont voulu déléguer cette basse oeuvre au Zenten, lesquels ont catégoriquement refusé toute tutelle autre que leur conseil tribal.

Signe du chaos déferlant sur la Libye: une rumeur selon laquelle l’Egypte du général Abdelfattah Al-Sissi, grand pourfendeur des Frères Musulmans, a entrainé et armé les pro-Gaddafistes a été derrière l’attaque des locaux diplomatiques et des intérêts égyptiens dans le pays.

A l’Est, deux acteurs se partagent la vedette: Al-Qaïda et les compagnies privées spécialisées dans la sécurité, dont Academi mais également des compagnies européennes. Enjeu: les installations pétrolières. Derna, la capitale des kamikazes d’Al-Qaïda nouvelle vague dans le monde sera de plus en plus un des lieux d’affrontements entre les différents acteurs de la politique sanglante qui se joue en Libye.

Enfin, la Libye abrite officieusement et semi-officiellement des dizaines de camps de recrutement et d’entrainement destinés à tous ceux qui désirent se rendre en Syrie via la Turquie pour se joindre à la grande cause ou plutôt à la guerre sainte de l’Otan et de la Maison des Saoud contre le pouvoir séculier de Bashar Al-Assad, qualifié d’apostat. Cependant, depuis quelques mois, malgré la prime de 8000 euros offerte à chaque volontaire, on se bouscule plus devant ces camps comme ce fut le cas jusqu’en septembre 2013.Il est vrai que le nombre de combattants portés disparus en Syrie n’est pas loin d’égaler le nombre des nouvelles recrues…

La Libye de 2014 semble dans le chaos. Un chaos qui ne menace pas seulement  le flanc occidental d’une Egypte amoindrie dans ses conflits politiques et ses difficultés économiques, mais surtout la Tunisie, le flanc Sud-oriental de l’Algérie et le Niger. Ce n’est pas pour rien que le Niger a appelé la communauté internationale à intervenir en Libye méridionale (ce que cette « communauté internationale » fait déjà sous couvert) et que l’Algérie a concentré sur ses frontières avec la Libye des hélicoptères d’attaque au sol et des chasseurs-bombardier Sukhoi Su-30 MKA.

A Washington, l’affaire ou plus précisément le scandale de Benghazi est mis en sourdine, pour éviter de porter préjudice à la candidature de Hillary Clinton aux prochaines présidentielles US. Cependant, des forces spéciales US ont opéré et opèrent encore de façon ponctuelles dans certains endroits en Libye. Tant que le pétrole libyen est sous séquestre, inutile de rameuter les médias et les organisations de défense des droits humains…Circulez! Il n’y a rien à voir!

Le dénommé Bernard-Henry Lévy, autoproclamé philosophe d’opérette et muse patentée de la politique étrangère de Nicholas Sarkozy en 2011 devrait faire un tour en Libye en ce moment. Pas sûr qu’il puisse en revenir en un seul morceau…

Le CAR 816 en remplacement du Modèle 89-1 pour l’armée algérienne, une option sérieuse?

Car 816 du constructeur émirati Caracal, basé sur le fusil d'assaut US M4/AR15 sera t-il le remplaçant du Modèle 89 au sein de l'armée algérienne?
Car 816 du constructeur émirati Caracal, basé sur le fusil d’assaut US M4/AR15 sera t-il le remplaçant du Modèle 89-1 au sein de certaines unités de  l’armée algérienne?

Il semble que certaines unités de l’armée algérienne vont bénéficier d’un nouvel fusil d’assaut, lequel ne remplacera pas totalement  les modèles 89 et 89-1 fabriqués localement.

Rien n’est encore sûr mais des informations tentent de faire croire que le fusil d’assaut de Caracal (UAE), le CAR 816, basé sur le M4/AR15 US et ressemblant au HK 416, dispose de chances sérieuses, vu les relations privilégiées qu’entretient le Président algérien avec les Émirats Arabes Unis.

Caracal Algérie, une filiale du constructeur émirati en Algérie a commencé à produire un pistolet semi-automatique de cette marque  en Algérie (50 000 unités/an à terme). Mais des divergences d’intérêts ont poussé le partenaire émirati à se retirer de la joint-venture. Ce qui a conduit les algériens a annoncer qu’ils vont poursuivre seuls la production de ce pistolet de calibre 9mm ayant connu un problème technique sérieux. Des officiels algériens ont rejeté les critiques et ont annoncé que cette arme a commencé à être en dotation auprès de certaines unités paramilitaires.

Le choix d’un fusil comme le CAR 816 n’est pas facile pour un pays comme l’Algérie, attaché au calibre 7.62 mm. Car cela devoir impliquer un passage au standard Otan 5.56X45 mm. A moins d’adapter ce fusil aux munitions algériennes. Ce qui reste peu probable.

D’autres fusils d’assaut avaient retenu l’attention des algériens avant le Caracal CAR 816: il s’agit du fusil serbe SR88A et du bullpup ST KINETICS SAR21 de Singapour.

L’Algérie, un futur paradis du gaz de schiste?

Le gouvernement algérien mise lourdement sur l’exploitation du gaz de schiste pour maintenir sa production d’énergie fossile d’ici 2050. C’est du moins ce nous retenons des déclarations d’Alnaft, une agence gouvernementale, selon lesquelles l’Algérie compte mobiliser 300 milliards de dollars USD d’ici 2050 pour maintenir un niveau de production suffisant à la sécurité économique du pays.
En code clair, outre le fait que l’Algérie a définitivement opté pour le gaz de schiste en offrant un immense marché (ou carrément un nouvel Eldorado) aux multinationales en ce domaine, il ne fait plus aucun doute que les bassins actuels de production de pétrole, plus précisément celui de Hassi Messaoud,  sont en déplétion. 
Alger tente donc d’amortir ou de retarder le fameux jour où ses réserves d’hydrocarbures ne suffiront plus à alimenter ses recettes.  Un scénario du pire redouté des deux côtés de la Méditerranée.

Libye: Ali Zeidan demande une opération internationale de police pour rétablir la production pétrolière

Débordé par une situation chaotique dans tous les sens du terme, le Premier ministre Ali Zeidan en est arrivé à demander une opération internationale de police afin de protéger les installations pétrolières de la « Libye utile ».

C’est à David Cameron, Premier ministre de Sa Majesté britannique que cette supplique a été adressée. Ex-agent de la CIA, Ali Zeidan est loin d’être un novice en matière de coups fourrés.  Sa proximité avec des multinationales comme ExxonMobil aura été un facteur déterminant dans le choix de faire appel à une armée de contractors privés pour tenter de contrer les déprédations des milices armées semant le chaos à travers l’ensemble de la Libye. Précision de taille: cette opération de police aura comme objectif prioritaire de dégager les sites de production et les terminaux pétroliers, pris d’assaut par des milices.

De 1600000 barils/jour avant la guerre, la production libyenne de pétrole est tombée en dessous des 225000 barils/jours.  La baisse des revenus s’est faite cruellement ressentir dans un pays dépendant à 98% de la manne pétrolière. D’autant plus que la Libye actuelle n’a  pu rapatrier le moindre dollar des immenses avoirs libyens déposés à l’étranger, dont des comptes en Europe. Personne ne sait ce qu’il est advenu de ces fonds estimés à plus de 180 milliards de dollars US.

Pis, une partie du  sud de la Libye est de facto indépendant et est sous le contrôle d’un chef de guerre Algérien. Le fameux Mokhtar BelMokhtar dit le borgne.

Ali Zeidan qui a qualifié le soutien militaire massif de son pays à la rébellion syrienne d’insigne honneur, n’a sans doute pas fait le lien entre les préparatifs de guerre des USA et de l’Otan en Syrie et l’impossibilité d’une intervention de l’Otan en Libye.  Tout au plus, le Premier ministre britannique l’aurait remercié pour cet avis d’appel d’offres qui suscitera sans aucun doute l’intérêt d’ACADEMI (ex-X, plus anciennement connu sous le sigle de Blackwater) et de ses homologues britanniques. Business as usual…

Algérie 2013: sortir du piège du capitalisme mondialisé? Par Bruno Drewski

Qui parmi les progressistes ne se souvient pas de la fière Algérie des années 1960-1970 et du discours à l’ONU de son ministre des Affaires étrangères, Abdelaziz Bouteflika, aujourd’hui Président de cette République en principe toujours « démocratique et populaire » ? Une Algérie qui prônait à l’époque le non alignement, le socialisme, le panafricanisme, le panarabisme, un islam progressiste, le droit au développement et la lutte pour la création d’un nouvel ordre économique mondial. Une Algérie qui soutenait partout sur la planète les luttes de libération au point de devenir un pays d’asile de nombreux révolutionnaires pourchassés ?

Aujourd’hui cependant, après les scandales de corruption Sonatrach1 I, c’est le scandale Sonatrach II qui défraie les chroniques, un scandale aux multiples ramifications « mondialisées » : Algérie, Italie, Canada, Singapour, Hong Kong, Liban, Panama, Suisse, et, last but not least, USA, sans oublier bien sûr la France, toujours présente cinquante ans après l’indépendance, dès qu’il est question d’Algérie.  Recul incontestable qui ne veut pas dire que rien n’a été acquis par les Algériens depuis l’indépendance, mais qui rappelle que le combat pour la souveraineté réelle des Etats et des peuples commence seulement au moment où ils acquièrent leur indépendance formelle qui n’est qu’un premier pas sur le chemin de leur liberté et d’une coopération possible entre peuples égaux en droit. Et qui prouve qu’une Révolution peut être menée à moitié, ouvrant ainsi la porte au reflux. Reflux qui exigera des historiens de réfléchir sur ses causes profondes et sur ses bases sociales.

Aujourd’hui, alors que l’Etat algérien vient de mettre en place un vaste programme de construction de parcs industriels, la presse algérienne rappelle que c’est le premier acte allant dans le sens d’une réindustrialisation du pays décidée par un gouvernement algérien depuis les années 1970, depuis les années de socialisme donc. Politique d’Etat qui, à l’époque, avait vu la naissance d’une ébauche de tissu industriel national, laissé en grande partie à l’abandon et au pillage dans les années de « libéralisation » …et de terreur, après la mort de Boumedienne et la montée au pouvoir de Chadli, les manifestations de 1988 et le « printemps » (déjà !) d’Alger qui s’en est suivi. « Printemps » qui déboucha sur une libéralisation échevelée, sur le retour des « Afghans », Algériens formés au Pakistan dans des camps créés sous l’égide de la CIA et qui aboutit à la création d’un islamo-takfirisme d’importation avec, en finale, un coup de force militaire qui allait entraîner une décennie de quasi-guerre civile …décennie de terreur aveugle et en apparence incompréhensible qui facilita, entre autre, le pillage des biens publics en détournant les regards du peuple de la défense de ses intérêts économiques et de ceux de son Etat.

Retours en arrière

Pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui en Algérie, Etat représentant un enjeu essentiel pour l’avenir de toute l’Afrique, il faut d’abord rappeler à quel point ce pays tenace malgré toutes ses dérives se trouve situé par la force des choses dans l’oeil du cyclone. Il nous faut d’abord revenir un peu en arrière. A l’indépendance, le pays était exsangue, l’Etat était quasi inexistant et l’armée n’était encore qu’un regroupement de guérillas plus ou moins fatiguées et plus ou moins contrôlées par la direction d’un Front de libération nationale établie en partie à l’extérieur des frontières. Il faudra, par-dessus les graves divergences de départ, toute la mobilisation et la poigne de fer des dirigeants des deux premières décennies d’indépendance pour construire une administration et lancer le pays dans une politique volontariste de développement.

Il faut aussi se rappeler que, dans les derniers moments de la guerre d’Algérie, des militaires français d’origine algérienne avaient fait défection pour rejoindre l’Armée de libération nationale.

Opportunisme de la vingt-cinquième heure ou envoi en service commandé de la part de la puissance coloniale qui n’avait pas l’intention de quitter tout à fait le pays ? Nous n’avons pas encore la réponse exacte à cette question mais un faisceau d’indices semble montrer que, dès l’indépendance, le ver était dans le fruit. Et que la poigne d’un Boumedienne sut retarder l’échéance en créant une cohésion nationale qui allait résister malgré tout à la débâcle des années 1980/1990. Car en 1962, pour construire une armée moderne, les dirigeants de l’Algérie indépendante ne pouvaient se passer du savoir-faire de militaires de carrière formés par la force des choses dans l’armée française, et ils ne pouvaient pas non plus se passer des conseillers techniques français chargés encore après 1962 de « préparer » le pays à l’indépendance et de former ses futurs cadres. Car la France avait laissé comme héritage à l’Algérie quasi-entièrement alphabétisée en arabe de 1830 un analphabétisme massif dû au saccage systématique de ses écoles traditionnelles et à son remplacement par un système scolaire chétif chargé de former une très mince couche « d’indigènes » alphabétisés dans la seule langue du colonisateur. Pour ces raisons, Alger dut bien tolérer encore quelques années sur son sol la présence de bases militaires françaises et la poursuite d’essais atomiques …dont des Algériens paient encore aujourd’hui l’œuvre de mort dans le silence assourdissant des médias. Avec ces contraintes et pour imposer néanmoins son indépendance, l’Algérie contrebalança cette présence à la fois indispensable et envahissante par celle de conseillers venus du tout le camp socialiste et par l’imposition de méthodes dictatoriales qui neutralisèrent les vélléités des agents potentiels de la « Françafrique » au sein de l’Etat et de l’armée.

Est-ce un hasard si, à la mort (certains parlent d’assassinat …) du président Houari Boumedienne, plusieurs chefs militaires issus de l’armée française et ayant tardivement rejoint l’Armée de libération nationale parvinrent à acquérir une influence notable dans les rouages de l’Etat ? Et si, à la même période, l’Algérie renonça à son « orientation socialiste » et à poursuivre le rôle mobilisateur qu’elle jouait au sein du « Front du refus » face au sionisme et à l’impérialisme ?

Quoiqu’il en soit, la pente inaugurée au début des années 1980 devint vite une glissade abrupte lorsque, après avoir réprimé dans le sang les manifestants de 1988 qui protestaient contre des pénuries et des hausses de prix venues à point nommé pour justifier la fuite en avant généralisée de l’Etat dans une libéralisation tout azimut, économique d’abord, accompagnée ensuite très vite du lancement d’un pluripartisme intégral aussi soudain qu’irresponsable. Qui eut surtout pour effet d’éliminer à la fois les tenants du socialisme au sein des instances de l’Etat et les tenants d’une « réislamisation culturelle » de la société qui s’opérait à l’ombre de l’Etat et dans l’esprit d’un islam d’ouverture. Au profit des « afghans », intégristes takfiristes purs et durs revenus des champs de bataille d’Afghanistan et des camps d’entraînement de la CIA au Pakistan. Ceux-ci lancèrent soudainement la création du Front islamique de Salut qui lança une campagne virulente de démagogie contre le régime, contre les partis laïcs mais aussi contre les réislamisateurs modérés. Ce parti champignon bénéficia des subsides venus des pétromonarchies conservatrices2 et, au moins au début, de complaisances de la part de certains cadres de l’Etat, jouant sur la rivalité « laïcs/intégristes » où les deux camps étaient en fait, explicitement ou implicitement pro-occidentaux et opposés au socialisme, dans un climat délétère provoqué par les premiers scandales de corruption massive où l’on ne posait plus la question du développement autocentré, de la solidarité effective avec les mouvements de libération du tiers-monde et du contrôle social des moyens de production et d’échange. Où la privatisation faisait désormais consensus entre les « démocrates », les « islamistes », plusieurs généraux en cour et des affairistes de tous bords. L’idéologie illusoire du petit propriétaire se répandit d’autant plus facilement dans cette société qu’elle avait été tenue à l’abri des effets réels du capitalisme depuis deux décennies et qu’elle n’avait en conséquence pas bien pu prévoir ni le piège de l’endettement ni la mondialisation du capitalisme avec ses effets délétères sur toutes les économies nationales indépendantes. Il suffisait pourtant de regarder dans les pays voisins pour savoir ce que le capitalisme réel offrait à un pays du tiers monde.

Et l’Algérie de Chadli sur laquelle se refermait le piège de l’endettement manipulé par le biais de la fixation des prix mondiaux des matières premières, laissa ses frontières ouvertes aux importations massives de biens de consommation sans lendemain, assurant par le fait même l’enrichissement accéléré d’une bourgeoisie commerçante compradore qui s’appuyait sur les désirs de consommation désormais effrénée d’une masse d’Algériens frustrés jusque là par des années de contrôle socialiste des pénuries et de distribution plus ou moins égalitaire des biens que le pays pouvait se payer sans renoncer pour autant à investir priotiraiement dans son développement. Ce qui eut aussi pour effet de drainer vers l’extérieur les richesses accumulées en Algérie au cours du quart de siècle d’indépendance. Années au cours desquelles la main de fer de l’Etat avait déjà réprimé les premières tentatives de détournement des biens publics de la part de fonctionnaires parvenus sans conscience. Nouvelle bourgeoisie née souvent de réseaux incestueux avec les centres de pouvoir de l’Etat et l’armée, liée souvent aux élites « francophones » et généralement francophiles aussi, et de ce que l’on allait commencer à appeler en Algérie « l’Etat profond », au sein duquel se concentrent les privilégiés sans scrupules selons les uns, les défenseurs d’un minimum de continuité d’un Etat en déliquescence selon d’autres. « Système » dont il est difficile de mesurer l’ampleur et les limites, en particulier depuis les politiques « d’ouverture » qui ont multiplié les possibilités de liens individuels avec les puissances capitalistes, et en conséquence, les possibilités de corruption.

Le basculement vers la corruption du grand marché mondialisé

Citons comme exemple révélateur de ces métamorphoses, le cas d’Abdelhamid Temmar, poursuivi en 1975 dans une affaire de corruption alors qu’il dirigeait une entreprise publique de fabrication de papier …dont on retrouve aujourd’hui le nom à l’occasion du scandale actuel de Sonatrach. Cet homme fait partie de ce qu’on appelle le « clan des Oujdiens »3 qui défrait aujourd’hui la chronique. Promu, on n’ose trop comprendre pourquoi vu son passif, « ministre des privatisations », c’est lui qui organisa le bradage des entreprises publiques algériennes qui étaient rentables et qui n’auraient donc jamais dûes être privatisées mais qui furent néanmoins vendues

Dans des marchés conclus de gré à gré, comme par exemple, l’usine de jus d’abricots N’gaous, l’hôtel de luxe Riyadh et des dizaines d’autres sociétés. On estime que toutes ces privatisations ont rapporté au trésor public algérien moins d’un milliard de dollars US alors que les économistes évaluent aujourd’hui à plusieurs milliards la valeur réelle des biens vendus.

La décennie noire a facilité en fait la confiscation de beaucoup de biens publics au profit de personnages de l’ombre alors que la population, terrorisée par les égorgements de masse, de femmes et d’enfants en particulier, se terrait dans la peur et n’avait pas la force ou même le temps ne serait-ce que d’observer le pillage des biens publics, des machines, des usines, des équipements, des biens immobiliers. Terrorisme de masse venu donc au bon moment pour les pilleurs, les bradeurs et les destructeurs des restes de l’Etat socialiste. Terrorisme qui, comme par hasard, n’a presque jamais visé aucun Etat arabe conservateur aligné sur les puissances impérialistes malgré la masse des problèmes sociaux qu’on y rencontre4. Temmar fait partie du clan5 qui défrait les chroniques actuelles en remontant jusqu’à l’ex-ministre de l’énergie et des mines algérien, Chakib Khelil. Un clan pour lequel un journaliste algérien, Tayeb Belghiche, pose la question « Au delà même de la prédation, l’on s’interroge si cet homme et son « clan », pour reprendre les termes utilisés par Chakib Khelil, n’ont pas délibérément gangrené le pays afin de l’affaiblir et d’en faire une proie facile pour ses ennemis. Dans ce cas, on serait bel et bien dans une affaire de haute trahison planifiée et orchestrée dans d’autres officines. Car ce « clan » n’a aucune attache avec l’Algérie. D’ailleurs, Temmar criait toujours sa volonté de se faire enterrer à New York… » (El Watan 07/08/2013). Opinion qui rejoint celle sur les graves menaces extérieures pesant sur l’Algérie qu’on peut entendre aussi bien dans les milieux de la gauche sociale et anti-impérialiste algérienne, en particulier dans la bouche de Luiza Hanoune, députée et dirigeante du Parti des travailleurs, que chez des nationalistes et chez certains islamistes lucides qui ne sont pas tous passés avec armes et bagages au service des pétromonarchies corrompues et de leurs intérêts privés.

De Temmar passons aux têtes de l’affaire Sonatrach II. L’ex-ministre Khelil qui, en plus d’être citoyen algérien est aussi semble-t-il citoyen des USA, est sans conteste le grand responsable de la dilapidation du pétrole algérien. Il a même tenté avec constance jusqu’à sa chute toute récente de vendre tout le sous-sol algérien à des intérêts basés aux USA. En fuite dans sa patrie d’adoption, il est désormais l’accusé n°1 dans l’affaire Sonatrach II. Il fut inamovible pendant la décennie écoulée au cours de laquelle son arrogance à l’égard de ses collègues du gouvernement démontrait qu’il se croyait au-dessus de tout, ne devant sans doute à ses yeux rendre de compte qu’à sa seconde patrie d’outre-atlantique.

Mondialisation oblige, c’est par le biais d’un triple citoyen, algérien, français, canadien, résidant à Dubaï, Farid Bedjaoui, que, via l’Italie, le scandale a été ébruité. C’est en effet le Corriere della Serra qui vient de révéler que cet ex-bras droit et homme des contacts périlleux de Chakib Khelil, ayant été soumis à une enquête au cours de laquelle il n’a pas bénéficié du soutien des autres membres de son « clan », a finalement décidé de faire des révélations en remontant jusqu’à l’ex-ministre tout puissant. La société Saipem, filiale du groupe pétrolier italien ENI, est soupçonnée d’avoir versé des pots-de-vin à des cadres supérieurs de la Sonatrach pour obtenir des contrats d’une valeur totale de 8 milliards de d’euros. Ce qui a entraîné en Italie la démission puis l’arrestation de Pietro Varone, l’ex-PDG de Saipem. L’argent de la corruption passait sur des comptes basés à Hong Kong, à Singapour, au Liban et à Panama. Comptes dont Farid Bedjaoui était le propriétaire, en tant qu’agent indispensable de la corruption dont profitait tout un réseau, avec apparemment à son sommet l’ex-ministre. Aujourd’hui, c’est cinq mandats d’arrêt internationaux qui ont été émis par Alger contre des acolytes de Farid Bedjaoui, eux aussi des Algériens possédant des doubles citoyennetés, ce qui les rend difficilement extradables. L’enquête menée en Italie semble avoir forcé à éclaircir les choses en Algérie. La première affaire Sonatrach avait néanmoins éclaté en 2009 suite à des enquêtes menées par la sécurité d’Etat algérienne, le Département de la Recherche et de la Sécurité, le fameux DRS, et qui avait abouti alors à l’arrestation de plusieurs cadres supérieurs parmi lesquels Mohamed Meziane, l’ex-PDG de Sonatrach, que le ministre Khelil avait longtemps cherché à défendre.

Farid Bedjaoui est également poursuivi au Canada pour avoir récolté des pots-de-vin permettant à une entreprise canadienne de gagner des parts de marché en Algérie. Son clan, dont il était le promoteur attitré, possédait également des avoirs importants aux USA. Une équipe du FBI a mené une enquête sur ce réseau à Alger fin 2012 début 2013. On est étonné de constater à quel point les agents objectifs algériens d’intérêts étrangers ont pu croire dans le soutien inébranlable de leur parrain d’outre-Atlantique alors que la liste est longue des anciens dictateurs, militaires, affairistes de tous bords qui furent trahis par Washington, quand ils ne furent pas assassinés, dès lors qu’ils avaient cessé d’être utiles ou qu’ils commençaient à gêner la superpuissance à « la destinée manifeste ». Visiblement, les cours d’histoire n’ont pas été mieux assimilés par les affairistes algériens que par leurs alter ego des autres pays visés par l’impérialisme ! Ils auraient dû lire Macchiavel et pas seulement les cours de la bourse. Ces affairistes ont également négligé un autre aspect des choses, tant ils étaient habitués à n’avoir aucun compte à rendre à leurs compatriotes qu’ils considèrent avec leur arrogance de parvenus. C’est qu’il existe encore dans les démocraties occidentales, et malgré leur délitement très profond, non seulement des militants politiques mais également des fonctionnaires des appareils de justice ou de police qui croient toujours dans les obligations morales d’un système qui s’effondre pourtant aujourd’hui par pans entiers. Car il est contrôlé en définitive par une haute finance supranationale qui, elle, ne rend de compte à personne, ni à aucun peuple ni à ses propres agents d’influence et d’extorsion qui sont rétribués à la tache mais sans aucune garantie de soutien durable. Ce qu’on appelle les survivances de l’esprit civique expliquent néanmoins pourquoi des enquêtes aboutissent parfois et que des coupables peuvent être punis. Il en va visiblement de même en Algérie où la justice et les enquêteurs font en partie au moins leur travail, mais de cela, Chakib Khelkil et consorts semblaient encore moins convaincus que pour l’Italie ou les USA. Prolongement de l’esprit de « colonisabilité » tel qu’il fut formulé par Malek Bennabi ?

Si l’accusation visant Chakib Khelil semble étayée de façon assez crédible, il ne s’avoue pas vaincu et il a contre-attaqué en manipulant quatre journaux algériens arabophones (et donc les plus lus à l’intérieur) en leur faisant croire qu’il allait leur accorder de Washington D.C. où il se trouve actuellement un interview exclusive qu’il s’arrangea à organiser de telle manière que ces quatre journaux ont découvert le mercredi 14 août, que leurs trois autres confrères avaient, à quelques nuances prêt, publié le même entretien « exclusif ». Chakib Khelil y prétend qu’il n’est pas coupable. Mais, il accuse en des termes à peine voilés les dirigeants de Sonatrach, ce qui semble une menace à leur égard. Il plaide même en faveur des compagnies US coupables de malversations dans les années 2000 avec en particulier la fameuse Brown Roots & Condor (BRC), une société pétrolière dont 51% des parts furent détenues par Sonatrach et 49% par la compagnie US … Haliburton, dont l’un des actionnaires principaux n’est autre que Dick Cheney, l’ex-bras droit de Georges W. Bush. Or, l’affaire BRC n’a pas été uniquement qu’une affaire de corruption commerciale somme toute assez typique dans les relations des USA avec les pays du tiers-monde, mais elle a atteint le niveau d’une accusation d’intelligence avec une puissance étrangère, au profit des Etats-Unis. Dans ce contexte, on peut penser que la contre-attaque de l’ex-ministre algérien des mines bénéficie de quelques appuis outre-atlantique. A mettre en confrontation avec l’enquête menée par la FBI citée plus haut.

Des proches du Président Bouteflika, on cite même son frère, semblent avoir été également touchés par le scandale Khelil/Bedjaoui qui pourrait expliquer l’Accident vasculaire cérébral de ce dernier peu après avoir été mis au courant de l’ampleur du scandale qui pouvait à la fois sonner le signal d’un échec personnel qui risque d’être final, vu son état de santé, et de sa politique de succession visant à « civiliser » le système politique algérien. Accident dont il peine visiblement à se remettre, ce qui permet d’alimenter toutes sortes de rumeurs à Alger sur sa succession qui ne se déroule plus selon les schémas supposés jusque là, et qui pourrait faire entrer le pays dans une période de turbulences au moment même où les désordres et les ingérences extérieures se multiplient à ses frontières. Visant même parfois son territoire menacé à la fois par des commandos terroristes aux commanditaires restant dans l’ombre et par des drônes « non identifiés » rôdant à ses frontières méridionales et auxquels la défense anti-aérienne algérienne répond efficacement, preuve que ses chefs semblent décidés à maintenir la capacité de défense des intérêts de la nation, y compris en s’attaquant à des engins envoyés semble-t-il par le « partenaire incontournable » désormais installé au sud du pays7. Simultanément, c’est de l’essence et du kérosène algérien qui sont envoyés au Mali pour satisfaire les besoins de l’armée et de l’aviation françaises occupant ce pays. Montrer sa détermination tout en se rendant indispensable fait aussi partie des stratagèmes qui semblent permettre d’assurer sur le long terme une marge de manœuvre garante d’indépendance.

Liaisons extérieures dangereuses

Depuis le lancement de la « guerre contre la terreur », l’Algérie a été amenée à ouvrir ses portes à une coopération non seulement économique mais également militaire avec les Etats-Unis au point qu’une de leur installation militaire a pris ses quartiers dans le sud du désert algérien8. Les USA étant toujours à la recherche d’un pays acceptant de devenir l’hôte permanent de leur organe militaire d’opération en Afrique, l’AFRICOM, toujours basé pour le moment à …Stuttgart, en Allemagne. Coopération militaire entre Alger et Washington qui a fait grincer beaucoup de dents dans les milieux nationalistes algériens qui se manifestent avec constance au sein des instances dirigeantes. Car l’Algérie est en effet menacée dans son indépendance et son intégrité territoriale aussi bien par les pressions des puissances de l’OTAN qui ont organisé à ses portes la désagrégation de la Libye et du Mali et par un « ennemi intérieur » ayant des ramifications à l’étranger et qui peut avancer tantôt masqué au sein même des institutions officielles, tantôt à visage plus découvert, sous celui du régionalisme berbère, de l’intégriste takfiro-islamiste style pétromonarchique ou du démocrate libéral qui aime fréquenter les ambassades occidentales où il reçoit appuis et encougagements pour lancer un « printemps arabe ». Pétard mouillé pour le moment dans un pays qui a déjà expérimenté son propre « printemps » une génération avant les autres Arabes, et qui en est revenu. Est-ce du coup un hasard si, dans la foulée de l’intervention de la France au Mali, c’est un site de la British Petroleum situé au frontières d’une Libye désormais en déshérence et dépourvu, à la demande même de la compagnie (!) de toute protection militaire algérienne, que s’est produit la fameuse attaque terroriste d’In Amenas qui a vu en finale l’armée nationale réagir avec une rapidité telle qu’elle a provoqué dans un premier temps la colère de la Grande-Bretagne avant d’en obtenir ses félicitations convenues ? Et qu’on a découvert que, parmi les assaillants arrêtés, se trouvaient des Canadiens pas tout à fait « arabes » et ne correspondant au profil de « l’islamiste barbu » tant répandu dans nos « grands médias » ? On a même parlé de bateaux de la marine de guerre canadienne croisant aux limites des eaux territoriales algériennes.9 Canadiens dont on parle peu, les contentieux entre Etats fermes sur leur indépendance et sachant manier les rapports de force se réglant le plus souvent dans la discrétion des négociations entre chancelleries. Catégorie d’Etat à laquelle l’Algérie semble, malgré toutes ses faiblesses, toujours appartenir, ce qui ne plait pas à beaucoup de puissances occidentales, pas plus qu’à l’entité sioniste. Etat qui, en outre, accueille le plus grand nombre d’investissements chinois de toute l’Afrique, qui a repris une coopération militaire et économique avec la Russie, qui a beaucoup appris suite au drame que continue à vivre le peuple de Libye soit disant « libéré » et qui ne crit donc pas avec les loups dans le douloureux conflit provoqué de l’extérieur en Syrie.

En tout cas, cette opération terroriste aura permis à la masse des citoyens algériens de découvrir que des compagnies étrangères régnaient, ou croyaient régner, en maître au pays autrefois en pointe pour la nationalisation de ses ressources. Ces crises, si on les met en liaison avec le récent scandale Sonatrach II, permettent de penser que si certains souhaitaient faire prendre conscience à leurs compatriotes des menaces pesant sur l’indépendance à la fois économique et politique de leur pays à l’heure des interventions de l’OTAN dans tout le Sahara, ils ne s’y seraient pas pris autrement. Un combat des ombres semble donc se dérouler pour le moment à Alger, en parallèle avec la montée ou la remontée d’une conscience civique qui a empêché jusqu’à présent l’Algérie de basculer dans ce qui n’est désormais plus que « l’hiver arabe » …hiver qu’elle a déjà expérimenté après 1988.

Est-ce aussi un hasard si, au même moment, la justice algérienne se lance dans l’établissement de plus d’un millier de procès-verbaux visant des infractions à la législation des changes suite à la constatation de l’existence d’un « pic alarmant » d’importations, en particulier de biens alimentaires et d’automobiles ? La nouvelle bourgeoisie affairiste compradore algérienne semble dans le viseur de certains cadres de l’Etat, alors même que d’autres se sont lancés dans l’importation de produits plus ou moins utiles et qu’on pourrait ou qu’on a produit autrefois en Algérie. En cette heure de fin de présidence, l’actuel locataire du palais El Mouradia étant affaibli par la maladie et les prochaines élections présidentielles devant avoir lieu en 2014, il semble que les tensions internes s’exacerbent en Algérie même, aussi bien que autour de l’Algérie, pays stratégique s’il en est, pour assurer une succession qui pourra ou bien voir le pays s’aligner en finale sur les règles de la mondialisation capitaliste ou bien y résister, …et continuer à se heurter dès lors à coup sûr aux manœuvres de diversions et de fragmentations déjà à l’œuvre chez ses voisins, au nom des droits de l’homme, des droits des minorités berbères ou du sempiternel conflit identitaire et stérilisant à souhait entre pseudo- « laïcs » et soit disant « religieux », etc …ou bien encore de toutes sortes d’autres problèmes ou hochets identitaires que l’on pourra inventer et qui visent à ce que le citoyen algérien de base, le peuple, en arrive à oublier l’essentiel, à savoir la question de l’indépendance et de l’intégrité territoriale qui seules peuvent être garantes d’une authenticité, d’un développement et d’un progrès social et culturel réels dans leur pays à l’heure de l’impérialisme mondialisé.

Bruno Drewski

Investig’Action

Tribune libre: Printemps arabe ou l’échec de la démocratie en Orient?

L’armée égyptienne est finalement intervenue pour déposer le président Mohamed Morsi, pourtant premier président démocratiquement élu du pays. Le printemps arabe, né en Tunisie fin 2010, a atteint l’Egypte dès le début 2011 et a abouti au départ du président Moubarak qui dirigeait l’Egypte depuis trente ans.

Les revendications d’une grande partie de la jeunesse égyptienne qui a mené cette révolution dite du Nil ou du Papyrus sur la place centrale du Caire (la place Tahrir) ont abouti à des élections libres qui ont vu une déferlante islamique.

En effet, aux premières élections législatives de l’après Moubarak, qui a vu une participation de 55%, les frères musulmans ont obtenu 44.6 % des voix, concurrencés seulement par les plus radicaux qu’eux, les salafistes, qui ont obtenu 22,5% des voix, le premier parti pseudo libéral  obtenant seulement 7,8% des voix. A l’élection présidentielle de 2012, la scission du pays en deux (Islamo-conservateurs contre réformistes) était palpable et l’élection s’est résumée à un duel politique entre un homme de l’époque Moubarak et le candidat des frères musulmans, le scientifique Mohamed Morsi, qui a notamment étudié aux Etats-Unis. Celui-ci remportera l’élection avec 51,73 % des voix (la participation s’élevant à seulement 45%) et sera investi en juin 2012.

Un an plus tard, il sera donc déposé par l’armée après de nouvelles et immenses manifestations (plusieurs millions de personnes) place Tahrir et ailleurs en Egypte. Les opposants lui reprochent principalement sa piteuse gestion de la situation économique du pays. Ce Week-end, plusieurs centaines de milliers de partisans du président déchu sont eux aussi descendus dans la rue, invoquant eux à juste titre le respect des urnes et la démocratie. Les manifestations ont tourné à l’affrontement entre partisans de Mohamed Morsi et l’armée et en ce 10 juillet 2013 on parle déjà de dizaines de morts et de centaines de blessés.

Il y a là des dilemmes visiblement insolubles pour l’Egypte, pour les pays du printemps arabe et pour la communauté internationale.

La démocratie du printemps arabe a vu l’émergence et la prise de pouvoir de mouvements islamo-conservateurs (principalement les frères musulmans) qui étaient soit interdits, soit tenus à l’écart de la vie politique par les anciens pouvoirs laïcisants issus de la guerre froide. Ce retour au pouvoir des clergés et d’un Islam politique a accentué les batailles d’influences trans-territoriales entre confréries, menant à la situation que l’on connaît par exemple en Syrie. Ce pays fait en effet face à une guerre au niveau régional et confessionnel, ou le courant sunnite régional le plus radical tente de mettre à mal le croissant chiite en s’attaquant à sa composante la plus hérétique selon lui mais aussi la plus laïque selon les critères occidentaux. La Syrie est ainsi devenue le champ de bataille par ricochet d’une coalition Russo-chiite qui est en conflit ouvert avec un axe Occidentalo-sunnite.

Le mythe d’un Islam compatible avec la démocratie semble remis en cause.

Les victoires électorales des Frères musulmans en Egypte, en Tunisie ou en Libye, qui auraient pu amener à des cohabitations entre charia et démocratie, ne semblent plus viables. Il y a une crise culturelle profonde qui traverse les sociétés arabo-musulmanes. Les nouveaux régimes issus des élections semblent avoir du mal à bien intégrer la pluralité, qu’elle soit ethnico-culturelle, religieuse ou comportementale. Hormis en Tunisie ou les islamistes composent, la situation économique de tous les pays concernés par ces nouveaux régimes est d’ailleurs plus que catastrophique et qui semble inévitablement génératrice de protestations dans un avenir proche, comme c’est le cas en Egypte aujourd’hui.

Les coups d’état militaires et les juntes au pouvoir ont toujours été fermement condamnés par les pays occidentaux, que ce soit en Birmanie, en Grèce ou en Argentine. La mollesse des réactions occidentales face au coup d’état militaire en Egypte démontre bien le dilemme, entre armée et islamisation. Le chef de la diplomatie turque Ahmet Davutoglu a lui tenté d’empêcher une intervention de l’armée contre le président égyptien, en avertissant les capitales européennes hébétées mais cela a échoué.

L’armée apparaît pourtant de plus en plus comme un nouveau pouvoir (ou contre pouvoir) seul à même de maintenir une forme d’équilibre national et de protéger l’équilibre communautaire (et les minorités) face à une islamisation à outrance des pays concernés. Cette tendance n’est pas nouvelle. En Algérie, la victoire des islamistes fut annulée en 1991, plongeant le pays dans une guerre civile de 10 ans durant laquelle l’Armée affronta, jusqu’à sa victoire en 2002, divers groupes islamistes. En Turquie, Recep Erdogan, depuis son élection en 2003, a lui mené d’intensives campagnes pour désactiver l’armée et faire mettre en prison les officier qui auraient pu s’opposer à l’islamisation lente que le pays connaît, entrainant l’inquiétude des minorités et des laïcs qui ont manifesté récemment. En Syrie, l’armée parait être aujourd’hui le seul garant du rétablissement de l’ordre constitutionnel mis à mal.

Parmi les nombreux manifestants Egyptiens place Tahrir, certains brandissaient aussi des drapeaux syriens et des portraits de Bashar-El-Assad, traduisant ainsi leur bonne compréhension des événements géopolitiques régionaux mais aussi peut être leur profonde intuition que Syrie et Egypte doivent être unis et non en guerre. Il faut se souvenir qu’historiquement, Egypte et Syrie ont déjà été un seul et même état, pour faire face a la menace communiste d’un coté (qui n’existe plus aujourd’hui) et américaine de l’autre. Est-ce la raison pour laquelle de nombreux manifestants place Tahrir brandissaient également des pancartes dénonçant le soutien américain au candidat Morsi?

Il est certain que des groupes radicaux ne vont pas tarder à menacer l’armée Egyptienne d’un conflit pour le rétablissement du pouvoir islamique arrivé au pouvoir par les urnes. On peut se poser la question de savoir si l’Egypte va désormais connaître une guerre civile larvée sur le modèle de l’Algérie quand les élections de 1991 ont été annulées par l’armée.

Alors que le monde arabo-musulman risque de traverser au cours de ce siècle sa grande guerre interne, politique, confessionnelle et générationnelle. Pour les américains, il semble que l’agenda de remodelage du grand moyen orient soit remis aux calendes grecques. Il faut maintenant essayer d’imaginer quelles seront les conséquences directes des ces bouleversements pour les états de la région, et les conséquences possibles et imaginables pour la France, l’Europe et la Russie.

Alexandre Latsa

Sahel: l’armée algérienne abat un drone au Nord-Mali

Selon des indications recueillies et des informations rapportées par le quotidien arabophone algérien Ennahar,  une unité de l’armée algérienne stationnée dans l’extrême Sud de l’Algérie a abattu dans la nuit du vendredi 28 juin 2013 un drone non identifié au dessus du territoire malien.

D’après les mêmes sources, le drone abattu par la DCA algérienne se serait trop rapproché des frontières algériennes en « émettant des signaux électromagnétiques qualifiées d’hostiles, visant selon toute vraisemblance à sonder le dispositif de guerre électronique de l’armée algérienne » à la frontière avec le Mali.

Le drone a été détecté par des moyens électroniques, très probablement avec l’aide d’un avion spécialisé dans la guerre électronique  et son approche offensive a déterminé sa destruction par l’armée algérienne.

Le drone dont on prend bien soin de ne pas préciser la nationalité, a été neutralisé au-dessus du territoire malien à 130 kilomètres de la localité algérienne de Timiaouine, située sur la bande frontalière entre les deux pays.

Aussitôt le drone abattu (aucune précision sur le type d’arme utilisée mais nos sources écartent l’usage d’un système Pantsir-1 et ont encore été moins loquaces sur le type du drone ciblé), des commandos spécialisés dans la lutte anti-terroriste ont rapidement pénétré en territoire malien et sécurisé le site du crash de l’appareil  sur un périmètre de 15 kilomètres. L’épave et les débris du drone abattu ont été récupérés par une unité spéciale et ramenés en Algérie où un avion de transport militaire les attendait pour une direction inconnue.

Depuis quelques années, l’armée algérienne, rendue de plus en plus nerveuse par un encerclement stratégique du pays coïncidant avec une période politique sensible,  focalise ses efforts dans la guerre électronique et les techniques de contre-mesures électromagnétiques et ce, après avoir étudié de près les causes de la faillite de certaines armées de la région dans des conflits récents.

Peu avant l’intervention de la France au Mali, de grandes pressions internationales ont été exercés sur Alger pour qu’il envoie son armée chez son voisin du Sud pourchasser les groupes terroristes. Mais les Algériens ont refusé toute intervention de leur armée en dehors de leurs frontières.

Il y a quelques mois, l’armée algérienne a fait savoir au précédant  ministre tunisien de l’intérieur Ali Laarayedh via un interlocuteur civil que si la Tunisie ne passait pas à l’action contre les maquis islamistes implantés à Djebel Chaambi dans la localité de Kasserine, il n’était pas du tout exclu que l’armée algérienne intervienne en profondeur sur le sol tunisien.  Le ministre Algérien chargé de transmettre ce message a souligné qu’en général l’Algérie est un pays pacifique mais qu’en cas de montée en puissance des menaces terroristes, un recours à des moyens peu orthodoxes est toujours possible.

Enfin, une grande partie du haut commandement de l’armée algérienne regrette aujourd’hui le fait de ne pas avoir intervenu en Libye et pris Tripoli au cours de la guerre civile ayant secoué ce pays en 2011.  Cela aurait pu empêcher la création dans le Sud libyen autour de la passe du Salvador d’un Etat de facto  dirigé aujourd’hui par le chef de guerre Algérien Mokhtar Belmokhtar!

Soldats de l'armée algérienne. Depuis quelques temps, l'armée algérienne a dépêché d'importants renforts militaires aux frontières avec le Mali, la Libye et la Tunisie pour parer à toute infiltration terroriste transnationale. Cette armée étudie minutieusement depuis 2003  les réactions des armées serbe, irakienne, libyenne et syrienne  au cours des conflits ayant affecté les Balkan et la région du Proche-Orient pour en tirer "des leçons"...
Soldats de l’armée algérienne. Depuis quelques temps, l’armée algérienne a dépêché d’importants renforts militaires aux frontières avec le Mali, la Libye et la Tunisie pour parer à toute infiltration terroriste transnationale. Cette armée étudie minutieusement depuis 2003 les réactions des armées serbe, irakienne, libyenne et syrienne au cours des conflits ayant affecté les Balkans, le Caucase et la région du Proche-Orient pour en tirer « des leçons »…

Stratégie en Méditerranée occidentale: L’Espagne et l’Italie réduisent leurs importations de gaz algérien

Anticipation stratégique, plan préconçu, stratagème, hausse des températures saisonnières, baisse de la demande  ou influence du Qatar, la réduction des importations de gaz naturel algérien par le royaume d’Espagne et la république italienne semble s’inscrire dans la durée et n’a donc rien de conjoncturel. Les deux pays  craignent en effet une détérioration subite de la situation politique en Algérie et par conséquent une crise énergétique. La réduction de la dépendance énergétique vis-à vis d’Alger relève d’un impératif stratégique.

Certains observateurs avancent également la thèse d’un règlement de comptes lié aux multiples affaires de corruption impliquant les sociétés italiennes SAIPEM, ENI et un différend entre Sonatrach et Repsol. Cependant, dès la guerre en Libye en 2011, des centre d’analyse en Italie avaient préconisé la réduction de la dépendance gazière avec l’Algérie. Certaines de ces recommandations étaient parrainées à l’époque par des centres financés par Qatar Gas.

L’Italie suit de près la situation politique  en Tunisie, appréhendant  un risque de payer plus cher les importations de gaz en provenance d’Algérie. Environ un tiers des importations de gaz en Italie provient de l »Algérie via la Tunisie. Les droits de transit de gaz payés à la compagnie tunisienne de pipelines (TTPC) appartenant à la compagnie italienne ENI ont été fixés à un niveau très faible. Mais la donne peut changer à tout moment.

 

L’Italie s’est passée sans grande difficulté du gaz libyen dont l’approvisionnement a été stoppé en février 2011 avec le début de la guerre civile suivie d’une intervention des forces de L’OTAN.  L’Italie a également essayé de se passer du gaz algérien, dans le cadre d’une politique d’expérimentation initiée par l’Union européenne. Cela s’est fait dans le cadre d’une expérimentation demandée par l’Union européenne à ses membres. L’objectif étant de se prémunir d’une nouvelle crise d’approvisionnement en gaz similaire à celle qui a suivi le conflit entre la Russie et l’Ukraine. En réalité, l’Union européenne cherche à connaître l’impact d’une rupture brutale d’approvisionnement de gaz algérien sur ses membres.

Les perspectives de changement de leadership en Algérie semblent  » inquiéter » l’Union européenne. Mais également la perception du pays par certains dirigeants du Conseil de Coopération du Golfe.  Jusqu’ici, c’est l’attaque du complexe gazier de Tiguentourine qui est utilisée comme prétexte.  Mais les véritables causes sont de nature stratégique. L’Algérie est un pays fortement dépendant de ses exportations en hydrocarbures. La révolution générée par l’exploitation du gaz de schiste américain et la volonté de certains pays-client à revoir les contrats gaziers à termes inquiètent Alger tout comme les autres capitales des pays exportateurs d’énergie fossile.

L’Espagne et l’Italie  importent environ 30% de leur gaz d’Algérie.

 

Photo du jour: Rooivalk AH-2 Denel

Un hélicoptère d'attaque Rooivalk AH-2 de l'armée sud-africaine. Un appareil similaire a été aperçu, jeudi 30 mai 2013, volant à pleine allure au dessus de l'aéroport international d'Alger. Officiellement, l'Algérie n'a pas acquis ce type d'appareils. Mais on sait que l'armée algérienne ne divulgue jamais ses acquisitions réelles.
Un hélicoptère d’attaque Rooivalk AH-2 de l’armée sud-africaine. Un appareil similaire a été aperçu, jeudi 30 mai 2013, volant à pleine allure au dessus de l’aéroport international d’Alger.
Officiellement, l’Algérie n’a pas acquis ce type d’appareils. Cependant, hormis des systèmes d’arme comme le S-300 PMU2 (SAM), Il est de notoriété publique que l’armée algérienne ne divulgue jamais ses acquisitions réelles.

Photo de la semaine: Dioncounda Traoré à Paris…

Le Président par intérim de la République du Mali depuis le 12 avril 2012, Dioncounda Traoré, accueilli à Paris lors d'une visite "privée"...Le tapis rouge y est. Mais aucune trace d'un quelconque officiel français. Après avoir été lynché par la foule en mai 2012, M.Traoré se fait subtilement humilier par son protecteur. Principale pomme de discorde: les élections présidentielles de juillet 2013 et le statut réel du MNLA (Mouvement National de Libération de l'Azawad) ainsi que la problématique de Kidal.
Le Président par intérim de la République du Mali depuis le 12 avril 2012, Dioncounda Traoré, accueilli à Paris lors d’une visite voulue comme  « privée »…Avec un hangar comme arrière-plan, le tapis rouge y est. Mais aucune trace d’un quelconque officiel français. Après avoir échappé à un lynchage en mai 2012, M.Traoré se fait subtilement humilier par ses protecteurs. Principales pommes de discorde avec Paris: les élections présidentielles de juillet 2013, le statut réel du MNLA (Mouvement National de Libération de l’Azawad) et la problématique de Kidal.